Revanche éclatante pour le parti d'Erdogan

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Aussi adulé que détesté, il règne depuis treize ans sans partage sur la Turquie. Même de plus en plus contesté et malgré les difficultés, le président Recep Tayyip Erdogan confirme qu'il reste le seul maître du pays.

Le parti du président islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan a très largement remporté les élections législatives cruciales disputées dimanche en Turquie et réussi, contre tous les pronostics, son pari de reprendre la majorité absolue qu'il avait perdue il y a cinq mois.


L'issue de ces élections, organisées sur fond de tensions sécuritaires, pourrait aggraver le profond clivage de la société turque entre les tenants d'un conservatisme religieux, dont Erdogan est le héros, et les partisans d'une Turquie laïque qui dénoncent une dérive autoritaire du président.

  • Les résultats. Les résultats officiels ne seront pas proclamés avant une dizaine de jours, mais d'après les projections de la chaîne de télévision publique TRT portant sur 99% des suffrages dépouillés, l'AKP a triomphé avec 49,4% des voix, un score qui devrait lui assurer 316 députés au Parlement, où la majorité absolue est fixée à 276 sièges.
  • L'opposition laïque du Parti républicain du peuple (CHP) demeure la deuxième force du politique du pays, et améliore même son score du 7 juin avec un peu plus de 25% des suffrages.
  • Le Parti démocratique des peuples (HDP), pro-Kurdes se maintient de justesse au-dessus des 10% indispensable pour siéger au Parlement.

La livre turque a salué ce lundi matin la victoire surprise du parti du président islamo-conservateur d'une très forte hausse par rapport au dollar et à l'euro. En début de matinée, la devise turque (LT) progressait de plus de 4% et s'échangeait à 2,78 LT pour un dollar et à 3,07 LT pour un euro.

La Bourse d'Istanbul a débuté la séance en fanfare. Vers 8h, le principal indice du marché stambouliote (BIST 100) progressait de 5,4% à 83.735 points.

 

Ce résultat sonne déjà comme une revanche éclatante pour Erdogan, 61 ans, dont le parti avait perdu le 7 juin le contrôle total qu'il exerçait depuis treize ans sur le Parlement. L'homme fort du pays avait alors laissé s'enliser les discussions pour la formation d'un gouvernement de coalition et reconvoqué les électeurs pour un nouveau scrutin, persuadé de pouvoir inverser les résultats.

"Aujourd'hui est un jour de victoire", s'est réjoui le Premier ministre sortant et chef de l'AKP, Ahmet Davutoglu, dans son fief de Konya (centre). "Aujourd'hui il n'y a pas de perdants mais que des gagnants", a-t-il toutefois ajouté en tendant la main à ses rivaux.

Le parti du président islamo-conservateur va donc pouvoir s'atteler seul à la formation d'un gouvernement.

 L'Union européenne s'est engagée à travailler avec Ce futur gouvernement turc, et attend ce lundi les premières conclusions des observateurs internationaux sur la tenue de ce scrutin.

"Les élections de dimanche en Turquie, qui ont été marquées par un taux de participation élevé, ont réaffirmé l'engagement fort du peuple turc pour les processus démocratiques", (selon la chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini et le commissaire à l'Élargissement, Johannes Hahn)

 

  • 'Peur de l'instabilité'


"La peur de l'instabilité en Turquie, ajoutée à la stratégie d'Erdogan se posant en 'homme fort qui peut vous protéger' l'ont emporté", a pour sa part commenté l'analyste Soner Cagaptay, du Washington Institute, sur son compte Twitter.

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Dans un climat de tensions marqué par la reprise du conflit kurde et la menace jihadiste venue de Syrie, le chef de l'Etat et le Premier ministre sortant et chef de l'AKP Ahmet Davutoglu se sont posés en seuls garants de l'unité et de la sécurité du pays, mutlipliant les discours sur le thème "l'AKP ou le chaos".

"Cette élection était nécessaire à cause du résultat incertain du scrutin du 7 juin", avait plaidé dimanche Erdogan en votant en famille à Istanbul. "Il est évident combien la stabilité est importante pour notre pays", a-t-il ajouté.

Depuis l'élection du 7 juin, le climat politique s'est considérablement alourdi en Turquie.

  • 'Le contexte

En juillet, le conflit armé qui oppose depuis 1984 les rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) aux forces de sécurité turques a repris dans le sud-est à majorité kurde du pays, et enterré le fragile processus de paix engagé il y a trois ans.

En outre, la guerre qui sévit depuis quatre ans en Syrie a débordé sur le sol turc. Après celui de Suruç (sud) en juillet, un attentat suicide perpétré par deux kamikazes du groupe jihadiste Etat islamique (EI) a fait 102 morts le 10 octobre à Ankara.

Cette montée des violences inquiète de plus en plus les alliés occidentaux d'Ankara, à commencer par l'Union européenne (UE), confrontée à un flux croissant de réfugiés, pour l'essentiel syriens, en provenance de la Turquie.

Face au discours du pouvoir, les rivaux de Erdogan avaient appelé les électeurs à sanctionner sa dérive autoritaire, illustrée cette semaine encore par un raid spectaculaire de la police contre le siège de deux chaînes de télévision proches de l'opposition.

"J'espère que le résultat d'aujourd'hui renforcera les espoirs de paix. C'est ce dont la Turquie a le plus besoin en ce moment", avait souhaité en votant dimanche à Istanbul le chef de file du HDP Selahattin Demirtas. Les autres figures de l'opposition avait eux aussi souligné l'importance du scrutin.

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