Situation explosive sur la bande de Gaza

Les manifestants palestiniens ont brûlé des pneus pour se dissimuler face aux tireurs d'élite de l'armée israélienne. ©AFP

Depuis le 30 mars, la manifestation des Palestiniens s'est muée en un conflit sanglant avec les forces israéliennes. Avec plus d'une vingtaine de victimes côté palestinien, le bilan est lourd. Ce vendredi, sept Palestiniens ont perdu la vie, et 400 autres ont été blessés par des soldats israéliens.

Les tensions entre Israël et la Palestine se sont de nouveau fortement cristallisées après les récentes annonces du Président américain Donald Trump. En effet, le déplacement de l'ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem et la reconnaissance de cette dernière comme capitale d'Israël avaient provoqué une vague de mécontentements dans le camp palestinien.

Une situation aggravée par un contexte où l'enclave palestinienne se situe "au bord d'un effondrement total", selon l'ONU.

"Un week-end sanglant"

Les manifestants palestiniens ont incendié de nombreux pneus ce vendredi afin de constituer une fumée noire au niveau de la frontière ultra sécurisée. Une démarche visant à gêner les tireurs d'élite de l'armée israélienne.

"Nous n'avons pas l'intention de changer les consignes de tir, nous restons sur la même ligne"
Avigdor Lieberman
Ministre israélien de la Défense

Avigdor Lieberman, le ministre israélien de la Défense, a de nouveau averti que toute personne s'approchant de la frontière risquerait sa vie.

"S'il y a des provocations, il y aura une réaction des plus dures comme la semaine dernière. Nous n'avons pas l'intention de changer les consignes de tir, nous restons sur la même ligne", a-t-il affirmé.

Même si la majorité des manifestants se sont rassemblés de manière pacifique, des heurts ont éclaté entre des groupes de Palestiniens jetant des pierres et les soldats israéliens.

L'armée israélienne a poursuivi ce vendredi ses tirs de gaz lacrymogènes sur les manifestants qui se protégeaient tant bien que mal avec leurs habits ou des masques de fortune.

L'armée israélienne a poursuivi ce vendredi ses tirs de gaz lacrymogènes et d'artillerie. ©AFP

Depuis le début du mouvement, 26 Palestiniens ont péri sous l'artillerie israélienne. Selon le ministère de la Santé à Gaza, sept Palestiniens ont perdu la vie ce vendredi et 400 manifestants ont été blessés dont cinq sont dans un état critique.

Au micro de RFI, un officier israélien a fait part de son pessimisme sur la situation. "Ça va être un week-end sanglant", a-t-il déclaré.

Pour rappel, la "marche du retour", prévue pour durer six semaines, entend remettre en cause le blocus d'Israël sur la bande de Gaza et obtenir le droit au retour pour les 700.000 Palestiniens chassés de leurs terres ou ayant fui la guerre après la naissance de l’État d'Israël en 1948.

La communauté internationale se positionne

Alliés de longue date d'Israël, les États-Unis ont appelé les Palestiniens à ne pas s'approcher de la frontière. Jason Greenblatt, l'émissaire de Donald Trump au Proche-Orient, a mis en garde ce jeudi les manifestants dans un communiqué.

Les soldats israéliens sont déployés pour défendre la frontière. ©AFP

"Les États-Unis appellent avec force les leaders des manifestations à dire clairement et fortement que les manifestants devraient protester de manière pacifique", a-t-il écrit. "Ils devraient rester en-dehors de la zone tampon de 500 mètres."

Certains Palestiniens ont critiqué la position des Etats-Unis en procédant à des autodafés du drapeau américain.

"Une solution politique pour Gaza et un rétablissement urgent des discussions pacifiques vers une solution à deux Etats sont le seul moyen pour les Palestiniens et les Israéliens de vivre côté à côte en paix et en sécurité"
Federica Mogherini
Haute représentante de l'Union pour les Affaires Etrangères

Certaines voix comme celle de Jason Greenblatt se sont élevées pour accuser le Hamas d'instrumentaliser les enfants lors de cette "marche du retour". "Nous condamnons les leaders et les manifestants qui appellent à la violence ou envoient des manifestants -y compris des enfants- vers la barrière, sachant qu'ils pourraient être blessés ou tués."

Des déclarations qui contrastent avec la prise de position de l'ONU et de l'Union européenne. Les deux organisations ont pour leur part appelé Israël à la prudence en cas de recours à la force. Malgré la sollicitation d'une "enquête indépendante" sur l'usage par l’État hébreu de balles réelles, les autorités israéliennes ont réitéré leurs instructions de tirs.

Les Palestiniens de la bande de Gaza ont débuté leur "marche du retour" le 30 mars. ©AFP

Federica Mogherini, la Haute représentante de l'Union pour les affaires étrangères, avait alarmé sur la nécessité de trouver une solution urgente au conflit. "Une solution politique pour Gaza et un rétablissement urgent des discussions pacifiques vers une solution à deux États sont le seul moyen pour les Palestiniens et les Israéliens de vivre côte à côte en paix et en sécurité", avait-elle déclaré au lendemain des heurts du 30 mars.

Le droit au retour revendiqué par les Palestiniens est soutenu par la résolution 194 de l'ONU. Elle n'a cependant jamais été mise en œuvre. Dans l'optique d'éviter de nouvelles victimes, l'envoyé spécial de l'ONU pour le Moyen-Orient, Nickolay Mladenov, a appelé les forces israéliennes à "la retenue maximale" et les Palestiniens à éviter les frictions.

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