Syrie: des négociations en face à face

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Pour la première fois, la délégation de l'opposition syrienne aux négociations de Genève rencontrera samedi matin en face à face celle du gouvernement de Damas, pour une brève réunion présidée par le médiateur international Lakhdar Brahimi.

La rencontre débutera à dix heures dans les bureaux des Nations unies à Genève, a précisé à Reuters un délégué de l'opposition, Anas al Abdeh.

"Nous sommes satisfaits du communiqué de M. Brahimi aujourd'hui et du fait que le régime ait accepté (la déclaration de) Genève I. Sur cette base, nous rencontrerons demain matin la délégation d'Assad."

"Ce sera une courte séance au cours de laquelle seul Brahimi parlera. Il y aura une autre séance, plus longue, dans l'après-midi", a ajouté le délégué.

Peu auparavant, Lakhdar Brahimi avait annoncé que la délégation du gouvernement syrien avait accepté que les principes du communiqué de Genève I, qui prévoit la mise en place d'un gouvernement de transition formé par "consentement mutuel", servent de base aux pourparlers directs avec l'opposition.

Le diplomate algérien a jugé "encourageantes" les discussions qu'il a eues séparément vendredi avec les deux camps.

Négocié en juin 2012 par les pays du Groupe d'action sur la Syrie, le communiqué de Genève I appelle à la formation d'un gouvernement de transition doté des pleins pouvoirs exécutifs pour superviser le changement en Syrie "formé sur la base du consentement mutuel".

La Coalition nationale syrienne (CNS), principale organisation représentative de l'opposition en exil, avait lié sa participation à des discussions directes à une reconnaissance de ce texte par la délégation de Damas.

Mesures humanitaires

Vendredi matin, les choses semblaient pourtant se présenter plutôt mal. Les délégués du gouvernement syrien avaient même menacé de quitter la Suisse dès samedi.

"Si aucune séance de travail sérieuse n'a lieu d'ici samedi, la délégation officielle syrienne quittera Genève en raison du manque de sérieux ou de préparation de l'autre partie", avait déclaré Walid al Moualem, ministre syrien des Affaires étrangères et chef de la délégation.

Pour sa part, l'opposition exigeait que la délégation gouvernementale approuve le communiqué de Genève I.

"Nous avons explicitement demandé un engagement écrit de la délégation du régime acceptant Genève I. Sinon, il n'y aura pas
de négociations directes", avait averti un délégué de l'opposition, Haitham al Maleh.

Malgré l'âpreté des propos tenus - les deux parties se sont mutuellement accusées des pires atrocités -, les participants espèrent pouvoir sauver le processus en se fixant des objectifs concrets visant à améliorer la vie quotidienne des populations civiles, à défaut de négocier d'emblée sur la nature du futur régime politique à Damas.

Selon Lakhdar Brahimi, les deux parties se disent prêtes à discuter d'un échange de prisonniers, d'un accès pour l'aide humanitaire et de cessez-le-feu locaux.

"Les attentes sont si faibles qu'on suit les événements au jour le jour", confie un diplomate occidental. "Chaque fois qu'ils se parlent, c'est déjà un petit progrès", a-t-il dit.

 

 

Le sort de Bachar al-Assad: la clef d'une résolution?

La question du sort de Bachar al-Assad reste le principal motif de désaccord, l'opposition posant comme principe son départ et la constitution d'un gouvernement transitoire où il ne jouerait pas de rôle, le régime rejetant cette idée.

L'opposition syrienne a réaffirmé jeudi son refus total de voir Bachar al Assad jouer le moindre rôle dans le processus de transition en Syrie et a laissé entendre que Moscou pourrait "lâcher" le président syrien.

"Je crois que le monde est maintenant convaincu qu'Assad ne peut pas rester au pouvoir et qu'il ne sera pas capable de s'y maintenir", a déclaré aux journalistes le président de la
Coalition nationale syrienne (CNS), Ahmed Jarba, qui dirige la délégation de l'opposition en Suisse. "Nous avons commencé à réfléchir à l'avenir sans lui. Assad et son régime, c'est le passé. Personne ne doit mettre en doute le fait qu'(Assad) est fini, que son régime est mort", a-t-il poursuivi. "Si Assad était capable de diriger la Syrie, nous ne serions pas ici aujourd'hui."

Ahmed Jarba a précisé que le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, lui avait dit que la Russie pourrait arrêter de soutenir le président syrien. "Nous avons rencontré
Lavrov à Paris la semaine dernière et il m'a confirmé que la Russie ne s'accrochait pas à Assad", a-t-il dit.

Vers une "demi" solution?

Faute de consensus sur le sort d'Assad, Lakhdar Brahimi pourrait se concentrer, ainsi que les Occidentaux et les Russes, sur la recherche de premières mesures visant à soulager la population. Brahimi a évoqué des "indications" sur une disponibilité des délégations à discuter de l'acheminement de l'aide humanitaire, de cessez-le-feu localisés, notamment à Alep, et d'échanges de prisonniers.

Selon une source diplomatique, l'opposition pourrait mettre sur la table l'idée d'"aide humanitaire couplée à des cessez-le-feu localisés" dès le début de la négociation.

Les manoeuvres géopolitiques

Une partie de l'équation tient également à la capacité des "parrains" des deux camps, les Etats-Unis pour l'opposition et la Russie pour le président Bachar al-Assad, à peser et à manoeuvrer en coulisses.

A savoir

Mercredi à Montreux, le chef de la diplomatie américaine John Kerry n'a pas mâché ses mots contre Damas et a réitéré son exigence qu'Assad quitte le pouvoir. La Russie pour sa part a montré un soutien ferme mais sobre au régime. Et nul ne sait comment dans ce "grand jeu" de luttes d'influence et de bluff diplomatique, Occidentaux, Russes, monarchies du Golfe et Syriens vont avancer leurs pions.

Pour comprendre le jeu géopolitique qui nourrit le conflit syrien, relisez cet article.

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