analyse

Téhéran joue la carte du temps

Le président iranien Hassan Rohani ©REUTERS

L’Iran a annoncé mercredi l’abandon de ses engagements en matière nucléaire. Face à une communauté internationale divisée, le pays chercherait à gagner du temps et se tourne davantage vers la Chine.

À l’aune d’un été sulfureux où le monde assista, de Gibraltar au golfe Persique, à une série de cyberattaques et manœuvres navales aussi surréalistes que déstabilisantes entre les Etats-Unis et la République islamique d’Iran, l’accord sur le nucléaire iranien semble, chaque jour davantage, porter les stigmates d’une mort qui n’ose pas dire son nom.

En annonçant, mercredi, la reprise du développement des centrifugeuses dans le but d’accélérer l’enrichissement d’uranium, le président iranien Hassan Rohani a acté une étape supplémentaire du désengagement de son pays du traité nucléaire signé en 2015.

"L’Iran met la pression sur l’Europe pour la forcer à trouver des solutions."
Thierry Kellner
Spécialiste des relations extérieures de l’Iran (ULB)

Depuis mai, l'Iran a augmenté son stock d'uranium enrichi au-delà de la limite fixée par le pacte (4,5% au lieu de 3,7%), ne dépassant toutefois pas le seuil requis pour une utilisation militaire. Hassan Rohani a laissé deux mois supplémentaires aux puissances européennes pour tenter de sauver les modalités de cet accord multilatéral – duquel se sont retirés les Etats-Unis l’année dernière, réimposant un embargo sur les exportations iraniennes d’hydrocarbures ainsi que sur les réseaux militaires et financiers de la République islamique. "L’Iran met la pression sur l’Europe pour la forcer à trouver des solutions afin que le pays puisse vendre son pétrole à l’étranger, explique Thierry Kellner, chercheur à l’ULB et spécialiste de la politique étrangère iranienne. Or, il y a peu de chances que cela porte ses fruits étant donné les moyens de pression juridiques et financiers dont disposent les Etats-Unis."

Un deal à 280 milliards

Mais dans cette équation, la Chine, en pleine guerre commerciale avec Washington, semble jouer un rôle de plus en plus déterminant. Selon un article publié mardi sur le site du Petroleum Economist, la rencontre, la semaine dernière à Pékin, entre le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif et son homologue chinois Wang Li aurait abouti à la conclusion d’un contrat d’investissement à hauteur de 280 milliards de dollars dans les secteurs du pétrole, du gaz, des transports et de la pétrochimie.

"L’Iran semble chercher des garanties du côté de Pékin."
Thierry Kellner

Si plusieurs détails clés de l’accord ne seront pas rendus publics, selon Petroleum Economist, il s’agirait d’un partenariat stratégique échelonné sur 25 ans. "Il est difficile de savoir si cette stratégie a été mise en place réellement, mais si cela se confirme, l’Iran semble chercher des garanties du côté de Pékin, explique Thierry Kellner. La Chine aurait donc intérêt à avoir un Iran protégé." L’engagement massif de la Chine est en tout cas un facteur capital, puisque les Etats-Unis ne pourront plus, dès lors, autant contraindre Téhéran.

"Tant que l’Iran subissait les contraintes des sanctions sans pouvoir réellement répondre, le temps jouait contre lui, poursuit le chercheur. Aujourd’hui, en annonçant un retrait éventuel de ses engagements, la République islamique laisse planer le doute et essaie d’inverser cette problématique." En misant sur le facteur temps, Téhéran tenterait donc de mettre la pression sur les autres acteurs, à commencer par l’Union européenne. "Tandis que c’est l’Iran, à travers la dégringolade de son économie, qui subissait la plus grosse pression", conclut Thierry Kellner.

Mercredi, Donald Trump s’est dit disposé à rencontrer Hassan Rohani lors de l’Assemblée générale de l’ONU le 25 septembre, suscitant de vives réactions de la part du président israélien, Benjamin Netanyahou, qui appelait jeudi à "accentuer la pression" contre Téhéran.

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