Tensions après l'exécution d'un imam chiite en Arabie saoudite

Un portrait de l'imam chiite Nimr al Nimrits, brandi par un manifestant à Sanaa, capital du Yemen, en octobre 2014. ©AFP

L'Arabie saoudite a exécuté 47 personnes. Parmi elles, un imam chiite, ce qui provoque des réactions en Iran et en Irak notamment. L'Union européenne a exprimé de "sérieuses inquiétudes". Le secrétaire général de l'ONU s'est dit "consterné".

L'Arabie saoudite a procédé à l'exécution de 47 personnes dont un imam chiite, Nimr al Nimrits, pour des faits de terrorisme, a annoncé samedi le ministère saoudien de l'Intérieur dans un communiqué.

Plusieurs milliers de personnes sont actuellement emprisonnées en Arabie saoudite après une série d'attentats organisés par Al Qaïda entre 2003 et 2006 qui ont coûté la vie à plusieurs centaines de personnes.

Les autorités saoudiennes détiennent également des membres de la minorité chiite pour des manifestations organisées dans le pays entre 2011 et 2013 au cours desquelles des policiers avaient été tués. Plusieurs membres de la communauté chiite ont été condamnés à la peine capitale.

L'Iran avait prévenu que l'exécution de l'imam Nimr "coûterait cher à l'Arabie saoudite". Samedi, le ministère iranien des Affaires étrangères a fait savoir que l'Arabie saoudite paierait "un prix élevé" pour cette exécution.

Le communiqué du ministère de l'Intérieur commençait par des versets du coran pour justifier le recours à ces exécutions. Des images de la télévision saoudiennes proposaient un rappel des attaques commises entre 2003 et 2006.

L'Union européenne a exprimé samedi ses "sérieuses inquiétudes" après l'exécution par l'Arabie saoudite du chef religieux chiite Nimr Baqer al-Nimr, figure de la contestation contre le régime. "Le cas spécifique du cheikh Nimr al-Nimr soulève de sérieuses inquiétudes sur la liberté d'expression et le respect des droits civils et politiques de base, qui doivent être préservés dans tous les cas, y compris dans le cadre de la lutte contre le terrorisme", a déclaré la chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini, citée dans un communiqué.

"Ce cas a le potentiel d'enflammer un peu plus les tensions sectaires qui font déjà beaucoup de dégâts dans la région, avec des conséquences dangereuses", estime encore Federica Mogherini. L'UE appelle ainsi le royaume à "promouvoir la réconciliation entre les différentes communautés" qui le composent et demande à toutes les parties de faire preuve de "retenue et de responsabilité".

Dans le même communiqué, la haute représentante réitère la "forte opposition" de l'UE à la peine de mort, en particulier dans le cadre d'exécutions de masse.

Le grand moufti saoudien Abdoulaziz Al al-Cheikh est apparu à la télévision pour expliquer que ces exécutions étaient justes.

Un parlementaire irakien affirme quant à lui que l'exécution de l’imam chiite vise à alimenter la querelle entre les chiites et les sunnites au Moyen-Orient. Cette exécution est de nature "à embraser la région", a estimé ce membre de la coalition au pouvoir à Bagdad, dans une déclaration à la chaîne de télévision Al Soumaria.

"Cette mesure prise par la famille régnante (en Arabie saoudite) vise à embraser à nouveau la région, à provoquer des affrontements entre sunnites et chiites", a déclaré Mohammed al Sayhoud, selon le site internet de la chaîne.

Des dizaines de personnes ont manifesté à Bahreïn samedi après l'annonce de l'exécution et la police locale a procédé à des tirs de gaz lacrymogène pour disperser les protestataires, rapporte un témoin.

Les manifestants, brandissant des portraits du cheikh Nimr al Nimr, se sont opposés aux forces de l'ordre dans le village chiite d'Abou Saïba à l'ouest de la capitale Manama. Des appels ont été lancés en faveur d'autres manifestations dans cet émirat dirigé par les sunnites.

Le Conseil suprême islamique chiite du Liban a condamné l'exécution du cheikh Nimr al Nimrits affirmant qu'elle constituait "une erreur grave".

"L'exécution du cheikh Nimr est la mise à mort de la raison, de la modération et du dialogue", a déclaré le cheikh Abdel Amir Kabalan, vice-président du conseil, dans un communiqué.

Réaction de l'ONU

Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, s'est dit "profondément consterné" par l'exécution, a indiqué un porte-parole de l'ONU. M. Ban a appelé "au calme et à la modération dans les réactions à l'exécution du cheikh Nimr et demande à tous les dirigeants de la région de chercher à éviter l'exacerbation des tensions sectaires", a indiqué le porte-parole samedi soir.

Le cheikh Nimr al-Nimr, 56 ans, virulent critique de la dynastie sunnite des Al-Saoud, a été la figure de proue du mouvement de contestation qui avait éclaté en 2011, dans la foulée des printemps arabes, dans l'est de l'Arabie où vit l'essentiel de la minorité chiite.

Son exécution a été accueillie en Iran par des violentes manifestations contre l'ambassade saoudienne à Téhéran, tandis que le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, a prévenu que "la main divine" vengerait l'exécution de "ce martyr" tué "injustement".

Après l'exécution du cheikh Nimr, quelques centaines d'hommes et femmes avaient également manifesté en Arabie saoudite, dans la ville à majorité chiite de Qatif (est), arborant des portraits du dignitaire.

"Le cheikh Nimr et certains des autres prisonniers exécutés avaient été condamnés à l'issue de procès qui posaient problème aussi bien dans la nature des charges retenues que dans leur déroulement", a encore ajouté le porte-parole de M. Ban, rappelant que celui-ci avait "à plusieurs reprises fait part à l'Arabie saoudite de son inquétude" concernant le cas du cheik Nimr.

Le royaume saoudien a procédé l'an passé à 157 exécutions, la plupart par décapitation publique, et à 90 en 2014.

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