Triple aubaine pour Erdogan

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Le président Erdogan semble avoir eu gain de cause face à son allié américain, qui lui laisse les coudées franches dans le nord de la Syrie. Mais les contours d’une intervention turque en Syrie restent flous.

Un coup de téléphone a suffi entre les présidents turc et américain pour modifier la donne militaire et politique dans le nord de la Syrie. Dimanche soir, Donald Trump a finalement cédé à la requête insistante de Recep Tayyip Erdogan: retirer les maigres troupes américaines encore stationnées dans le nord-est de la Syrie pour laisser les mains libres à la Turquie dans cette région à majorité kurde. Dès ce lundi, les soldats américains quittaient deux de leurs positions clés, Ras al-Aïn et Tal Abyad, faisant craindre le pire pour leurs alliés sur le terrain, les Forces démocratiques syriennes (FDS), composées à majorité de combattants kurdes des Unités de protection du peuple (YPG). Prises de court mais bien décidées à défendre leurs territoires durement repris à l’État islamique (EI), les FDS ont entamé ce lundi le creusement de tranchées et de tunnels en prévision d’un assaut de l’armée turque.

L’État islamique pourrait profiter du chaos dans la région pour réactiver ses cellules dormantes.

Malgré les menaces appuyées, la présidence turque n’a pas encore lancé son opération militaire, qui pourrait être baptisée "Printemps de la Paix". Si celle-ci se concrétise, ce sera au détriment d’un accord signé au mois d’août dernier entre Ankara et Washington qui prévoyait la mise en place conjointe et progressive de ladite "zone de sécurité" le long de la frontière turco-syrienne. Les homologues turc et américain ont finalement décidé de faire cavalier seul. Donald Trump a fait savoir ce lundi dans un message sur Twitter qu’il était temps pour les Etats-Unis "de sortir de ces guerres ridicules et sans fin, dont beaucoup sont tribales. La Turquie, l’Europe, la Syrie, l’Iran, l’Irak, la Russie et les Kurdes vont devoir maintenant trouver une solution à cette situation et savoir ce qu’ils veulent faire avec les combattants de l’État islamique capturés à leur porte".

La réaction de M. Trump est une triple aubaine pour le président Recep Tayyip Erdogan. Premièrement, le chef de l’état turc veut empêcher l’installation d’une présence politique et militaire kurde syrienne à sa frontière sud, craignant une "contamination" sur le sol turc. Deuxièmement, la création d’une "zone de sécurité" de 30 kilomètres de large sur 400 kilomètres de long est un prétexte pour réinstaller entre un et deux millions de réfugiés syriens actuellement en Turquie, au risque de modifier le tissu ethnique de la région. Troisièmement, un "laisser-passer" en Syrie lui permet de reprendre du poids dans les pourparlers sur l’avenir du pays.

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Pas nets

À ce stade, les contours de l’intervention turque à la frontière syrienne ne sont pas nets. Pour Aydin Selcen, analyste politique turc, une intervention initiale pourrait avoir lieu entre les positions de Tal Abyad et Ras al-Aïn. Cependant, "son ampleur pourra dépendre de l’intensité de la résistance sur le terrain". Ensuite, la forme de l’intervention pourrait aussi dépendre "des pourparlers qui vont se dérouler les 29 et 30 octobre à Genève entre la France, la Russie, l’Allemagne et la Turquie et début novembre entre les présidents turc et américain", indique l’analyste.

Une autre menace inquiète sérieusement la communauté internationale: une possible résurgence de l’État islamique, qui pourrait profiter du chaos dans la région pour réactiver ses cellules dormantes. Dans le camp Al Hol en territoire kurde-syrien, environ 6.000 djihadistes de l’État islamique sont sous surveillance des milices du YPG qui les ont capturés. "M. Trump vient de passer la responsabilité de ces derniers à la Turquie. C’est bien entendu un risque sérieux de sûreté et de sécurité pour toutes les parties impliquées dans l’affaire", conclut Aydin Selcen.

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