analyse

Une contestation bien complexe en Iran

Pour Rohani, les manifestants sont une "petite minorité qui insulte les valeurs révolutionnaires". ©EPA

L’Iran est secoué par une vague de contestation. Au total, 21 personnes ont été tuées depuis le début des manifestations. Les préoccupations des manifestants semblent économiques et politiques. Le président Rohani se montre ferme tout en se voulant à l’écoute.

A l’heure où l’on ne sait pas où va mener la contestation qui secoue l’Iran depuis jeudi dernier, une seule certitude: le pays n’avait plus connu cela depuis la vague de manifestations qui avait suivi la réélection de l’ex-président ultra-conservateur Mahmoud Ahmadinejad en 2009. 21 personnes au moins ont déjà perdu la vie dans des incidents alors que les manifestations s’étendent à plusieurs villes du pays.

→ Neuf personnes ont été tuées la nuit dernière dans plusieurs villes de la province d'Ispahan (centre) lors de violences liées au mouvement de contestation qui secoue l'Iran depuis jeudi.

Plusieurs centaines de personnes auraient été arrêtées à Téhéran. L’Iran avait repris du poil de la bête sur le plan géopolitique après ses victoires face à l’Etat islamique en Syrie et en Irak. En interne, par contre, la façade semble donc se fissurer.

Les causes du mécontentement?

Elles sont multiples. Le mouvement a débuté le 28 décembre à Machhad, la deuxième ville du pays lourdement touchée par la fermeture de l’une des principales institutions de crédit du pays, Mizan, qui croulait sous les dettes toxiques. D’autres sociétés de crédits peu scrupuleuses qui avaient été créées sous la présidence d’Ahmadinejad ont été fermées par l’actuel président, Hassan Rohani, au grand dam de millions d’investisseurs.

Le scandale n’a fait qu’ajouter à un tableau économique déjà plombé par un chômage pointé à 12,4% par le FMI, mais qui dépasserait les 30% dans les faits, ainsi qu’une inflation galopante (plus de 10%). La population iranienne, qui avait largement réélu Rohani en mai dernier sur ses promesses de relance économique grâce aux retombées attendues de l’accord nucléaire international de juillet 2015, est lasse de ne rien voir venir après des années de sanctions économiques.

Et elle reproche au gouvernement iranien son implication coûteuse dans les guerres en Syrie, en Irak et au Yémen ainsi que son soutien au Hezbollah libanais et au Hamas palestinien, alors qu’elle subi parallèlement des politiques d’austérité.

Les appels à plus de libertés individuelles se font également entendre. Les manifestants s’en prennent d’ailleurs tant au président Rohani qu’au guide suprême Ali Khamenei et à l’appareil d’Etat en général.

Qui est aux commandes?

Difficile à dire. Les autorités iraniennes accusent des influences extérieures. Lisez entre les lignes, l’Arabie saoudite. Il se pourrait également que le mouvement ait été piloté par les ultra-conservateurs iraniens dans l’espoir de fragiliser Rohani et qu’il se soit ensuite emballé au point de les dépasser. Ce qui est certain, c’est que les appels à manifester ont été largement relayés par les réseaux sociaux comme Instagram et la messagerie Telegram.

Quelle réaction officielle?

"Le peuple iranien répondra aux fauteurs de troubles."
Hassan rohani
président iranien

Elle est ambivalente. Les forces de police ont réagi fermement, même si les autorités affirment être hors de cause en ce qui concerne les douze décès. Les autorités ont également tenté de circonvenir le mouvement en bloquant Telegram et Instagram. Tout en affirmant que "le gouvernement ne fera montre d’aucune tolérance pour ceux qui détériorent des biens publics, portent atteinte à l’ordre public et créent des troubles sociaux", le président Rohani a également voulu se montrer à l’écoute. Dimanche, il admettait que les Iraniens avaient besoin d’un "espace" pour pouvoir exprimer leurs "inquiétudes". Et lundi, il reconnaissait que l’économie iranienne avait "besoin d’une grande opération de chirurgie".

Et à l’international?

On a surtout entendu les Américains, à commencer par le président Trump qui tweetait dimanche que "le peuple (iranien) a enfin compris comment son argent et ses richesses sont volés et gaspillés pour (financer) le terrorisme". "Il est temps que cela change", a-t-il renchéri lundi. Côté israélien, le ministre des Transports et des Renseignements, Israel Katz, a souhaité "bonne chance au peuple iranien", tout en affirmant que son pays avait "entrepris de ne pas s’impliquer dans ces affaires internes".

Rohani est-il affaibli?

Il n’est en tout cas pas dans une position très confortable. Rien n’est simple pour ce pragmatique qui misait sur l’accord nucléaire pour relancer l’économie de son pays. Echaudés par les nouvelles sanctions économiques adoptées l’été dernier par le Congrès US et par la politique musclée de Trump à l’égard de Téhéran, les investisseurs étrangers se montrent hésitants.

Les relations entre Rohani et Khamenei semblent par ailleurs compliquées. Le guide suprême avait soutenu son rival lors des dernières élections et a ouvertement critiqué Rohani à plusieurs occasions.

Le président ne serait pas non plus en bons termes avec certains de ses anciens alliés modérés qui lui reprochent d’avoir été trop conservateur au moment de former son gouvernement.

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