Publicité
Publicité
analyse

Une trêve fragile dans un conflit israélo-palestinien sans fin

Les forces de sécurité israéliennes et des militants palestiniens se sont affrontés vendredi dans l'enceinte de la mosquée al-Aqsa de Jérusalem. ©AFP

Le Hamas et la droite israélienne ont été renforcés par onze jours d'affrontements meurtriers. Mais cet effet sera de courte durée et la trêve reste fragile.

Onze jours après le début des hostilités, Israël, le Hamas et le Djihad islamique ont conclu un accord de cessez-le-feu, entré en vigueur vendredi à 2 h du matin. Le bilan de ce regain de violence, sans précédent depuis 2014, est lourd. Au moins 243 Palestiniens et 12 Israéliens ont été tués. Les armes se sont tues, mais les braises de la guerre couvent toujours.

Quelques heures après la conclusion de la trêve, de nouveaux heurts ont eu lieu entre la police israélienne et des militants palestiniens aux alentours de la mosquée al-Aqsa à Jérusalem. Les policiers ont tiré des grenades assourdissantes sur les émeutiers, après que ceux-ci leur aient lancé des pierres et des cocktails Molotov.

"L'objectif indirect des barrages de tirs de roquettes était de marginaliser le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas."
David Khalfa
Senior fellow au Center for Peace Communications à New York

L'accord de cessez-le-feu a été rendu possible grâce à la médiation de l'Egypte et du Qatar, appuyée par Washington. Le Caire poursuit sa mission auprès d'Israël et du Hamas pour consolider la trêve. L'Égypte a également décidé d'envoyer des observateurs dans les deux camps pour vérifier le respect du cessez-le-feu.

Le cessez-le-feu est fragile. Une paix durable doit encore être conclue, ce qui prendra des années et nécessitera un engagement des États-Unis sur le terrain diplomatique, alors qu'ils affichent depuis Barack Obama la volonté de se désengager du Moyen-Orient.

Le Hamas renforce son leadership

Ces nouvelles hostilités ont permis au Hamas d'asseoir sa popularité. "À court terme, le Hamas sort politiquement renforcé de cette confrontation. Il est désormais plus populaire auprès des Palestiniens et d’une partie de la jeunesse arabe israélienne", souligne David Khalfa, senior fellow au Center for Peace Communications à New York. "L'objectif indirect des barrages de tirs de roquettes était de marginaliser le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, qui venait de reporter des élections dont le Hamas se voyait le vainqueur."

4.000
roquettes et missiles
En moins de deux semaines, le Hamas et le Djihad islamique ont tiré contre Israël au moins 4.000 roquettes et missiles.

Sur le plan tactique, le Hamas et le Djihad islamique ont révélé un accroissement considérable de leur force de frappe. En moins de deux semaines, les deux organisations terroristes ont tiré contre Israël au moins 4.000 roquettes et missiles, l'équivalent des engins lancés durant 50 jours lors de la guerre de 2014. "Iron Dome", le système de défense israélien, en a intercepté 90%, mais il a été saturé à plusieurs reprises, ce qui a entraîné la mort de civils, des destructions de routes et de bâtiments.

"L'essentiel des gains est d'ordre psychologique, le Hamas a réussi à contraindre 4,5 millions d'Israéliens à se rendre dans des abris, à bloquer  temporairement l’aéroport de Ben Gourion et à diffuser un stress permanent au sein de la population", ajoute l'analyste. Le Hamas a également réussi à faire la jonction entre la bande de Gaza et les violences survenues quelques jours auparavant sur l'Esplanade des mosquées.

La droite israélienne confortée

Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, a indirectement bénéficié de cette confrontation. Les négociations en cours pour constituer une coalition alternative à un gouvernement affaibli ont été suspendues. Le terrorisme entretient aussi la peur, ce qui conforte le discours musclé de la droite.

Mais le leader du Likoud est aujourd'hui critiqué de toutes parts. L'extrême droite israélienne lui reproche déjà d'avoir accepté un cessez-le-feu en cédant aux pressions du président des États-Unis Joe Biden, alors qu'elle souhaitait pousser la guerre jusqu'à la prise de Gaza. Le centre et la gauche critiquent aussi le Premier ministre pour être entré dans un conflit dont le bilan est mitigé.

"Il n'y a ni gagnant, ni perdant parce qu'il s'agit d'un conflit asymétrique, où chacun poursuit des objectifs différents."
David Khalfa
Senior fellow au Center for Peace Communications à New York

"Ni gagnant, ni perdant"

Pour le Hamas comme pour Netanyahou, les gains sont limités dans le temps. La résolution du conflit israélo-palestinien n'a pas avancé d'un iota. "Il n'y a ni gagnant ni perdant parce qu'il s'agit d'un conflit asymétrique, où chacun poursuit des objectifs différents. Nous sommes essentiellement dans une guerre de communication", résume David Khalfa. Les seuls perdants sont les populations civiles, terrorisées des deux côtés.

Sur le plan tactique, l'armée israélienne a réduit la capacité du Hamas. Elle a détruit des tunnels utilisés pour cacher des armes, éliminé une partie de son commandement militaire et abattu les drones de l’organisation islamiste. Les opérations se sont soldées par de nombreux morts militaires et civils du côté palestinien, le Hamas opérant en zone urbaine. "Il faudra du temps au Hamas pour se réarmer, mais au-delà de la destruction de ses capacités offensives et défensives, le conflit ne peut être gagné par Israël qu’au prix d’une réoccupation de Gaza qui se traduirait par des pertes militaires et civiles lourdes", conclut l'analyste.

Le résumé

  • Israël, le Hamas et le Djihad islamique ont conclu un accord de cessez-le-feu, facilité par la médiation de l'Égypte et du Qatar.
  • Le Hamas sort renforcé auprès de la population palestinienne.
  • L'armée israélienne a réduit les capacités militaires du Hamas et du Djihad islamique.
  • Les effets seront de courte durée, chaque camp poursuivant des objectifs différents dans une guerre sans vainqueur.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés