reportage

Vers la guerre totale au Proche-Orient?

Des Palestiniens passent près des décombres d'un immeuble dans une rue touchée par les tirs de roquettes israéliens de ces derniers jours à Gaza. ©EPA

À Gaza, le Hamas et Israël sont pris dans une escalade inouïe. Devenue incontrôlable, la violence s’est propagée dans la société israélienne.

Des hôpitaux aux abois et des rues entières dévastées à Gaza, des appartements éventrés en Israël. En quelques jours, Israéliens et Palestiniens ont basculé dans un tourbillon de violences dévastatrices. Comble de l’horreur: des images de corps d’enfants sans vie qui s’accumulent. A Gaza, le bilan dépasse déjà les cent morts. Tout est parti de Jérusalem-Est, d’une lutte contre l’expulsion de familles palestiniennes.

"Sans pacification préalable avec les Palestiniens, il n’y a pas de paix réelle."
Thomas Vescovi
Chercheur indépendant en histoire contemporaine

Et puis, l’embrasement. À peine sorti du Covid-19 et de l’ère Trump, Israël est pris de cours. Les cadeaux de l’ancien président américain avaient bercé tout un pays d’illusions, mais fait monter le désespoir et la colère parmi les Palestiniens. Pour Thomas Vescovi, chercheur indépendant en histoire contemporaine, le calme relatif des dernières années était un leurre: "Netanyahou affirmait qu’il avait réglé la question palestinienne grâce aux normalisations avec les pays arabes. Cette rhétorique était biaisée, on le voit aujourd’hui. Sans pacification préalable avec les Palestiniens, il n’y a pas de paix réelle."

Pression maximale à Gaza

Bureau du renseignement militaire du Hamas détruit, roquettes lancées sur Tel-Aviv. Sur les réseaux sociaux, l’armée israélienne et le Hamas au pouvoir à Gaza étalent, dans une guerre de communication, leurs exploits militaires depuis l’ouverture du conflit ce lundi. Mais la bataille est largement asymétrique. Les roquettes tirées par le Hamas ont tué plusieurs Israéliens, mais elles ont été majoritairement interceptées par le Dôme de fer, le système de défense anti-aérien. Et surtout, leurs cibles sont approximatives. C’est l’État hébreu qui dicte le tempo. Avec des centaines de frappes aériennes précises et dévastatrices sur la bande de Gaza, Israël a clairement le dessus.

Plusieurs hauts responsables du Hamas ont été éliminés. Un coup dur pour le groupe islamiste, qui semble vouloir stopper les hostilités.

L’armée israélienne se préparerait même à une invasion terrestre. Rumeur ou communication rodée pour pousser le groupe islamiste à bout? Les Israéliens misent sur la pression maximale. Près d’une centaine de Palestiniens, dont une dizaine de mineurs, ont été tués. Plusieurs hauts responsables du Hamas ont été éliminés. Un coup dur pour le groupe islamiste, qui semble vouloir stopper les hostilités. Ce mercredi, Netanyahou affirmait qu’il avait "rejeté plusieurs demandes de cessez-le-feu." Régulièrement taxé de "laxiste" par l’extrême droite dans sa politique à Gaza, le chef du Likoud veut se placer en leader implacable. Il joue son avenir politique sur cette séquence. Début mai, incapable de former un gouvernement, il avait dû passer la main à son rival centriste, Yair Lapid. S’il réussit son pari à Gaza, il pourrait espérer remporter des points lors d’un prochain scrutin.

La dernière fois qu’Israël a connu de telles violences au sein de sa population, c’était en octobre 2000, à l’aube de la seconde intifada.

Coexistence mise à mal

Les jours passent, le conflit s’intensifie, et la société israélienne, composée à 20% de Palestiniens et 80% de Juifs, se divise. Dans les villes mixtes judéo-arabes, les violences communautaires explosent. Près de Tel-Aviv, un homme arabe lynché en pleine rue. À Saint Jean-d’Acre, un homme juif grièvement blessé par des jets de pierres. Le maire de la ville de Lod, dans le centre d’Israël, parle d’un début de "guerre civile". En quelques jours, des années de coexistence fragile ont été brisées. Pour la chercheuse Dahlia Scheindlin, Jérusalem et Gaza ont allumé une poudrière installée depuis longtemps par "les dirigeants israéliens" (dont Benyamin Netanyahou), qui "propagent régulièrement la haine entre les communautés."

Ces événements raniment les fantômes d’un passé sanglant: la dernière fois qu’Israël a connu de telles violences au sein de sa population, c’était en octobre 2000, à l’aube de la seconde intifada.

Joe Biden rattrapé par le conflit israélo-palestinien

Le président américain souhaitait se détourner du dossier israélo-palestinien. Les violences des derniers jours sont un test pour sa diplomatie.

Il regarde vers la Chine, l’Iran et le cyberespace. Pendant ce temps, le Proche-Orient continue de s’embraser. Dans la même ligne qu’Obama, Joe Biden souhaitait désengager Washington du conflit. Pari réussi. Les jours passent, la violence se propage, mais les appels au calme sont timides. Dans son entourage, c’est l’incompréhension. Une partie de son administration et l’organisation J Street (pro-Israël, centre-gauche) poussent le président à s’engager. Ce mercredi, Biden a affirmé le "droit d’Israël à se défendre". Il reprend la ligne de la vieille garde démocrate et surtout, il joue la prudence. En pleine négociation avec Téhéran pour un nouvel accord sur le nucléaire, il ne veut pas froisser Israël.

En parallèle, il a envoyé le secrétaire d’État adjoint Hady Amr dans la région pour calmer les tensions. Washington s’impose timidement comme arbitre. Un vide diplomatique aux conséquences dramatiques sur le terrain. Du côté des "progressistes", la pression monte. Biden avait placé les droits humains au cœur de son administration, mais il reste silencieux sur le sort des Palestiniens. Les derniers jours, des milliers d’Américains propalestiniens sont descendus dans les rues et des députés démocrates ont appelé le président à s’engager sur le dossier. Joe Biden le sait, il ne peut pas ignorer l’aile gauche montante du parti.

Le résumé

  • L'affrontement entre le Hamas et l'État hébreu, parti d’une lutte contre l’expulsion de familles palestiniennes à Jérusalem-Est, ne s’essouffle pas.
  • Avec des centaines de frappes aériennes précises et dévastatrices sur la bande de Gaza, Israël a clairement le dessus.
  • Les Israéliens misent sur la pression maximale.
  • Plus les jours passent, plus la société israélienne, composée à 20% de Palestiniens et 80% de Juifs, se divise.

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