analyse

Tenter de destituer Trump, le pari très risqué des démocrates

Donald Trump et Nancy Pelosi en février dernier lors du discours sur l'Etat de l'Union devant le Congrès. ©REUTERS

Les Etats-Unis ont vécu une journée historique mardi. En annonçant le lancement d’une enquête parlementaire pour "impeachment" contre Donald Trump, la speaker démocrate Nancy Pelosi a finalement cédé à la pression de l’aile gauche de son parti. Mais cette procédure n’a que peu de chances d’aboutir.

1. Pourquoi la destitution de Donald Trump n’a que très peu de chances de se produire?

Parce que la majorité républicaine au Sénat fait bloc derrière le président. Les règles sont claires dans une procédure de destitution. Une enquête est d’abord lancée par la Chambre des représentants et confiée à une ou plusieurs commissions parlementaires. En commission, les élus décident des chefs d’accusation contre le chef de l’État puis les soumettent au vote de la Chambre qui peut en approuver une partie ou la totalité : c’est l’impeachment, la mise en accusation. 

Le procès, lui, se déroule au Sénat. Le président est déclaré coupable si deux tiers des sénateurs votent en ce sens. Or les républicains sont majoritaires au Sénat. En l’état actuel, 20 d’entre eux devront voter avec les démocrates pour que le président soit déchu de ses fonctions. Une telle situation semble improbable.

Seuls deux présidents américains ont été mis en accusation dans l’Histoire: Andrew Johnson en 1868 et Bill Clinton en 1998. Dans les deux cas, ils ont été acquittés par le Sénat.

2. Pourquoi les démocrates se lancent-ils si la destitution est perdue d’avance?

Les deux premières années du mandat de Donald Trump ont été marquées par l’affaire russe et par l’enquête du procureur spécial Robert Mueller. À l’issue de cette dernière, l’aile gauche démocrate a appelé au lancement de la procédure d’impeachment mais Nancy Pelosi a résisté, estimant le risque politique trop important. 

Cette fois, la pression était trop grande. Dans son discours, mardi, Nancy Pelosi en a fait une question de principe en accusant le président d’avoir violé la Constitution américaine et d’avoir mis en danger la sécurité nationale en demandant à une puissance étrangère, l’Ukraine, d’enquêter sur un rival politique, Joe Biden. Elle répond ainsi aux attentes de ceux, dans son camp, y compris la quasi-totalité des candidats aux primaires, qui estiment que l’opposition ne peut pas rester les bras croisés face aux agissements du milliardaire. Le raisonnement est peu ou prou le suivant: peu importe l’issue politique, il faut faire ce qui est juste.

Nancy Pelosi annonce une enquête sur Trump

3. Pourquoi est-ce un pari politique risqué pour les démocrates?

Parce que faire ce qui est juste ne mène pas forcément à une victoire en 2020. Certains démocrates estiment au contraire qu’il ne faut pas se lancer dans une procédure chronophage qui va monopoliser l’attention des médias au risque d’oublier de faire campagne sur le fond des dossiers qui préoccupent l’électorat: la santé, l’économie, l’éducation, etc. Pire, l’enquête pour "impeachment" risque d’être vue comme un acharnement partisan contre Donald Trump et lui attirer de la sympathie. Ce dernier a déjà dénoncé une "chasse aux sorcières" mardi soir.

Les sondages montrent d’ailleurs que l’opinion publique américaine n’est pas favorable à l’impeachment de Donald Trump. Selon une enquête Ipsos menée entre le 23 et le 24 septembre, 39 % des électeurs sont pour et 47 % sont contre.

4. Comment va réagir l’administration Trump?

D’abord en jouant la transparence. Donald Trump a affirmé qu’il allait autoriser dès mercredi la retranscription "complète, totalement déclassifiée et non expurgée" de sa conversation téléphonique du 25 juillet avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Il entend bien prouver qu’il n’a rien dit d’incriminant. Mais cela ne suffit pas pour les démocrates. Le lanceur d’alerte à l’origine de l’affaire a fait état de plusieurs éléments - pas uniquement de ce coup de fil - l’ayant poussé à faire un signalement à l’inspecteur général du renseignement. Selon la presse américaine, ce signalement pourrait lui aussi être rendu public, après avoir été bloqué par l’administration Trump.

L’autre stratégie de la Maison-Blanche, c’est l’attaque: profiter de cette affaire ukrainienne pour accuser - pour l’instant sans preuve - l’ex-vice-président Joe Biden de corruption. L’opinion américaine étant encore peu familière avec les détails de l’affaire, c’est une opération de communication majeure qui commence pour les deux camps ennemis.

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