À un mois des législatives de mi-mandat, Barack Obama mouille son maillot

Le président tente de trouver un deuxième souffle en s’impliquant fortement dans la campagne pour les législatives de mi-mandat. Il a repris cette semaine son bâton de pèlerin.

Barack Obama a repris cette semaine son costume de campagne qu’il avait rangé en novembre 2008. Ce n’est en effet pas tant comme président des Etats-Unis que comme chef de file des démocrates qu’il s’est exprimé lors de ses déplacements dans quatre Etats (Nouveau Mexique, Wisconsin, Iowa et Virginie) à un mois des élections de mi-mandat. Et le message était clair: les électeurs démocrates doivent se mobiliser pour éviter que les républicains se trouvent en position de démanteler tout le travail réalisé depuis janvier 2009, même s’ils sont déçus des résultats obtenus jusqu’à présent.

Si les conservateurs et le mouvement des Tea Parties qui a fait de l’anti-establishment son fer de lance sont mobilisés en bloc à l’approche du scrutin du 2 novembre, certains anciens partisans du président semblent en effet avoir déposé les armes tandis que de nombreux élus de son bord cherchent davantage à séduire leur électorat avec des élans parfois conservateurs qu’à faire la publicité des réalisations de l’administration Obama. "J’ai besoin que vous soyez pleins d’énergie et que vous le restiez, parce que les élections du 2 novembre en diront long sur l’avenir, le vôtre, et celui de notre pays", a notamment lancé Obama à l’encontre des 26.000 personnes venues l’écouter mardi soir à l’Université de Madison, dans le Wisconsin.

Les élections de mi-mandat sont souvent l’occasion pour le parti adverse de reprendre du poil de la bête sur le dos d’un président en baisse dans les sondages. Cette année, l’opposition a d’autant plus le vent en poupe que la cote de popularité d’Obama a dégringolé aux alentours de 45&flexSpace;% à peine et que la reprise économique se fait toujours attendre malgré les mesures prises par l’administration démocrate. Avec un taux de chômage flirtant avec les 10&flexSpace;% de la population active et un déficit budgétaire abyssal, l’électorat risque de lourdement sanctionner l’équipe en place en renvoyant les démocrates dans l’opposition. D’après les sondages, les républicains pourraient gagner 40 sièges à la Chambre (où il leur en suffirait 39 pour reprendre la main) et jusqu’à neuf sièges au Sénat (ce qui les mettrait à égalité avec les démocrates).

Il n’en faut pas plus pour faire resurgir le spectre de la déferlante conservatrice qui s’était opérée en 1994 au Congrès, deux ans après l’arrivée au pouvoir du démocrate Bill Clinton. Un parallèle savamment cultivé par les républicains qui ont dévoilé la semaine dernière leur programme intitulé "Une promesse pour l’Amérique", en écho au "Contrat avec l’Amérique" qui les avait si bien servis il y a une quinzaine d’années. Les républicains y proposent de maintenir en bloc les baisses d’impôts instaurées par l’administration Bush et qui arrivent à échéance à la fin de l’année alors qu’Obama ne veut garder que celles touchant la classe moyenne et les moins nantis. A côté de cela, ils proposent également de saper le travail réalisé jusqu’à présent par l’administration Obama et la majorité démocrate, notamment au niveau de la réforme des soins de santé et de celle de Wall Street.

Si ce programme risque peu de se réaliser, même en cas de victoire des républicains le 2 novembre, du fait que les démocrates pourraient toujours user de mesures de blocages et le président de son droit de veto, les intentions qui y sont développées laissent présager une quasi paralysie du Congrès pendant les deux dernières années du mandat d’Obama à la Maison blanche. De quoi compliquer la tâche du président américain au moment où il devra faire campagne en vue d’être réélu au poste suprême.

Vague de défections

Et comme si cette perspective ne suffisait pas, Barack Obama doit faire face à une vague de défections au sein de son équipe qui, si elle n’est pas inédite à la moitié d’un mandat présidentiel, frappe néanmoins par son ampleur. Après le départ du chef du Bureau du budget de la Maison Blanche, Peter Orszag, et celui de la présidente des conseillers économiques d’Obama, Christina Bromer, c’était au tour de Larry Summers, le principal conseiller économique du président, d’annoncer la semaine dernière son départ.

Obama devra également bientôt se passer de son plus proche conseiller politique à la Maison blanche, David Axelrod, appelé à préparer la prochaine campagne présidentielle de son patron. Son chef de cabinet, Rahm Emanuel, vient lui de démissionner. Dans le secteur de la défense, hautement stratégique au moment où les Etats-Unis se désengagent d’Irak et s’apprêtent à quitter un Afghanistan plus instable que jamais (à partir de l’été 2011), plusieurs départs sont également attendus. Jim Jones, le Conseiller à la sécurité nationale devrait en effet quitter ses fonctions d’ici la fin de l’année tandis que le secrétaire à la Défense Robert Gates, un ancien de l’administration Bush, devrait quitter le navire dans le courant de l’année prochaine.

Il ne faut pas forcément voir le verre à moitié vide. Obama en profitera certainement pour faire souffler un vent nouveau sur son administration et au moins donner l’impression qu’il est à l’écoute des aspirations des nombreux Américains déçus de sa présidence. En attendant, le timing de ces départs ou de leurs annonces donne l’impression, peut-être fausse, d’une administration en perte de vitesse et requiert du président un redoublement d’effort pour (re) mobiliser sa base et recréer l’ambiance un peu folle qui avait contribué à lui paver la route vers la Maison blanche. Cette fois, il ne s’agit plus de décrocher la Lune, mais plutôt de limiter les dégâts.l

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