analyse

Après avoir été acquitté par le Sénat, objectif 2020 pour Donald Trump

Donald Trump, bientôt sorti d'affaire, va pouvoir embrayer sur la campagne de sa réélection. ©Photo News

Les sénateurs ont acquitté le président américain lors d’un vote ce mercredi soir. Le républicain va désormais pouvoir se concentrer sur sa campagne de réélection.

C’est une semaine radieuse pour Donald Trump. Sa cote de popularité - 49 % d’opinions favorables selon l’institut Gallup - n’a jamais été aussi grande depuis le début de son mandat. Les démocrates viennent d’offrir au monde entier un fiasco électoral inouï en Iowa. Et mercredi, les sénateurs républicains ont livré au Président un acquittement sur un plateau.

Trump a été acquitté avec le soutien de tous les élus républicains sauf un - le sénateur de l'Utah Mitt Romney - et sans aucune voix démocrate. 52 des 100 sénateurs américains ont déclaré le président non coupable du chef d'abus de pouvoir et 53 du chef d'entrave à la bonne marche du Congrès, adoptés le 18 décembre à la Chambre des représentants.

Le milliardaire enchaîne victoire sur victoire. En face, l’opposition se montre désorganisée, divisée voire aigrie.

Le milliardaire enchaîne victoire sur victoire. En face, l’opposition se montre désorganisée, divisée voire aigrie. La scène finale du discours sur l’état de l’Union de mardi soir, quand la speaker démocrate Nancy Pelosi, qui a supervisé l’impeachment de Donald Trump, a déchiré la copie de son allocution juste derrière lui, a choqué les Américains. Comme si le locataire de la Maison-Blanche était parvenu à imposer ses codes - le spectacle et l’outrance - à toute la classe politique.

Après plus de quatre mois de feuilleton, l’affaire ukrainienne devait comme prévu se terminer par une victoire. Institutionnelle, puisque Trump, blanchi des chefs d’accusation d’abus de pouvoir et d’entrave au Congrès, évite la destitution. Politique aussi, puisqu’il n’a pas perdu une miette de sa base électorale. Les démocrates se consolent à l’idée que la mise en accusation du 45e président des Etats-Unis à la Chambre des représentants restera gravée dans l'histoire.

Pieds et poings liés

Reste que l’issue du procès était écrite à l’avance: les républicains, majoritaires au Sénat, étaient pieds et poings liés par leurs électeurs pro-Trump. Même Lisa Murkowski et Susan Collins, élues de l’Alaska et du Maine réputées pour leur modération, avaient annoncé qu’elles voteraient pour l’acquittement du président. Son comportement envers l’Ukraine était selon elles problématique, sans mériter pour autant d’être déchu de ses fonctions. "Il a appris une grande leçon" avec son impeachment, s’est persuadée Susan Collins.

49%
d'opinions favorables
Selon un sondage Gallup, avec 49% d'opinions favorables, Donald Trump n'a jamais été aussi populaire.

Vraiment? Donald Trump aurait répété n’avoir rien fait de mal lors d’un déjeuner privé avec des présentateurs télé, mardi. "C’était un appel parfait", a-t-il martelé au sujet de sa conversation téléphonique du 25 juillet avec le président ukrainien. C’était lors de ce coup de fil qu’il avait demandé à son homologue d’enquêter sur son potentiel rival politique Joe Biden.

Malgré la pression de la gauche, aucun témoin nouveau n’aura été entendu durant le procès. L’ancien conseiller à la Sécurité nationale John Bolton avait pourtant bien des choses à dire. Dans un ouvrage en préparation dont des pages sont parues dans la presse, ce faucon républicain confirme l’existence d’un "quid pro quo": le déblocage d’une aide militaire en échange d’une enquête sur Joe Biden. La Chambre des représentants à majorité démocrate, n’exclut pas de convoquer elle-même John Bolton à l’issue du procès. Mais la bataille sera déjà terminée.

Vote de censure ?

Frustrés, certains démocrates comme la sénatrice Dianne Feinstein et le sénateur Joe Manchin III évoquent l’idée d’un vote de "censure" contre Donald Trump au sujet de l’affaire ukrainienne. Une mesure à portée symbolique uniquement. Impeachment, censure… peu importe, pour le président candidat à sa réélection: son regard est tourné vers novembre. Son allocution de mardi au Congrès, vantant son bilan économique et la fin du "déclin américain", sonnait déjà comme un discours de campagne.

La séquence de l’impeachment? "C’est exactement ce dont la base de Trump avait besoin".

Le milliardaire dispose d’un trésor à faire rougir les démocrates: plus de 200 millions de dollars engrangés au 31 décembre 2019. Et il aura au moins gagné une chose dans cette séquence de l’impeachment: sa base est plus mobilisée que jamais. "Ca réveille les gens, ça les rend furieux", a ainsi déclaré au NY Times Meshawn Maddock, co-fondatrice du groupe Michigan Trump Republicains. "C’est exactement ce dont la base de Trump avait besoin". Le Michigan fait partie, avec le Wisconsin et la Pennsylvanie, des trois Etats que le républicain a ravi aux démocrates en 2016. La plupart des efforts, pour les deux partis, vont se concentrer dans ces zones dans les mois à venir.

Dans les sondages nationaux, Joe Biden est régulièrement donné gagnant face à Donald Trump. Mais le septuagénaire vient de subir une claque dans l’Iowa et ne devrait pas se rattraper dans le New Hampshire. La course reste ouverte. Bernie Sanders, et Pete Buttigieg dans une moindre mesure, ne s’en sortiraient pas trop mal non plus, selon les enquêtes d’opinion. Mais une élection aux Etats-Unis se joue Etat par Etat. Donald Trump pourrait donc être réélu en 2020 grâce au collège électoral, tout en récoltant encore moins de voix qu’en 2016.

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