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Après les entreprises, Biden met les super-riches à contribution

Joe Biden, ici le 27 avril, complète son plan de transformation économique avec un projet d'impôt qui touchera les grandes fortunes américaines. ©AFP

Le président américain avance un nouveau plan de dépenses assorti d’un renforcement de la fiscalité sur les grandes fortunes.

Au tour des plus riches. Après avoir annoncé un tour de vis fiscal sur les entreprises pour financer ses plans d'investissement, Joe Biden entend mettre les plus riches à contribution pour soutenir l'Américain moyen. Au terme de cent jours de présidence, il s’adressait ce mercredi pour la première fois aux chambres réunies du Congrès pour abattre de nouvelles cartes de sa stratégie économique et en appeler à un esprit de compromis au nom de l’intérêt supérieur de la nation.

Revenus d’investissements

Petit dernier des grands projets de dépenses annoncés, l’American Families Plan doit être le gros morceau de cette adresse: il prévoit d’injecter 1.000 milliards de dollars dans l'éducation et la petite enfance sur dix ans, ainsi que 800 milliards de réductions fiscales pour les ménages à faible et moyen revenu.

Pour le financer, Joe Biden mise en particulier sur une source de revenus des plus nantis: leurs gains de capitaux et dividendes. Pour les Américains qui gagnent plus d’un million de dollars par an, la ponction passera à 39,6%, soit près du double du taux actuel (20%). À laquelle continuerait de s'ajouter une contribution de 3,8% sur les revenus de placement au-delà de certains seuils, qui date de la présidence Obama. Autrement dit, les plus-values des contribuables les plus riches seraient imposées à 43,4% par l'État fédéral américain - auxquels s'ajoutent dans certains États des prélèvements supplémentaires.

"Je ne pense pas que cela puisse passer le Congrès et nous allons nous en assurer."
Suzanne Clark
Chambre de commerce américaine

Les détracteurs de cette mesure n'ont pas tardé à monter sur leurs grands chevaux. "L'idée que nous punirions les gens qui investissent dans l'économie en ce moment semble tout simplement scandaleuse. Je ne pense pas que cela puisse passer le Congrès et nous allons nous en assurer", a lancé Suzanne Clark, la directrice générale de la Chambre de commerce américaine, puissant lobby patronal. Et pour le président du réseau de riches investisseurs Tiger 21, Michael Sonnenfeldt, cette mesure pousserait les plus riches à conserver leurs actifs plus longtemps pour éviter l'impôt - "ce capital aurait pu être mieux déployé dans la prochaine entreprise qui créera des emplois".

Selon une note d’économistes de la banque UBS au contraire, il n’y a historiquement "aucun lien entre les changements dans la taxation des gains en capital et la performance du marché boursier américain".

Vers la moyenne

Ce projet de tour de vis fiscal sur les super-riches suit l’annonce, en début de mois, d’une augmentation de la fiscalité des entreprises. Joe Biden a prévu d’investir plus de 2.000 milliards de dollars dans les infrastructures, notamment, pour reconstruire l’économie "en mieux" - plan que les élus républicains au Congrès ont déjà rejeté comme trop volumineux.

1%
La fiscalité des entreprises américaines représente environ 1% de la richesse créée dans le pays, pour 3% en moyenne dans les pays de l'OCDE.

Joe Biden mise pour ce faire sur une augmentation de l’impôt des sociétés : son prédécesseur avait fait tomber le taux fédéral de 35% à 21%, Joe Biden veut le relever à 28%, arguant notamment que cela ramènerait les États-Unis vers la moyenne mondiale. En 2018, la fiscalité des entreprises américaines représentait 1% de la richesse créée dans le pays (PIB), pour 3% en moyenne dans l'ensemble des pays de l'OCDE. En droite ligne avec les travaux de réforme de la fiscalité internationale que cette dernière mène sur demande du G20, Joe Biden a créé la surprise en annonçant le taux minimum d’imposition des multinationales qu’il voudrait voir à l’échelle mondiale : 21%.

Mind the gap

"Quand on ne parvient même pas à s'accorder sur le port du masque, je ne vois pas comment on peut s'accorder sur un paquet de réforme fiscale avec les républicains."
Pauline Manos
Democrats Abroad

Reste à voir ce qu’il restera des ambitions de Joe Biden une fois passées à la moulinette du Congrès. Avec une large palette de sensibilités au sein de son parti, sa majorité au Sénat, la plus courte possible, est extrêmement fragile. Et la recherche de compromis avec des républicains de bonne volonté s’annonce très difficile. "La réalité de la façon dont fonctionne le Sénat, et la nécessité sur certains votes d'avoir une majorité des deux tiers, signifie que gouverner est très difficile", confirme Pauline Manos, représentante démocrate en Belgique (Democrats Abroad). "On ne parvient pas à avoir une loi infrastructures, alors que les routes et ponts sont en plus mauvais état qu'en Europe. C'est horrifiant. Quand on ne parvient même pas à s'accorder sur le port du masque, je ne vois pas comment on peut s'accorder sur un paquet de réforme fiscale avec les républicains."

Devant les chambres réunies du Congrès, Joe Biden devait tendre la main à ses contradicteurs dans l’espoir qu’un compromis bipartisan pourra être trouvé. Ses cent premiers jours se sont passés sans accroc majeur pour le président, les cent prochains risquent d’être plus tortueux.

Le résumé

  • Joe Biden veut porter à 43,4% l'impôt sur les gains de capitaux et dividendes des Américains les plus riches.
  • Il s'agit d'un nouveau tour de vis fiscal pour financer des dépenses de sortie de crise pharaoniques - Biden avait déjà proposé de porter l'impôt sur les sociétés à 28%.
  • Ces projets mobilisent contre eux de puissants lobbies. Et devront trouver leur chemin dans les allées tortueuses du Congrès.

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