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analyse

Cinq clés pour comprendre les élections de mi-mandat aux Etats-Unis

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Les élections américaines qui se tiendront ce mardi revêtent une importance capitale pour Donald Trump qui en a fait un référendum sur sa présidence. Que faut-il en savoir?

Rarement les élections de mi-mandat auront autant passionné les foules. Les électeurs américains ont généralement tendance à bouder ce scrutin, en effet. Mais la personnalité hors norme du président Trump et les nombreuses polémiques ayant entouré les deux premières années de son mandat ont bousculé les schémas. Tout pointe vers une mobilisation historique des électeurs et la possibilité qu’au moins une des deux chambres du Congrès bascule dans le camp démocrate. Tentons d’y voir plus clair dans ce scrutin.

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1. Qu'est-ce qui sera en jeu le 6 novembre?

Tous les projecteurs sont sur les élections au Congrès où le président Trump pourrait perdre la double majorité républicaine dont il jouit depuis son arrivée à la Maison-Blanche. Les 435 sièges de la Chambre des représentants sont en jeu, comme c’est le cas tous les deux ans. Au Sénat, ce ne seront que 33 des 100 sièges (chaque État est représenté par deux sénateurs) qui seront renouvelés. Les sénateurs ont des mandats de six ans (qu’ils peuvent tenter de renouveler autant fois qu’ils veulent, comme les députés). Tous les deux ans, seul un tiers des sièges du Sénat est en jeu afin d’éviter que les deux sièges attribués à un État ne changent d’occupant en même temps. À l’heure actuelle, les républicains occupent 237 des 435 sièges de la Chambre et 51 de ceux du Sénat.

Mais les électeurs américains n’éliront pas que leurs élus au Congrès. Dans 36 États, ils choisiront également leur gouverneur. Une douzaine de ces élections à la tête d’États américains s’annoncent serrées et la plupart se tiendront où c’est actuellement un républicain qui est aux commandes. Les démocrates pourraient ainsi grappiller un peu de terrain aux républicains qui dirigent 33 États. La grande majorité des parlements locaux seront également renouvelés (87 sur 99) et près de 150 référendums seront organisés à travers le pays.

2. Que disent les sondages concernant le Congrès?

Le parti du président en place perd généralement des plumes pendant les élections de mi-mandat. Et ce scrutin ne devrait pas faire exception. Mobilisés par la présidence hors norme de Donald Trump, les démocrates devraient reprendre le contrôle de la Chambre des représentants. L’expert politique et statisticien américain Nate Silver estime leurs chances dans une fourchette de 78 à 85%.

Mais alors que les sondages prédisaient une véritable vague bleue (la couleur du parti démocrate) cet été, cela fait quelques semaines qu’ils ne pointent plus que vers une victoire plus modeste. D’après le site d’informations politiques RealClearPolitics, les démocrates seraient assurés de décrocher 203 sièges et les républicains 196. Restent 36 sièges où les sondages sont trop serrés pour se prononcer, mais où la plupart des sièges actuellement occupés par des républicains risquent bien de basculer.

Au Sénat, les républicains semblent en mesure de garder leur majorité. Silver n’y chiffre qu’à 15% les chances des démocrates d’y reprendre le contrôle après l’avoir perdu en 2014. Les républicains pourraient même y asseoir leur majorité alors que plusieurs élections serrées se tiendront dans des État ruraux, en principe acquis au président Trump. Si démocrates et républicains se partagent le Sénat à 50-50, c’est le vice-président Mike Pence, par ailleurs président du Sénat, qui les départagera dès qu’il y aura égalité de votes.

3. Qu'est-ce qui fera pencher la balance?

Tout au long de la campagne, la plupart des démocrates ont soigneusement évité d’attaquer de front Trump au sujet de l’enquête du procureur spécial Robert Mueller qui vise à déterminer s’il y a eu collusion entre la campagne Trump et la Russie pendant la présidentielle de 2016. Ils ont également préféré ne pas parler d’une éventuelle destitution du président, de peur que cela se retourne contre eux dans les urnes.

Les démocrates ont par contre tiré à vue dans le dossier de la santé et en particulier de l’Obamacare, la réforme santé héritée du président Obama. Les efforts déployés par Trump et les républicains du Congrès pour l’abroger, sans succès, et ensuite pour en réduire la portée, ont été très mal perçus par une partie de la population, y compris par les républicains modérés. Les démocrates y ont vu une opportunité en or. Et c’est un facteur qui pourrait peser lourd dans la balance.

À l’inverse, le combat acharné qu’ils ont mené pour tenter de faire dérailler la nomination de Brett Kavanaugh à la Cour suprême, notamment grâce aux accusations d’abus sexuel portées par Christine Blasey Ford, pourrait leur jouer de mauvais tours. C’est d’ailleurs alors que la polémique faisait rage que les sondages ont commencé à pointer vers une remontée des républicains.

Mais il y aura aussi, et surtout, le facteur Trump. Rarement une élection de mi-mandat aura autant tourné autour de la personnalité du président en place. Et Trump en a joué en multipliant les meetings de campagne aux quatre coins du pays. Ces dernières semaines, il a cherché à remobiliser sa base autour des questions d’immigration. Et les caravanes de migrants partis d’Amérique centrale pour rejoindre le Mexique puis les Etats-Unis, lui ont donné l’occasion rêvée de reprendre un thème qui lui avait si bien réussi en 2016. Il a ordonné le déploiement de 5.000 soldats américains à la frontière mexicaine (un nombre qui pourrait monter à 15.000) et affirmé que l’armée pourrait tirer sur les immigrés si elle se sentait menacée. Il est même allé jusqu’à remettre en question le droit du sol qui stipule que tout enfant né aux Etats-Unis obtient automatiquement la nationalité américaine.

4. Les électeurs se déplaceront-ils?

Aux Etats-Unis, le vote n’est pas obligatoire et la majorité des gens restent chez eux le jour des élections. C’est encore plus vrai lors des scrutins de mi-mandat au cours desquels la présidentielle ne peut même pas faire office d’aimant. Lors des dernières élections de mi-mandat en date, en 2014, à peine 37% des Américains en âge de voter avaient exercé leur droit de vote (contre 59% en 2012, une année d’élection présidentielle). C’était le taux de participation le plus bas qu’aient connu les Etats-Unis depuis la Seconde Guerre mondiale. Mais les républicains s’étaient davantage mobilisés que les démocrates et ces derniers avaient alors perdu leur majorité au Sénat, quatre ans avoir perdu celle à la Chambre.

Cette fois-ci, le taux de participation devrait être plus élevé à en croire la tendance observée au niveau des votes anticipés. Selon un article paru mercredi dans le Washington Post, la participation électorale dépasserait déjà les niveaux de 2014 dans au moins 17 États. Une mobilisation qui pourrait être liée à la personnalité polarisante du président Trump ou au fait que l’on assiste à plusieurs batailles serrées à des postes de gouverneurs, comme c’est le cas en Floride par exemple, ce qui accroîtrait l’intérêt pour ces élections de mi-mandat. Elle pourrait également s’expliquer par l’apparition de nouveaux systèmes facilitant les votes anticipés ou par voie postale dans plusieurs États.

Reste à voir si cette tendance se confirmera mardi. Les démocrates comptent en tout cas sur une mobilisation historique des femmes diplômées (remontées contre les discours haineux de Trump et la nomination de Kavanaugh à la Cour suprême) et des jeunes (notamment galvanisés par le mouvement en faveur d’un plus grand contrôle des armes à feu qui avait suivi la tuerie au lycée Marjorie Stoneman Douglas de Parkland, en Floride), deux catégories d’électeurs dont le vote devrait pencher en leur faveur. Selon un sondage publié fin octobre et réalisé par l’Institut de sciences politiques de l’université de Harvard, 40% des jeunes de 18 à 29 ans se disent en tout cas bien décidés à aller voter mardi.

5. Quels sont les pouvoirs du Congrès?

C’est au Congrès que revient le pouvoir de faire les lois. Comme c’est le cas dans de nombreux pays dits démocratiques, une proposition de loi ne deviendra loi qu’une fois que les deux chambres du Congrès en auront adopté la même version. Le Sénat et la Chambre ont chacun des prérogatives propres en plus de ce pouvoir législatif. Les candidats nommés par le président à des postes d’ambassadeurs, de juges de la Cour suprême ou à d’autres fonctions élevées doivent être confirmés par le Sénat. Tout traité international signé par l’exécutif doit être ratifié par le Sénat (à une majorité des deux tiers). Il a également le pouvoir de bloquer des propositions de loi émanant de la Chambre.

Les propositions de lois peuvent émaner des deux chambres du Congrès, mais seule la Chambre des représentants a le pouvoir d’initier les lois de financement. C’est également elle qui lance les procédures de destitution. Mais c’est le Sénat, agissant comme un tribunal, qui juge in fine si un président doit être destitué ou pas. Les deux chambres ont également le pouvoir de créer des commissions d’enquêtes comme celles qui ont été mises sur pied pour déterminer s’il y a eu interférence russe dans les élections américaines de 2016 ou pour établir les responsabilités dans l’attaque de Benghazi au cours de laquelle l’ambassadeur américain en Libye et un de ses collaborateurs avaient été tués.

Le président n’est pas sans pouvoir face au Congrès. Il peut opposer son veto à toute loi qui atterrit sur son bureau. Dans ce cas, le texte est renvoyé dans les deux chambres qui peuvent choisir de tenir compte des remarques qu’il aurait formulées ou, au contraire, décider de contrer son veto à une double majorité des deux tiers. Le président Obama avait opposé 12 fois son veto, comme le président George W. Bush avant lui. Le président peut également contourner un Congrès qui lui serait hostile en adoptant des décrets présidentiels. Le président Obama était ainsi parvenu à imposer plusieurs mesures environnementales et Trump avait utilisé ce moyen pour fermer la porte des Etats-Unis aux ressortissants de sept pays, dont cinq à majorité musulmane.

©AFP

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