chronique

Comment Joe Biden va-t-il se comporter face à la Chine?

Joe Biden est certes très différent de son prédécesseur mais tous deux se retrouvent pour admettre que la Chine est et reste le rival géopolitique n°1 des États-Unis. À cet égard, plusieurs options s'offrent à lui. Laquelle va-t-il choisir?

Des changements climatiques aux mesures prises pour lutter contre la pandémie, en passant par les relations des Etats-Unis avec le Moyen-Orient, le nouveau président américain Biden s’est fixé des priorités fondamentalement différentes de celles de son prédécesseur.

Ian Bremmer. ©Bloomberg

Mais il y a malgré tout un sujet sur lequel Joe Biden et Donald Trump peuvent se retrouver: la Chine est aujourd’hui la seule véritable rivale géopolitique susceptible de menacer la place qu’occupent les Etats-Unis au sommet de l’ordre mondial. Cette vision est partagée à tous les niveaux de l’administration Biden.

Dans ce contexte, la Maison-Blanche a initié un « examen stratégique » des relations entre Etats-Unis et la Chine, demandant aux officiels d’analyser les politiques américaines envers la Chine et de faire des propositions sur la façon d’envisager l’avenir de ces relations. Trois approches distinctes ont commencé à prendre forme.

Montrer les dents

La première approche peut être qualifiée d’endiguement et est soutenue par les éléments plus bellicistes au sein de la Maison-Blanche et des institutions de sécurité nationale.

Dans tous ces domaines, l’assertivité de plus en plus marquée de la Chine se fait au détriment de l’influence de l’Occident et en particulier des Etats-Unis.
Ian Bremmer
Président d’Eurasia Group et GZERO Media

Ce groupe estime qu’une guerre froide avec la Chine est inévitable au vu du nombre de problèmes à somme nulle opposant aujourd’hui les deux pays, y compris, mais pas uniquement: la Mer de Chine méridionale, Taïwan, Hong Kong, les Ouïghours et plus important encore, la technologie.

Dans tous ces domaines, l’assertivité de plus en plus marquée de la Chine se fait au détriment de l’influence de l’Occident – et en particulier des États-Unis. Ce problème devient particulièrement aigu lorsqu’il s’agit de la 5G et des semi-conducteurs, qui sont les fondements de la future économie mondiale. Dans cette optique, il est essentiel que les États-Unis ne négligent aucun aspect de la concurrence entre grandes puissances. 

Alors que l’approche de Trump pouvait aussi être qualifiée d’ « agressive », il existe des différences fondamentales entre les versions Biden et Trump de cet endiguement. Tout d’abord, Biden souhaite gérer la menace chinoise en coordination avec ses alliés au lieu d’agir unilatéralement. Ensuite, il ne se limitera pas à « punir » la Chine et encouragera également les investissements dans l’innovation américaine.

Cette approche s’appuie sur la conviction qu’aucune mesure agressive venant des Etats-Unis ou de ses alliés ne pourra mettre Beijing à genoux, mais freinera les politiques de capitalisme d’Etat et d’autoritarisme, qu’ils considèrent comme non viables à long terme au vu du gigantesque endettement de la Chine et de ses investissements risqués dans des pays en développement.

Une vision à somme positive

La deuxième option est l’interdépendance, principalement soutenue par les responsables de la politique économique de l’administration Biden.

Ces derniers estiment que personne ne sortira gagnant si la lutte entre les Etats-Unis et la Chine évolue au point de menacer l’architecture économique et financière mondiale. Au lieu de se lancer dans une guerre froide, ils préfèrent s’engager de façon constructive aux côtés de la Chine en s’appuyant sur les structures multilatérales existantes, en les réformant pour répondre aux souhaits de la Chine lorsque c’est possible, et en créant de nouvelles institutions où il s’avérera nécessaire d’attirer la Chine pour agir de manière plus multilatérale.

Les partisans de l’interdépendance, principalement soutenue par les responsables de la politique économique de l’administration Biden, ne voient aucun inconvénient à ce que la Chine étende son influence à l’étranger .
Ian Bremmer
Président d’Eurasia Group et GZERO Media

Ils ne voient aucun inconvénient à ce que la Chine étende son influence à l’étranger via des programmes d’investissement comme les "Nouvelles Routes de la Soie", et alors que la qualité des autoroutes et des autres projets d’infrastructures construits par les Chinois n’offre pas le niveau attendu, ils reconnaissent que la Chine contribue à augmenter le niveau de vie des populations dans le monde. C’est une vision du monde à somme positive – où tout le monde peut gagner grâce à la concurrence – ce qui n’est pas surprenant de la part d’économistes.

Le climat comme cause commune

Vient enfin la "wildcard", défendue par John Kerry, le délégué aux affaires climatiques, et les membres de l’administration qui considèrent les changements climatiques comme la seule véritable menace d’importance pour les Etats-Unis, y compris la Chine.

Au lieu de poursuivre une politique d’endiguement ou d’interdépendance, ils souhaitent faire usage des relations sino-américaines dans la lutte contre le réchauffement climatique, une bataille qui a besoin de la Chine, le plus grand émetteur de gaz à effet de serre au monde.

Quelle sera l’approche privilégiée par Biden ? Connaissant son penchant pour le consensus, elle pourrait être une combinaison des trois.
Ian Bremmer
Président d’Eurasia Group et GZERO Media

C’est déjà une bonne chose que Kerry entretienne de bonnes relations avec le monde politique chinois, mais parmi toutes les voies possibles, cette dernière est la moins aboutie. C’est un fait, pas un bug. Pour les défenseurs de cette approche, les relations entre les Etats-Unis et la Chine évolueront au fur et à mesure que la menace climatique se fera plus pressante.

Combiner trois approches

Quelle sera l’approche privilégiée par Biden ? Connaissant son penchant pour le consensus, elle pourrait être une combinaison des trois si Biden essaie de donner du pouvoir à son administration tout en progressant sur autant de sujets que possible au cours des prochaines années.

Cela a du sens à court terme, mais s’ils ne disposent pas d’une stratégie globale, les Etats-Unis seront toujours confrontés à une Chine ayant des valeurs et des normes fondamentalement différentes et les moyens d’exporter sa propre vision à l’étranger.

Une analyse stratégique des relations entre la Chine et les Etats-Unis est sans nul doute la meilleure première étape pour les décideurs politiques à Washington, mais le vrai problème est ce qu’ils en feront lorsqu’elle sera terminée.

Ian Bremmer
Président d’Eurasia Group et GZERO Media et auteur de Us vs. Them: The Failure of Globalism

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