Crise ouverte entre Trump et le FBI

©EPA

Donald Trump a accusé ce vendredi matin la direction du FBI et du département de la Justice de politiser l’enquête russe. Quelques heures plus tard, il autorisait la publication d’une note parlementaire allant dans ce sens. L’affaire a pris une tournure telle que la presse américaine se demande si le nouveau patron du FBI ne va pas démissionner.

Un document émanant du bureau du président républicain de la commission du Renseignement de la Chambre des représentants, Devin Nunes, est venu compliquer un peu plus les relations déjà très tendues entre le FBI et le président Trump cette semaine.

Le texte, de quatre pages, présente des éléments qui prouveraient que l’agence a mené une enquête politiquement biaisée sur les allégations de collusions entre la campagne de Trump et Moscou avant que le dossier ne soit transmis au procureur spécial Robert Mueller, en mai dernier.

Lundi, la commission du Renseignement de la Chambre avait voté en faveur de la publication de ce mémo (majorité républicaine contre opposition démocrate). Mais Trump devait encore donner son feu vert.

Des responsables du FBI, du département de la Justice et certains sénateurs républicains lui avaient demandé de ne pas laisser publier le texte, au motif qu’il contenait des informations classifiées et qu’il présentait une vision incomplète des choses.

Trump, qui avait déjà limogé le directeur du FBI James Comey en mai dernier, n’a rien voulu entendre. Ce vendredi après-midi, il a donné son feu vert à la publication du texte après avoir accusé la direction du FBI et du département de la Justice d’avoir politisé "le processus d’enquête en faveur des démocrates au détriment des républicains", dans un tweet rageur.

Christopher Wray, directeur du FBI depuis août 2017. ©REUTERS

De quoi mettre le tout Washington en émoi. Christopher Wray, le successeur de Comey, va-t-il démissionner quelques jours après son bras droit, Andrew McGabe (poussé vers la sortie par la Maison-Blanche)? Trump va-t-il en profiter pour limoger le numéro deux du département de la Justice, Rod Rosenstein, dans son collimateur depuis plusieurs mois?

Lors de son audition devant le Sénat au printemps, Wray avait déclaré qu’il démissionnerait s’il avait l’impression de ne pas pouvoir travailler en toute indépendance. Pas sûr cependant qu’il franchira le pas même s’il avait expressément demandé à Trump de s’opposer à la publication du mémo.

Et en virant Rosenstein, Trump ne ferait qu’enrichir le dossier (déjà bien fourni) de Mueller concernant ses présumées tentatives d’obstruction à la justice. Mais qui sait jusqu’où ira le président?

La fameuse note

La note, publiée dès que Trump l’a autorisé, a été rédigée par un assistant de Devin Nunes, un proche du Président qui avait même travaillé dans son équipe de transition. D’après elle, le FBI n’aurait pas joué franc jeu au moment de demander à la justice un mandat pour pouvoir mettre Carter Page, un ancien conseiller de la campagne de Trump accusé de collusion avec Moscou, sous surveillance électronique.

Rod Rosenstein ©REUTERS

C’était en octobre 2016 et l’agence aurait alors volontairement omis de préciser que les informations sur lesquelles elle basait sa demande et qui lui avaient été fournies par l’ancien espion britannique Christopher Steele, avaient été glanées au moment où ce dernier travaillait pour le compte du parti démocrate et de la campagne Clinton.

Comey, McGabe et Rosenstein sont également épinglés dans la note pour avoir chacun confirmé la prolongation du mandat autorisant la surveillance de Page (tous les 90 jours en vertu de la loi US). Selon les membres démocrates de la commission du Renseignement, la note serait tendancieuse et ses éléments sortis de leur contexte.

Du côté de l’enquête

Le procureur spécial Robert Mueller ©AFP

Pendant ce temps-là, Mueller continue son petit bonhomme de chemin. On apprenait cette semaine que Rick Gates, l’ancien associé de Paul Manafort (président de la campagne de Trump jusqu’en août 2016) qui est inculpé pour blanchiment d’argent et activités non déclarées de lobbying pour le compte de Moscou, serait en train de collaborer avec le procureur spécial.

Quant à Mark Corallo, l’ex-porte-parole des avocats de Trump dans le dossier russe (jusqu’à cet été), il serait également sur le point de parler à Mueller. D’après le New York Times, il aurait entendu Hope Hicks, la directrice de la communication de la Maison-Blanche, dire au président que des documents incriminant son fils aîné, Don Jr., dans l’enquête sur les collusions présumées entre sa campagne et Moscou, "ne sortiront jamais". De tels propos pourraient être interprétés comme la preuve d’une tentative d’obstruction à la justice. Hicks a nié en bloc alors que la presse US se délectait de ce nouveau rebondissement.

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