Dans la course démocrate, Warren fait de l'ombre à Biden

Elizabeth Warren grimpe dans les sondages. ©REUTERS

Dix candidats démocrates s’affrontent ce jeudi lors d’un troisième débat télévisé sur la chaîne ABC. Les yeux des commentateurs seront rivés sur Elizabeth Warren, qui fait une campagne remarquée ces dernières semaines.

"J’ai un plan pour ça." La petite phrase d’Elizabeth Warren, répétée de meeting en meeting, sonne désormais comme un slogan. La candidate aux primaires démocrates s’est hissée dans les sondages en l’espace de quelques semaines grâce à une campagne très organisée et des propositions bien ficelées. D’après la moyenne de Real Clear Politics, Joe Biden est toujours premier au niveau national avec 29,9% des intentions de vote. Elizabeth Warren arrive en deuxième position avec 18,7%, juste devant son ami Bernie Sanders et ses 18%.

Ce jeudi soir, sur la chaîne ABC, dix candidats vont s’affronter lors d’un troisième débat. Mais la tension devrait se concentrer sur le duel entre le favori et celle qui est devenue sa principale rivale, tous deux sur la même scène pour la première fois. Tout les oppose. Sur le style, Joe Biden, 76 ans, n’a pas brillé par son éloquence lors des deux derniers débats parsemés de bafouilles et de gaffes. Elizabeth Warren, déjà championne de débats à l’université, ex-professeure à Harvard, est capable d’expliquer des idées très compliquées à une audience de non spécialistes. Un style de "prof" certes peu rock and roll qui séduit une partie croissante des démocrates. Sur le fond, l’ex-vice-président américain fait campagne au centre et mise sur le pragmatisme. La sénatrice du Massachusetts regarde à gauche toute et appelle à secouer le système.

Assurance santé publique pour tous, annulation de la dette étudiante, taxe sur les super-riches, démantèlement des géants de la tech"C’est la seule candidate avec un nombre substantiel de propositions à un moment où les autres cherchent seulement à se distinguer par leur personnalité", note Robert G. Boatright, politologue à l’Université Clark du Massachusetts, interrogé par L’Echo. L’universitaire a été marqué, lorsqu’il l’a observée en meeting dans sa ville, par le niveau de détails offert par la candidate: "Elle fait vraiment ses recherches sur le public auquel elle s’adresse. Bernie Sanders, lui aussi, est fort avec les grandes foules. Mais il donne des discours moins personnalisés." Au coude à coude dans les sondages, Bernie Sanders et Elizabeth Warren font campagne sur la même ligne révolutionnaire et n’ont pas intérêt, pour l’instant, à s’attaquer mutuellement.

"Certes il faut avoir des plans, mais il faut être capable de les exécuter."
Joe Biden
Candidat démocrate

L’équipe de Joe Biden, elle, est persuadée que l’électorat démocrate est bien plus modéré que les militants les plus médiatiques. La stratégie jeudi sera donc de démontrer que dans une Amérique divisée, il est le mieux à même de faire des compromis pour voter des lois. "Certes il faut avoir des plans, mais il faut être capable de les exécuter", a-t-il déclaré la semaine dernière lors d’une levée de fonds à Manhattan. Un argument déjà balayé par Elizabeth Warren lors du deuxième débat en juillet. Alors que ses propositions étaient taxées d’irréalistes, elle s’est indignée de voir des candidats concourir "simplement pour parler de ce qu’on ne peut vraiment pas faire et de ce pourquoi on ne devrait pas se battre".

Sortir les crocs

Reste que cette course à la Maison- Blanche ne ressemble pas aux précédentes. Comme le souligne Robert G. Boatright, le principal objectif des électeurs démocrates, en 2020, est de "se débarrasser de Donald Trump". Leur choix devrait donc se porter sur le candidat aux épaules les plus larges. Or sur ce point, Elizabeth Warren est en mauvaise posture. Donald Trump continue à la surnommer "Pocahontas" en référence à une polémique sur ses supposées origines amérindiennes. Un épisode que la candidate aimerait bien oublier.

Quant à Joe Biden, s’il peut compter sur l’héritage de Barack Obama pour rallier les démocrates, il n’est pas sûr que cela suffise face au milliardaire républicain qui a entrepris de détruire tout ce que son prédécesseur a bâti. Quel que soit le démocrate qui affrontera Donald Trump, il lui faudra, lors des face-à-face télévisés, sortir les crocs. Et sur ce point, c’est l’outsider Kamala Harris, ancienne procureure au verbe acéré et quatrième dans les sondages, qui s’en sort le mieux.

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