Des républicains moins regardants sur les dépenses

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Les républicains et les démocrates du Sénat américain ont décidé d’augmenter de 300 milliards de dollars les dépenses publiques en 2018 et 2019 pour débloquer les discussions budgétaires. Ils se sont aussi mis d’accord pour suspendre le plafond de la dette publique jusqu’en mars 2019. Certains républicains semblent avoir fait une croix sur leurs exigences d’orthodoxie budgétaire en vue des élections de mi-mandat.

Les dirigeants du Sénat américain sont parvenus à un accord budgétaire d’avant-dernière minute mercredi soir alors que le délai à respecter par le Congrès pour éviter un nouveau "shutdown" est ce jeudi à minuit. Le texte prévoit de financer l’administration fédérale jusqu’au 23 mars, le temps que le Congrès fonde dans des lois la hausse de 300 milliards de dollars (sur deux ans) des dépenses publiques US décidée mercredi.

300 milliards $
dépenses publiques
Le budget prévoit une hausse de 300 milliards de dollars (sur deux ans) des dépenses publiques US.

L’accord, immédiatement salué par le président Trump et le "speaker" de la Chambre Paul Ryan, semble marquer la fin d’une quête d’austérité budgétaire inconditionnelle et quasi idéologique de la part de nombreux républicains. Les deux chambres du Congrès ont quelques heures pour le voter ce jeudi. Si le Sénat – premier à se prononcer – doit l’adopter, l’incertitude plane toujours sur les intentions de la Chambre des représentants, où les républicains les plus à cheval sur l’orthodoxie budgétaire font la moue tandis que les démocrates regrettent que les questions d’immigration soient passées à la trappe.

L’accord budgétaire

Le compromis prévoit donc d’augmenter de 165 milliards de dollars (sur deux ans) les dépenses militaires, une requête de la Maison-Blanche et des républicains. En contrepartie, les démocrates ont obtenu une hausse de 131 milliards de dollars (toujours sur 2 ans) des dépenses publiques non-militaires. L’argent ainsi libéré ira à la lutte contre les opiacés, un programme de couverture-santé pour les enfants, des projets d’infrastructures et l’assistance aux États récemment touchés par des ouragans et des incendies. Le compromis s’attaque aussi au plafond de la dette publique, avec lequel les Etats-Unis continuent à flirter régulièrement. D’après le département du Trésor, le plafond risquait d’être atteint début mars. Les dirigeants du Sénat se sont mis d’accord pour le suspendre jusqu’à mars 2019.

"Républicains et démocrates doivent soutenir nos soldats et soutenir cette loi!"
donald trump
président des états-unis

Attention au déficit

Tout cela a un prix: le risque de voir le déficit budgétaire américain s’emballer. D’après les calculs du Committee for a Responsible Federal Budget, une organisation non-partisane planchant sur les questions budgétaires, le déficit pourrait s’élever à 1.120 milliards de dollars en 2019, un niveau qui n’avait plus été atteint depuis 2011, lorsque les Etats-Unis peinaient à se relever de la crise financière de 2008. Publié fin janvier, ce chiffre ne prend pas en compte les mesures mises cette semaine sur la table. Le déficit pourrait donc se creuser davantage.

1.120 milliards $
déficit
Le déficit pourrait s’élever à 1.120 milliards de dollars en 2019, un niveau qui n’avait plus été atteint depuis 2011,

La pilule est dure à avaler pour les conservateurs, qui avaient déjà dû lâcher du lest pour permettre l’adoption des baisses d’impôts réclamées à cor et à cri par le président Trump. Des baisses d’impôts qui pourraient creuser le déficit budgétaire de 1.500 milliards de dollars sur 10 ans alors que l’impact qu’elles auront sur la croissance économique américaine est plus qu’incertain. Mais, du côté des républicains pragmatiques, on se dit visiblement qu’à l’approche des élections de mi-mandat, ce n’est pas le moment de s’engager dans une guerre budgétaire dont personne ne sortirait vainqueur.

Les "dreamers"

Chez les démocrates, aussi, le calcul politique semble évident. Après s’être montrés intransigeants sur la nécessité de régler le cas des 800.000 jeunes immigrés clandestins arrivés aux Etats-Unis alors qu’ils étaient enfants – les "dreamers" – en même temps que les questions budgétaires, ils ont accepté de séparer les deux dossiers. Pas avant d’avoir obtenu du chef de file des républicains au Sénat, Mitch McConnell, la promesse que la question soit débattue au plus vite. Une promesse que n’auraient pas reçu les démocrates de la Chambre de la part du numéro un républicain, Paul Ryan.

Mercredi, Nancy Pelosi, la chef de file de la minorité démocrate de la Chambre, a passé plus de sept heures au perchoir pour dénoncer le sort de ces "dreamers". Elle n’a cependant pas appelé ses troupes à voter contre le compromis: preuve que les démocrates hésitaient aussi à continuer à jouer avec le feu sur les questions budgétaires.

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