Destituer Trump ou pas? Les démocrates sont divisés

©REUTERS

Nancy Pelosi, la présidente de la Chambre des représentants, refuse pour l’instant de lancer une procédure de destitution à l’encontre de Donald Trump. Pour certains démocrates, le Congrès ne pourrait toutefois pas rester les bras croisés après que le rapport Mueller a démontré que Trump a tenté de faire dérailler l’enquête sur le Russiagate.

Le rapport Mueller publié jeudi dernier et détaillant les conclusions de 22 mois d’enquête sur l’affaire du Russiagate est sans appel: il n’y a pas de preuve de collusion entre la campagne de Trump et Moscou, mais le Président a tenté de faire dérailler l’enquête une bonne dizaine de fois, notamment en cherchant à démettre Mueller.

Pour certains élus démocrates, dont les sénatrices Elizabeth Warren et Kamala Harris, toutes deux candidates à la présidentielle de 2020, c’en est assez pour que la Chambre des représentants lance une procédure de destitution à l’encontre de Trump. Warren estime même que chaque élu du Congrès devrait dire clairement s’il est pour ou contre l’impeachment. Plus pragmatique, Harris reconnaît qu’une telle procédure aurait très peu de chance d’aboutir (la majorité républicaine du Sénat voterait très certainement contre la destitution) mais que le Congrès se doit d’agir. S’il ne fait rien, cela pourrait ouvrir la porte à n’importe quelles dérives présidentielles à l’avenir.

"Si pendant toute l’année prochaine, la seule chose dont parle le Congrès, c’est ‘Trump Trump Trump et Mueller Mueller Mueller’, et nous ne parlons pas (…) des sujets qui concernent les citoyens ordinaires, j’ai peur que cela ne joue à l’avantage de Trump."
Bernie Sanders
Sénateur du Vermont

Pour d’autres, et en particulier les dirigeants du parti, ce serait beaucoup trop risqué de lancer une procédure de destitution vouée à l’échec à un peu plus d’un an et demi de la présidentielle et des élections au Congrès. Ils craignent que cela les déforce aux yeux des électeurs et permette à Trump de se poser en victime. C’est notamment l’avis du sénateur Bernie Sanders, lui aussi candidat à l’investiture démocrate. "Si pendant toute l’année prochaine, la seule chose dont parle le Congrès, c’est ‘Trump Trump Trump et Mueller Mueller Mueller’, et nous ne parlons pas (…) des sujets qui concernent les citoyens ordinaires, j’ai peur que cela ne joue à l’avantage de Trump", a-t-il déclaré lundi soir. Nancy Pelosi, la présidente de la Chambre des représentants, l’a dit et répété, elle non plus ne veut pas prendre un tel risque.

Option prudente

Pour l’heure, c’est l’option prudente qui semble être suivie. "Les faits pouvant servir à obliger le Président à rendre des comptes peuvent être obtenus hors des auditions organisées dans le cadre d’une destitution", écrivait Pelosi dans une lettre à ses troupes lundi. Quelques heures plus tard, une centaine d’élus démocrates débattaient de la question via un conference call mené par Pelosi elle-même, sans parvenir à s’entendre. Mais le fait que la dirigeante démocrate n’ait pas formellement exclu de lancer une procédure de destitution – elle a même dit qu’elle s’y résoudrait s’il le fallait – prouve que le débat est loin d’être clos.

En attendant, les démocrates se concentrent sur les enquêtes parlementaires visant Trump dans l’espoir de monter un dossier en béton contre lui et de saper ses chances de réélection. Jerrold Nadler, le président de la commission des Affaires judiciaire du Sénat, a enjoint Don McGahn, l’ex-conseiller juridique de la Maison-Blanche longuement cité dans le rapport Mueller (il a refusé de céder aux pressions de Trump et a fini par démissionner en octobre dernier), à venir témoigner au Congrès le 21 mai. Il a envoyé la même "invitation" au ministre de la Justice, William Barr (qui devrait répondre aux questions des élus la semaine prochaine) et au procureur spécial Robert Mueller.

Dans un tout autre registre, la présidente démocrate de la commission sénatoriale des Finances, Maxine Waters, s’est engagée dans un bras de fer avec la Maison-Blanche pour obtenir les déclarations fiscales de Trump et d’autres informations financières. Elle veut notamment comprendre pourquoi la Deutsche Bank a continué de prêter de l’argent à la Trump Organization au moment où toutes les autres banques lui avaient tourné le dos. S’il s’avère que Trump a menti sur sa situation financière, cela pourrait également lui porter préjudice.

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