Deux témoins pris entre deux feux dans l'enquête pour l'impeachment de Trump

©REUTERS

Les auditions publiques ont commencé mercredi dans l’enquête pour impeachment contre Donald Trump. Les camps démocrate et républicain ont chacun tenté d’imposer leur narratif.

Si la saga de l’impeachment 2019 était une série télé, les auditions de ce mercredi 13 novembre auraient fait un bon (mais bien trop long) pilote. Les deux camps ennemis ont présenté leurs narratifs respectifs et ont mitraillé de questions deux témoins clés de l’affaire ukrainienne. Objectif: convaincre chaque Américain que Donald Trump mérite ou ne mérite pas d’être destitué.

Si cela ne vaut pas un impeachment, que faudrait-il ?
Adam Schiff
Président de la commission du renseignement

Ces auditions ont aussi mis en lumière les personnages clés de cette saga. Le démocrate Adam Schiff, chef de la commission du Renseignement de la Chambre des représentants et patron de l’enquête, a dirigé la séance, parfois chahuté par ses collègues républicains. Il a répété les suspicions dont le Président américain fait l’objet: avoir réclamé l’aide de Kiev pour enquêter sur une théorie du complot à propos de l’élection de 2016 et sur le clan de Joe Biden, son possible rival en 2020. Et avoir conditionné une rencontre à la Maison-Blanche et une aide militaire à l’annonce de ces enquêtes. "Si cela ne vaut pas un impeachment, que faudrait-il ?", a demandé l’élu.

"Imposture"

Le républicain le plus haut gradé de cette même commission, Devin Nunes, a lui cherché à décrédibiliser la procédure, une "imposture" à ses yeux. Il a réclamé les témoignages du lanceur d’alerte à l’origine de l’affaire et de Joe Biden en personne. Pour lui, la situation se résume à une rébellion d’une partie de la bureaucratie face à un président légitimement élu.

Face à ces deux camps aux objectifs politiques clairs, les deux témoins, les diplomates George Kent et Bill Taylor, ont tenté d’exposer leur version des faits. De façon méthodique, ils ont répété le calendrier des événements et raconté les épisodes les plus troublants – pour la plupart déjà révélés par la publication des mémos de leurs auditions privées. Tous deux ont insisté sur l’importance géopolitique de la sécurité de l’Ukraine pour les Etats-Unis. Bill Taylor, qui fait office d’ambassadeur en Ukraine, a tenu à montrer que non seulement Donald Trump a détourné l’objectif américain en Ukraine, à savoir aider Kiev à combattre l’agression de Moscou, mais qu’il l’a fait pour servir ses intérêts personnels.

Il a également rapporté un élément nouveau: l’ambassadeur américain auprès de l’Union européenne, Gordon Sondland, aurait eu Donald Trump au téléphone au lendemain de son appel du 25 juillet avec le Président ukrainien. "Qu’est-ce que Trump pense de l’Ukraine?", lui a demandé un membre de l’équipe de Bill Taylor, présent à ses côtés ce jour-là. "Il se soucie davantage de l’enquête sur Biden", a répondu Gordon Sondland.

"Chasse aux sorcières"

Pour interroger les témoins, chaque camp a fait appel à un enquêteur spécial. Côté démocrate, l’ancien procureur Daniel Goldman s’est montré précis et peu expressif, comme s’il voulait prouver sa droiture. Côté républicain, Steve Castor a cuisiné les témoins avec une voix plus enlevée et une forme de cynisme. Son but: faire admettre aux témoins que l’inquiétude de Donald Trump au sujet d’une interférence ukrainienne en 2016 et de la corruption chez Burisma, la société où travaillait le fils Biden, était fondée.

Donald Trump, lui, a dénoncé une "chasse aux sorcières" depuis la Maison Blanche où il rencontrait le Président turc. "Je suis trop occupé pour les regarder", a-t-il assuré. Cela ne l’a pas empêché de retweeter les républicains critiquant la procédure et de publier une vidéo où il dénonce "la plus grande arnaque de l’histoire de la politique américaine". Son fils a pris soin de s’adresser à la base trumpiste en qualifiant les auditions d’"horriblement chiantes". Autrement dit: circulez, il n’y a rien à voir.

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