Donald Trump défend son mur

©REUTERS

Mardi soir, Donald Trump a tenté de rallier les Américains à son projet de construction d’un mur à la frontière avec le Mexique. Et à l’occasion de sa première allocution à la Nation depuis le Bureau ovale, il a une nouvelle fois réclamé 5,7 milliards de dollars pour financer l’édifice.

Dix-huitième jour de shutdown aux États-Unis et toujours aucune solution en vue. Mardi soir, dans une allocution télévisée diffusée en prime time, Donald Trump a délivré un message d’une dizaine de minutes pour défendre sa promesse de mur anti-immigration à la frontière entre les États-Unis et le Mexique.

Le Président américain a campé sur ses positions, accusant les démocrates d’être responsables du "shutdown", qui paralyse les services fédéraux américains depuis plus de deux semaines. "Le gouvernement reste bloqué pour une seule et unique raison: les démocrates ne veulent pas financer la sécurité de notre frontière," a-t-il déclaré depuis le Bureau ovale. Une déclaration erronée puisque les démocrates proposent de financer la sécurité à la frontière à hauteur de 1,3 milliard de dollars dans le plan budgétaire pour 2019.

Une "crise humanitaire"

Calmement, les yeux rivés sur la caméra, Donald Trump n’a pas non plus hésité à parler de "crise du coeur et de l’âme". "Ce soir, je vous parle, car nous assistons à une crise humanitaire et sécuritaire grandissante à la frontière sud." Un argument peu convaincant selon le "New York Times", qui accuse le locataire de la Maison-Blanche de dramatiser la situation à la frontière. Évoquant la violence des immigrants, les drogues, les gangs, les terroristes, Donald Trump a omis de préciser que selon un rapport du département d'État en septembre dernier, "aucun élément tangible n'indique que des groupes terroristes internationaux se soient implantés au Mexique, travaillent avec les cartels de la drogue ou envoient des agents aux États-Unis via le Mexique". Il n’a pas non plus spécifié qu’il n’y a jamais eu aussi peu d’arrestations à la frontière mexicaine : en 2017, 303.916 personnes ont été arrêtées, soit "le chiffre le plus bas depuis 45 ans", rappelle le "Washington Post".

Speech de Donald Trump

Les Américains en "otages"

Fitch pourrait revoir le AAA des Etats-Unis

L'agence de notation Fitch pourrait réduire sa note de crédit "triple A" des Etats-Unis cette année si l'impasse budgétaire actuelle continue, au-delà du 1er mars, d'entraver l'établissement du budget et conduit le gouvernement à dépasser le plafond d'endettement.

"Si le shutdown se prolonge jusqu'au 1er mars et si le plafond de la dette devient un problème quelques mois plus tard, on risque de devoir réfléchir au cadre politique, à l'incapacité d'adopter un budget (...) et au fait de savoir si tout cela est compatible avec un triple A", a déclaré James McCormack de Fitch.

Pour convaincre les démocrates d’allouer les 5,7 milliards de dollars nécessaires pour la construction du mur et ainsi trouver un accord sur une loi budgétaire, le locataire de la Maison-Blanche avait proposé dimanche "une barrière en acier". Cette fois, il a même essayé de faire croire que l’idée venait du camp adverse. "A la demande des démocrates, ce sera une barrière en acier plutôt qu’un mur en béton." Mais les démocrates, opposés au financement de ce mur qu'ils jugent "immoral", coûteux et inefficace, ne comptent pas lâcher du lest. Quelques minutes après la fin du discours solennel de Donald Trump, Nancy Pelosi, nouvelle speaker de la Chambre des représentants, et Chuck Schumer, chef de la minorité au Sénat, ont pris la parole. Ils ont exhorté le président à "rouvrir le gouvernement" en séparant le "shutdown" des discussions sur la sécurité à la frontière. "Le président Trump doit cesser de prendre les Américains en otages, et doit cesser de créer de toutes pièces une crise," a lancé Nancy Pelosi.

Pas d’urgence nationale

Donald Trump - qui finalement n’a pas mentionné la possibilité de recourir à une mesure d’urgence exceptionnelle qui lui aurait permis de contourner le Congrès et de s’appuyer sur l’armée pour construire le mur - a appelé l’opposition à le rencontrer à la Maison-Blanche ce mercredi, mais pour l’instant les discussions restent au point mort. Et alors que ce "shutdown" menace de devenir l’un des plus longs de l’histoire américaine, 800.000 fonctionnaires risquent de ne pas recevoir leur salaire vendredi, jour de paie. Mais ni le président américain - pour qui la promesse de construire le mur est au coeur de son identité politique - ni les démocrates ne semblent prêts au compromis.

©AFP

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect