analyse

Donald Trump positif au Covid-19. Quelles conséquences pour la campagne?

Donald Trump et son épouse Melania ont voyagé à bord d'Air Force One avec une collaboratrice qui s'est ensuite avérée positive au Covid-19. ©REUTERS

À un mois de la présidentielle américaine, le président Trump, candidat à sa réélection, et son épouse Melania ont été testés positifs au Covid-19.

Ce vendredi matin, le président américain a twitté: "La Première dame et moi-même avons été testés positifs au Covid-19. Nous allons entamer notre quarantaine et notre protocole de rétablissement immédiatement. Nous allons nous en sortir ensemble!"

Donald Trump avait annoncé jeudi soir qu'il se plaçait en quarantaine dans l'attente des résultats de son test Covid-19 après que sa proche collaboratrice, Hope Hicks, avait été testée positive. Celle-ci était à bord d'Air Force One avec le président américain et son épouse lorsqu'ils se sont rendus mardi dans l'Ohio pour participer au premier débat face à Joe Biden. Elle avait également voyagé avec lui mercredi pour un meeting de campagne dans le Minnesota.

Quelles répercussions sur la campagne électorale?

Cette contamination entraîne un flot de questions autour des semaines à venir. La situation est inhabituelle. La suite dépendra de la santé du président: développera-t-il des symptômes ou pas? Pour l'heure, il ne souffre que de "symptômes légers", selon le New York Times, présentant des symptômes proches d'un rhume. Jeudi, le président a pris part à un événement de collecte de fonds dans le New Jersey. Selon le journal, il y serait apparu comme "apathique".

Ce vendredi soir, Donald Trump devait participer à un meeting en Floride, État crucial pour l'élection. L'événement est annulé, mais la Maison-Blanche a maintenu une conférence téléphonique sur le Covid-19. Le prochain débat face à Joe Biden est prévu le 15 à Miami, en Floride. Que se passera-t-il alors?

"Trump est une bête de scène, Pence est beaucoup plus réservé, même s'il est aussi extrémiste sur bien des points."
Serge Jaumain
Professeur d'Histoire, spécialiste des USA (ULB)

"La campagne continue", assure Serge Jaumain, professeur d'Histoire contemporaine à l'ULB et spécialiste des États-Unis. Trump doit rester en quarantaine pendant deux semaines. "S'il est dans l'incapacité de poursuivre la campagne, son vice-président prend le relais." Un vice-président qui a été testé négatif ce vendredi, tout comme son adversaire Joe Biden.

La question des prochains meetings devra vite être réglée. "Mike Pence peut remplacer le président. Mais les deux hommes ont une personnalité totalement différente. Trump est une bête de scène, Pence est beaucoup plus réservé, même s'il est aussi extrémiste sur bien des points. Les républicains vont devoir prendre une décision politique. Il ne serait pas étonnant que Trump fasse plutôt des interventions en vidéo parce que son vice-président n'a pas cette capacité à électriser les foules."

Cependant, Serge Jaumain estime que l'enjeu de ces meetings n'est pas aussi important qu'on pourrait le croire. "Trump stimule surtout sa base à aller voter. Sa présence n'augmentera pas fortement sa popularité. Mais il faudra voir ce qui se passe pour le prochain débat face à Biden. S'il devait être remplacé par Pence, ça pourrait être intéressant, on pourrait enfin avoir... un vrai débat!"

"Le système américain est conçu pour que le vice-président soit une vraie doublure du président."
Serge Jaumain
Professeur d'Histoire, spécialiste des USA (ULB)

Dans un groupe à risque

À 74 ans, le président américain fait clairement partie des groupes à risque. Aux États-Unis, le Covid-19 a causé la mort de 207.000 personnes, et 8 décès sur 10 concernent des plus de 65 ans. Si Donald Trump tombait gravement malade, cela poserait question quant à sa participation à l'élection. "Mais il serait trop tard, on ne peut plus modifier l'attelage", assure l'expert de l'ULB. "Et le système américain est conçu pour que le vice-président soit une vraie doublure du président."

Présente-t-il des facteurs à risque en plus de son âge? Donald Trump, qui a toujours vanté sa forme, est visiblement en surpoids, en "obésité modérée". Son taux de cholestérol serait élevé. Le monde entier va donc être suspendu à ses prochains bulletins de santé. Pour l'heure, son médecin a déclaré qu'il se sentait "bien".

"Le Covid aura finalement été le pire ennemi de Trump."
Serge Jaumain
Professeur d'Histoire, spécialiste des USA (ULB)

Cette contamination renvoie Donald Trump à ses propres propos. Il a toujours minimisé l'impact de la pandémie, tant en paroles qu'en actes, notamment en portant peu le masque et en multipliant les invitations pour des rassemblements.

Son adversaire, Joe Biden, a encore pointé ces manquements lors du premier débat entre les deux candidats: soulignant l'"irresponsabilité" du président, il lui a reproché de ne pas avoir de plan contre la crise sanitaire. "Il savait dès février que c'était une maladie mortelle" ou "vous devriez quitter vos parcours de golf et travailler", a lancé le démocrate.

Il pourrait tirer parti de la situation

"Le Covid aura finalement été le pire ennemi de Trump, souligne le professeur d'Histoire de l'ULB. Par la façon dont le président a géré, ou n'a pas géré, la crise, ce qui lui a fait perdre une partie de sa popularité. Et parce que ça va le priver de meetings... Mais je ne pense pas que l'impact de cet épisode sera considérable, la base de Trump est acquise, elle risque juste de légèrement s'éroder s'il est absent des meetings."

Et si Donald Trump reste asymptomatique, cela lui permettrait de continuer à minimiser la gravité que peut avoir la maladie. "Il pourra aussi se présenter comme l'homme fort que rien n'atteint. Cela fait peut-être déjà partie de sa stratégie, d'ailleurs...", relève encore Serge Jaumain.

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