analyse

Double coup dur judiciaire pour Trump: quelles conséquences?

Le président américain a vécu mardi une journée catastrophique. Les condamnations, à quelques minutes d’intervalle, de Michael Cohen et de Paul Manafort, deux anciens proches collaborateurs de Trump, plonge la Maison Blanche dans la tourmente.

Mardi 21 août, 16h, dans un splitscreen spectaculaire, deux visages se font face. D’un côté de l’écran, Michael Cohen plaidant coupable. De l’autre, Paul Manafort condamné à huit reprises dans son procès pour fraudes bancaire et fiscale. On aurait pu rajouter un troisième visage, celui de Donald Trump. Car ces condamnations ne sont rien d’autre qu’une gifle aller retour pour le président.

Michael Cohen accuse Trump

D’abord, il y a la condamnation de Michael Cohen, l’homme qui pouvait "prendre une balle" pour le locataire de la Maison Blanche. En plus de plaider coupable de huit chefs d’accusation, notamment fraude fiscale et violation des lois sur le financement des campagnes électorales, il a incriminé le grand patron.

"Les Américains ont le droit d'obtenir des réponses sur le rôle du président dans ces actes de corruption et criminels."
Rosa De Lauro
représentante démocrate

Il a reconnu, sous serment, avoir acheté le silence de deux maîtresses présumées de Donald Trump - en versant 130.000 et 150.000 dollars respectivement à l’actrice de films X Stormy Daniels et l’ancienne playmate Karen McDougal - "à la demande du candidat" et "avec l’intention d’influencer l’élection".

Ce qui n'est "pas une infraction" aux lois électorales, a déclaré Donald Trump ce mercredi. Ces fonds "ne venaient pas de l'équipe de campagne", a souligné le milliardaire, ajoutant n'avoir su "que plus tard" que ces femmes avaient été payées.

Ce dernier point est plus que compromettant pour le président car il constituerait une violation de la loi fédérale. "Si ces paiements constituent un crime pour Michael Cohen, pourquoi ne le seraient-ils pas pour Donald Trump?" a d’ailleurs insisté mardi, sur Twitter, l’avocat de Cohen, Lanny Davis, avant d’aller encore plus loin sur Fox News et d’affirmer que ce n’était "que le début", et que son client était prêt à parler à tous les enquêteurs, y compris le procureur spécial Robert Mueller, chargé d’enquêter sur une possible collusion entre l’équipe Trump et le Kremlin.

Paul Manafort, tout un symbole

En ce qui concerne Paul Manafort, sa condamnation est hautement symbolique. Le jury du tribunal d’Alexandria, en Virginie, n’a certes prononcé qu’un verdict partiel, ne parvenant qu'à s’accorder sur 10 des 18 chefs d’accusation pesant contre l’ex-directeur de campagne de Trump, mais il s’agit du premier procès émanant de l’enquête du procureur spécial Robert Mueller sur l’ingérence de la Russie dans la présidentielle de 2016.

Train de vie luxueux, 60 millions de dollars dissimulés au fisc américain, comptes cachés à l’étranger, mensonges auprès de banques pour obtenir des prêts… Paul Manafort encourt une peine maximale de quatre-vingts années de prison. Et si ces accusations concernent des activités de conseil - notamment auprès du pro-russe Viktor Ianoukovitch lors de sa campagne victorieuse pour la présidentielle ukrainienne de 2010 - antérieures à la campagne présidentielle de 2016, elles n’en restent pas moins problématiques pour Trump qui voit l’étau se resserrer autour de lui.

Conséquences pour le président

Il est peu probable qu’un procureur lance des poursuites pénales contre le président, même si, comme l’affirme Cohen, Donald Trump a commis un crime fédéral. "Pour la plupart des experts, un président en exercice ne peut pas être inculpé", précise Meena Bose, professeure de sciences politiques à l’Université Hosfra. "C’est une zone grise", tempère Robert Shapiro, professeur de sciences politiques à l’Université Columbia (New York). "Un procureur peut décider de le mettre en examen, mais le président peut faire appel et n’être poursuivi que bien plus tard".

Par contre, le Congrès - aujourd’hui à majorité républicaine - pourrait se servir des accusations de Cohen pour lancer une procédure de destitution (impeachment), surtout si les Démocrates remportent les élections de mi-mandat en novembre.

De son côté, Donald Trump a reproché à Cohen d’avoir "inventé des histoires" et il a renouvelé au contraire son soutien à Paul Manafort, un "homme courageux", tout en répétant que "cette chasse aux sorcières" ne le "concerne pas" et "n’a rien à voir avec la collusion russe". Une chose est sûre, ces deux condamnations prouvent la propension du locataire de la Maison Blanche à s’entourer, d’ "escrocs manifestes, d’arnaqueurs et de truands" écrit le New York Times.

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