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Elizabeth Warren abandonne la course à la Maison Blanche

La sénatrice Elizabeth Warren a annoncé la fin de sa campagne présidentielle, sans donner de consigne de vote pour Joe Biden ou Bernie Sanders. ©EPA

Après l’abandon d’Elizabeth Warren, la dernière chance pour les Américains d’avoir une femme présidente en 2020 vient de disparaître. Les profils prometteurs ne manquaient pourtant pas.

Les primaires démocrates 2020 aux élections présidentielles américaines avaient démarré avec un nombre record de femmes candidates. Elles se terminent par un duel 100% masculin. Jeudi, c’est Elizabeth Warren qui a jeté l’éponge à son tour. Si une candidate, Tulsi Gabbard est toujours en course, ses performances dans les sondages sont si faibles que ni Joe Biden ni Bernie Sanders n’ont de quoi s’inquiéter. 

Ironie du sort, c’est au moment où Elizabeth Warren avait critiqué Bernie Sanders pour lui avoir dit, en privé, qu’il pensait que les Américains n’étaient pas prêts pour une femme présidente, que les critiques ont commencé à fuser contre la sénatrice du Massachusetts. Jusque là, elle avait mené une campagne saluée pour son professionnalisme et ses propositions détaillées. L’étiquette de "prof" lui collait presque trop à la peau.

Traitement injuste

"Beaucoup de partisans de Warren estiment qu’elle a été traitée de façon injuste par rapport à Bernie Sanders, analysait début février Dante Scala, un politologue de l’Université du New Hampshire. Elle a été pressée de dire comment elle allait financer son plan santé et s’est creusée la tête pour présenter des chiffres. Lorsqu’on a posé la question à Sanders, il a répondu: 'Je ne sais pas, vous non plus, personne ne sait.' Si Warren avait répondu une chose pareille, ça ne serait pas passé!"

"La vague rose était puissante. Mais on voit une fois de plus que les femmes ne sont utiles politiquement que tant qu’elles ne sont pas candidates à la présidentielle."
Sady Doyle
Auteure féministe

L’universitaire établissait une comparaison similaire entre la sénatrice Amy Klobuchar et le jeune Pete Buttigieg. Tous les deux parlaient au même camp modéré. Mais les médias voyaient en lui un nouveau Kennedy pendant que la campagne de la sénatrice du Massachusetts peinait à décoller. "C’est un peu comme quand une femme expérimentée voit une promotion lui passer sous le nez au profit d’un homme plus jeune", notait Dante Scala.

Comme Hillary Clinton

Hillary Clinton, première femme à obtenir l’investiture démocrate en 2016, a elle-même raconté dans ses mémoires sa frustration après sa défaite face à un candidat de télé-réalité: "J’ai été critiquée pour trop m’intéresser aux détails des politiques (barbant!), pour être trop pratique (pas inspirant!), pour être trop ouverte au compromis (vendue!), trop concentrée sur des petites étapes atteignables plutôt que sur des changements radicaux ayant peu de chance de voir le jour (candidate de l’establishment!). "Pour elle, le "sexisme et la misogynie" ont incontestablement joué un rôle.

"Les problèmes commencent lorsque les femmes se lancent dans une présidentielle, car il s’agit de la position ultime d’autorité dont les codes sont masculins et où on n’est le subordonné de personne."
Kate Manne
Professeure de philosophie

Quatre ans plus tard, ce plafond de verre demeure. Certes, une "vague rose" est apparue en novembre 2018 lorsqu’un nombre record de femmes ont été élues au Congrès. "Les femmes s’en sortent bien lorsqu’elles souhaitent obtenir le pouvoir pour servir une circonscription locale", estime Kate Manne, une professeure de philosophie de l’Université de Cornell interrogée par NBC. "Les problèmes commencent lorsque les femmes se lancent dans une présidentielle, car il s’agit de la position ultime d’autorité dont les codes sont masculins et où on n’est le subordonné de personne."

Une femme vice-présidente?

"La vague rose était puissante. Mais on voit une fois de plus que les femmes ne sont utiles politiquement que tant qu’elles ne sont pas candidates à la présidentielle", se désole l’auteure féministe Sady Doyle dans une tribune publiée mercredi. Les démocrates devront-ils se contenter d’un lot de consolation avec un ticket mixte pour 2020? Le nom de Kamala Harris, seule candidate noire qui a abandonné assez tôt dans la course malgré sa poigne de fer (ou peut-être à cause de cette dernière?), circule sur toutes les lèvres au sujet du futur choix de Joe Biden pour la vice-présidence. 

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