analyse

Faut-il écarter Trump au plus vite?

Donald Trump s'exprimant devant ses partisans, mercredi à Washington (photo), peu avant que certains d'entre eux envahissent le Capitole. ©Photo News

Au lendemain de l'invasion du Capitole à Washington par des manifestants pro-Trump, l'onde de choc est telle que certains envisagent de mettre le président sortant à l'écart. Une procédure pas si évidente.

Le comportement de Donald Trump attise la colère depuis son élection, aux États-Unis et bien au-delà. Tout au long de son mandat présidentiel, le milliardaire a été menacé de tentatives de destitution. Une procédure a été lancée fin 2019 dans le cadre du dossier ukrainien, qui s'est clôturée par son acquittement en février 2000.

Mais les événements qui se sont déroulés à Washington ce mercredi 6 janvier ont constitué une telle onde de choc qu'il est à nouveau question d'écarter le président républicain, bien qu'il ne lui reste plus qu'une bonne dizaine de jours à tenir la Maison-Blanche. Cependant, une procédure d'impeachment est impossible à mener à son terme en 15 jours.

"Je ne vois pas l'intérêt de se lancer aujourd'hui dans des procédures longues qui n'aboutiraient pas."
Michel Liégeois
Professeur à l'Institut de sciences politiques de l'UCLouvain

Invoquer la Constitution?

Il serait en réalité très difficile de le démettre de ses fonctions en si peu de temps. On pense aussi à l'invocation du 25e amendement de la Constitution. Des médias américains ont rapporté que des ministres du milliardaire républicain avaient discuté de la possibilité d'invoquer cet amendement autorisant le vice-président et une majorité du cabinet à déclarer le président sortant "inapte" à exercer ses fonctions.

"Il faudrait déclarer le président inapte à la fonction pour folie, incapacité psychiatrique... Mais ce n'est pas ce qui se passe ici."
Michel Liégeois
Professeur à l'Institut de sciences politiques de l'UCLouvain

Mais les règles sont très strictes. Cet amendement envisage le remplacement du président par le vice-président, en cas de décès ou de démission. Dans ce cas, il serait remplacé par le vice-président Mike Pence. Le 25e amendement envisage aussi que le vice-président et une majorité du cabinet puissent déclarer un président "inapte" à exercer ses fonctions. Or, Mike Pence a toujours affiché une fidélité indéfectible à l'égard de Donald Trump.

Et si néanmoins cette demande était faite, Trump pourrait la contester face au Congrès. Les demandeurs pourraient ensuite réitérer leur requête. Les parlementaires devraient alors voter, avec une majorité des deux tiers nécessaire, dans les deux Chambres, pour destituer le président. Long et délicat...

Pas d'incapacité "psychiatrique"

"Il faudrait en fait déclarer le président inapte à la fonction pour folie, incapacité psychiatrique... Mais ce n'est pas ce qui se passe ici. Il s'agit d'une faute politique, qui n'est pas neuve, la contestation des élections. Est-ce une raison suffisante? Je doute fort que la Cour suprême l'interprète de la sorte", analyse Michel Liégeois, professeur à l'Institut de sciences politiques de l'UCLouvain.

"Je ne vois pas l'intérêt de se lancer aujourd'hui dans des procédures longues qui n'aboutiraient pas."
Michel Liégeois
Professeur à l'Institut de sciences politiques de l'UCLouvain

"Des personnes ont été tuées, c'est d'autant plus dommage qu'il n'y avait pas un réel danger. Il ne faut pas minimiser le fait que les institutions ont été envahies, mais la démocratie n'était pas en danger réel. Il fallait rétablir l'ordre, évacuer les fauteurs de troubles, cela a été fait. Je ne vois pas l'intérêt de se lancer aujourd'hui dans des procédures longues qui n'aboutiraient pas. Il vaut mieux laisser le processus de transition se poursuivre", poursuit le politologue.

L'élection de Biden est désormais validée et Trump a même promis "une transition ordonnée le 20 janvier". "En fait, il n'y avait pas de signe montrant qu'il s'opposerait réellement à la transition et je ne vois d'ailleurs pas comment il pourrait le faire. Personne à Washington ne le soutiendrait...", assure Michel Liégeois.

Plusieurs élus républicains ont, de fait, indiqué qu'ils se distanciaient de la démarche de contestation des élections. Le sénateur Lindsey Graham, un proche allié de Donald Trump, a ainsi lancé: "Ne comptez plus sur moi. Trop c'est trop."

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