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Fini la nostalgie: Joe Biden veut transformer l'Amérique post-coronavirus

Joe Biden a changé l'orientation de sa campagne. ©AFP

Le candidat démocrate à la Maison-Blanche promettait jusqu’ici un retour à la normale. La crise sanitaire et économique qui ravage les États-Unis le pousse à adopter un programme plus ambitieux.

Il paraît loin, le temps où Joe Biden appelait les États-Unis à la réconciliation. Où il promettait à ses électeurs, fatigués par les scandales et les chamboulements de la présidence Trump, de retrouver une forme de stabilité. La "révolution politique" proposée par son rival socialiste, Bernie Sanders, a échoué aux primaires. "Nous voulons un retour à la normale", semblaient plutôt dire les démocrates, du moins une majorité d’entre eux. 

Deux mois, plus de 90.000 morts et 36 millions de chômeurs plus tard, l’ex-vice-Président doit revoir sa copie s’il veut accéder au Bureau Ovale. La pandémie de Covid-19 a montré que le rêve américain pouvait s’écrouler du jour au lendemain. Que les plus fragiles, en particulier les minorités raciales, étaient une fois de plus en première ligne. Elle a aussi confirmé que le système de santé de la première puissance mondiale n’était pas à la hauteur.

Joe Biden, confiné dans le sous-sol de sa maison du Delaware, mène une campagne discrète. Ses interventions se limitent à des apparitions vidéo sur les réseaux sociaux et à des mails polis réclamant un peu d’argent à ses partisans. Dans les coulisses, pourtant, une longue réflexion est en cours. Comment adapter le message et le programme du candidat centriste aux nouveaux défis créés par cette crise? 

"Transformer le système"

"Face à la pandémie du siècle qu’est le Covid-19, semant la dévastation à la fois humaine et économique, de nouvelles réflexions sur nos devoirs sont inévitables - pas seulement reconstruire le pays mais, comme le vice-Président aime à le dire, le reconstruire en mieux", estime Jake Sullivan, un conseiller de Joe Biden interrogé par le Los Angeles Times.

Ses discours de campagne étaient jusqu’ici empreints d’une certaine nostalgie rassurante. Il utilise désormais des expressions comme « transformer le système » ou « changer le pays » qu’on entendait auparavant plutôt dans la bouche de Bernie Sanders et Elizabeth Warren.

Petit à petit, le candidat modéré a modifié son lexique. Ses discours de campagne étaient jusqu’ici empreints d’une certaine nostalgie rassurante. Il utilise désormais des expressions comme "transformer le système" ou "changer le pays" qu’on entendait auparavant plutôt dans la bouche de Bernie Sanders et Elizabeth Warren, les candidats aux primaires les plus à gauche de la promo 2020. Ces derniers, qui ont fini par se ranger derrière sa candidature, échangent d’ailleurs avec lui. Directement ou par le biais de six groupes de travail œuvrant à l’"unité". Pour codiriger celui sur le climat, Joe Biden a même nommé la nouvelle star de la gauche, Alexandria Ocasio-Cortez. 

En écho aux propositions d’Elizabeth Warren, le candidat a récemment appelé à annuler au moins 10.000 dollars de dette étudiante par personne pendant la crise et à augmenter les retraites de 200 dollars par mois. Il avait déjà adopté le plan de la sénatrice sur les banqueroutes. En guise de main tendue à Bernie Sanders, il avait aussi proposé d’abaisser l’âge de la couverture santé publique pour les personnes âgées à 60 ans et de rendre les universités publiques gratuites pour les classes moyennes.

Une évolution, pas une révolution

D’autres annonces vont suivre. Selon la presse américaine, le candidat doit présenter dans les prochaines semaines son plan pour "une juste reprise économique". Il devrait mettre l’accent sur l’économie du "care" (soignants, garde d’enfants, maisons de retraite, etc.), investir massivement dans les infrastructures de santé publique et revoir les règles de responsabilité du secteur privé. Une nouvelle approche qui pourrait l’aider à conquérir l’aile gauche du parti - la plus jeune génération d’électeurs démocrates, notamment, toujours déçue par la défaite de Bernie Sanders. 

Ce virage interventionniste semble d’ailleurs espéré par une majorité d’Américains. Un sondage du groupe Navigator Research montre que 50 % d’entre eux estiment que le gouvernement doit en faire plus pour sauver l’économie. Une autre étude, réalisée fin avril par le groupe Groundwork Collaborative, indique que 70 % des sondés soutiennent une "action majeure et radicale" de l’État. "Contrairement au large soutien bipartisan pour le plan d’aide lié au coronavirus (plus de 2.000 milliards de dollars alloués par le Congrès, NDLR), le plan de stimulus économique passé en 2009 (à la suite de la crise des subprimes sous la présidence Obama, NDLR) avait provoqué des divisions partisanes", rappelle pour sa part l’institut Pew.

Certes, les temps ont changé. Mais certains, au sein du camp démocrate, préviennent que Joe Biden doit trouver un juste équilibre afin de ne pas effrayer les plus centristes de ses électeurs. Les républicains n’ont d’ailleurs pas tardé à railler les nouvelles alliances du candidat, le dépeignant comme le "porte-drapeau de l’agenda socialiste". Le nouveau Joe Biden, prévient son camp, offrira donc une évolution, pas une révolution.



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