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Haro sur la Banque centrale américaine

Européens, Chinois et marchés émergents tirent à boulets rouges sur la politique monétaire de la Fed, accusée de manipuler le dollar.

Il est loin le temps où la stratégie monétaire proactive des Etats-Unis faisait l’objet d’un large consensus. Qui se souvient encore des louanges adressées à la Banque centrale américaine (Fed) pour n’avoir pas hésité à recourir à une massive (de quasi -5,25 %) et rapide (en 15 mois) détente de ses taux directeurs, afin de dégeler le marché interbancaire, relancer le crédit et la consommation et éviter que la crise des subprimes ne dégénère en une récession durable? Qui salue encore l’audace de la Fed lorsqu’elle décida de recourir à des mesures non conventionnelles de rachats de dettes plus ou moins risquées pour permettre aux banques de continuer à jouer leur rôle de prêteurs de premier ressort aux ménages et entreprises?

Aujourd’hui, l’institut d’émission est accusé de tous les maux et du pire d’entre eux: le protectionnisme (par le biais d’une dévaluation compétitive).

L’annonce d’une deuxième salve d’injection de liquidités dans le système financier, via des rachats d’emprunts d’État à hauteur de 600 milliards de USD, suscite une imposante levée de boucliers parmi la plupart des principaux pays du G20 réunis en Corée du Sud pour essayer de remédier aux immenses déséquilibres structurels mondiaux et de mieux réguler les marchés financiers.

Bouc émissaire idéal

Du Brésil à la Chine, en passant par l’Europe, on sent même poindre dans les commentaires une certaine hostilité à l’égard des Etats-Unis à qui, en substance, on reproche de vouloir faire payer aux autres le prix de l’éclatement de la bulle immobilière US.

Si les USA ne sont pas les seuls à maintenir leur loyer de l’argent à virtuellement 0 %, ils sont, en revanche, quasi les seuls à s’autoriser, sous prétexte d’un chômage historiquement élevé et d’un risque déflationniste, à faire à ce point tourner la planche à billets. Avec son corollaire: une dépréciation quasi continue du billet vert face aux six principales devises (-12 % depuis début août).

Une dépréciation qui a ceci de pernicieux qu’elle incite les flux de capitaux à se déplacer vers les actifs à rendements plus généreux que l’on retrouve essentiellement sur les marchés émergents. Du coup, ces derniers voient mécaniquement leurs devises s’apprécier, ce qui pénalise leurs exportations. La tentation est, dès lors, forte pour les nations émergentes de remédier à cette perte de compétitivité par des interventions directes sur le marché des changes (achats de dollars) et/ou l’instauration de barrières à l’entrée comme des taxes sur les flux de capitaux.

Si l’on ajoute à cela la réticence des Chinois à réévaluer le yuan, des Japonais bien décidés à ne plus laisser le yen s’apprécier et des Européens inquiets du renforcement de l’euro, on aura compris pourquoi les Etats-Unis font aujourd’hui office de bouc émissaire idéal.

Procès un peu injuste

Mais le procès auquel est confronté Ben Bernanke, le principal artisan de la politique ultra-souple de la Fed, est un peu injuste en ce sens que l’homme fort de la Fed n’est pour rien dans le fait que la croissance émergente soit plus dynamique que celle des USA. Avec ou sans assouplissements quantitatifs, un tel décalage conjoncturel est par nature néfaste au billet vert.

Il ne reste qu’à espérer que le jusqu’au-boutisme de Bernanke permettra à la croissance US de redémarrer. Ce n’est qu’à ce prix que le dollar retrouvera ses lettres de noblesses et que s’atténueront les risques de "guerre des changes".

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