edito

Il faut laisser respirer notre société

De violentes émeutes secouent les États-Unis depuis une semaine suite au meurtre de George Floyd, un Afro-américain, par un policier blanc.

Les crises sont révélatrices des failles d’une société. Elles les mettent en lumière, elles les exacerbent. C’est ce qui se passe en ce moment-même aux États-Unis. 

Le meurtre de George Floyd, un Afro-américain de 46 ans, par un policier blanc embrase depuis plusieurs jours les grandes villes, où les émeutes et les manifestations se succèdent. "I can’t breathe" ("je ne peux pas respirer"), a dit George Floyd avant de mourir. Aujourd’hui, c’est toute la société américaine qui respire de plus en plus difficilement. Elle est traversée par de criantes inégalités (dans l’accès aux soins de santé par exemple). Elle fait face à un profond problème de racisme, dont les violences policières ne sont qu’une facette. Ce n’est pas nouveau. Mais aujourd’hui, tous les ingrédients sont réunis pour faire exploser le baril de poudre. Car ce nouvel accès de fièvre vient s’ajouter à une catastrophe sanitaire – plus de 100.000 morts du coronavirus – et à une récession historique. Dans ce contexte, Donald Trump reste fidèle à lui-même: il attise les braises, il se défausse, il invective, il regarde son nombril… Là où un Président digne de ce nom devrait être solidaire, protecteur, apaisant, réparateur, juste.

Aucune relance ne pourra être efficace si notre société devait se déchirer.

Traversons l’Atlantique et revenons en Europe et en Belgique. La situation n’est pas la même qu’aux États-Unis. Mais le retentissement des événements américains montre bien qu’ils touchent un point sensible chez nous aussi. Notre pays n’est pas immunisé contre le virus du racisme sous toutes ses formes: les commentaires haineux sur les réseaux sociaux, les contrôles policiers au faciès, les discriminations à l’embauche… Chez nous aussi, la crise économique menace le bien-être de dizaines de milliers de familles. La peur de la précarité ou du déclassement social, la colère et la frustration étaient déjà présentes avant ce printemps. Souvenez-vous des "gilets jaunes". Mais elles risquent d’être attisées par le choc de la récession.

À l’inverse d’un Donald Trump, nos dirigeants doivent s’emparer de ces enjeux sociaux et promouvoir une société plus inclusive, égalitaire et tolérante. Il faut laisser respirer notre société. Ce n’est pas seulement un enjeu éthique. C’est un enjeu démocratique, tant les extrémistes et populistes de tous poils se repaissent d’un vide politique. C’est aussi un enjeu économique: aucune relance ne pourra être efficace si notre société devait se déchirer. 

Lire également

Messages sponsorisés