Janet Yellen: "Il ne faut pas regarder à la dépense, il faut voir grand"

L'ancienne présidente de la Fed Janet Yellen était entendue mardi au Sénat. ©REUTERS

La future secrétaire au Trésor a appelé les élus au Congrès américain à adopter le plan de relance de 1.900 milliards de dollars de Joe Biden sans regarder à la dépense.

La future secrétaire au Trésor Janet Yellen a appelé mardi les élus au Congrès américain à ne pas regarder à la dépense pour relancer l’économie. «Il faut voir grand», a-t-elle déclaré.

L’ancienne présidente de la Réserve fédérale (Fed) était entendue ce mardi par des sénateurs en vue de sa confirmation à la tête de ce ministère qui va jouer un rôle clé pour sortir l'économie américaine du marasme dans lequel l'a plongé la pandémie de Covid-19.

Joe Biden, qui prendra ses fonctions mercredi, a présenté la semaine dernière un plan d'urgence de 1.900 milliards de dollars, qui sera suivi d'un plan de relance économique, dont les contours doivent encore être précisés.

"Sans nouvelle action, nous risquons une récession plus longue et plus dure."
Janet Yellen
Future secrétaire au Trésor

Janet Yellen a ainsi appelé les élus à adopter ce plan sans regarder l'endettement du pays dans l'immédiat. «Sans nouvelle action, nous risquons une récession plus longue et plus dure maintenant et des cicatrices sur l'économie à long terme», a-t-elle plaidé. «Les taux d'intérêts étant historiquement bas, la chose la plus intelligente à faire est de voir grand

Bons du Trésor à 50 ans

Les dépenses annoncées par Joe Biden pourraient rencontrer une opposition du camp républicain, habituellement peu enclin à une intervention trop large de l'Etat fédéral, après pourtant quatre années de fortes dépenses engagées par l'administration Trump. Le Congrès a adopté en mars un gigantesque plan de relance de 2.200 milliards de dollars voulu par le président sortant.

Les taux bas permettent d'emprunter sans que le coût des intérêts n'alourdisse encore la dette. Interrogée sur la possibilité d'émettre des bons du Trésor à 50 ans, Janet Yellen s'est dit ouverte à cette idée et qu'elle allait voir si les marchés s'y intéressaient. «Il y a un avantage à financer la dette, notamment quand les taux d'intérêt sont très bas, en émettant des obligations de long terme», a-t-elle insisté.

En attendant, le déficit budgétaire des Etats-Unis ne cesse de grimper, sous le poids des dépenses liées au Covid-19. Il a atteint en 2020 (d'octobre 2019 à septembre 2020) 3.132 milliards de dollars, un niveau historique, et plus de deux fois plus élevé que le précédent record. La dette était de 26.900 milliards de dollars à fin septembre.

Janet Yellen a aussi vanté le rôle de la règlementation - une problématique importante pour l'aile progressiste du parti démocrate - pour éviter une répétition des crises financières comme celle de 2008. Les démocrates souhaitent en effet que l'administration Biden restaure des pans des règles mises en place par l'administration Obama (loi Dodd-Frank) en 2010 pour limiter la spéculation financière.

Taxer les Gafa

Janet Yellen s’est également déclarée favorable à une taxation des géants du numérique, prenant ainsi le contre-pied de son prédécesseur. Une telle taxe, d’ailleurs souhaitée par les Européens, permettrait aux Etats-Unis de récolter une «juste part» auprès de ces entreprises, a-t-elle souligné.

L'administration Trump, opposée à une taxation de ses champions, avait fait échouer les négociations engagées sous l'égide de l’OCDE.

Pression concertée sur la Chine

A propos du dollar, Janet Yellen a rappelé que la valeur d’une monnaie doit être déterminée par les marchés. «Les Etats-Unis ne voient pas dans une devise faible un moyen de tirer un avantage au plan économique. Et nous allons nous opposer à ceux qui manipulent leur monnaie pour en tirer un avantage injuste en matière commerciale.» Une déclaration adressée à Pékin.

"Nous devons nous attaquer aux pratiques illégales, abusives et inéquitables de la Chine."
Janet Yellen

Janet Yellen ne compte en effet pas relâcher le bras de fer économique engagé par l’administration Trump avec la Chine. Par contre, elle entend renouer avec une approche multilatérale. «Nous devons nous attaquer aux pratiques illégales, abusives et inéquitables de la Chine. (…) Mais nous le ferons avec nos alliés.»

Jo Biden avait, lui aussi, déjà laissé entendre en décembre qu’il comptait mobiliser les pays alliés, notamment les Européens, pour exercer une pression commune sur la Chine.

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