Publicité
Publicité
analyse

Joe Biden déçoit face aux menaces sur la démocratie

Le Président démocrate américain a livré un discours sur le droit de vote, pointant les tentatives républicaines d'obstruer celui-ci. ©Photo News

Joe Biden a livré un discours tonique, mais décevant dans le cadre des offensives incessantes des républicains pour limiter le droit de vote.

La démocratie américaine a connu un épisode très particulier. Le Parlement du Texas s'apprêtait à voter un texte devant interdire le vote en "drive-in" (l'électeur dépose son bulletin depuis sa voiture), imposer des restrictions aux horaires d'élection et au vote par correspondance. Globalement, sous couvert de sécurité, ce projet s'attaque à des aménagements qui facilitent le vote des minorités.

Les parlementaires démocrates texans avaient, une première fois, saboté l'adoption du texte en étant absents, empêchant le quorum requis d'être atteint. Mais la loi texane autorise l'arrestation des élus absents pour les ramener au parlement. C'est ainsi que lundi, dans la foulée des menaces du gouverneur, des dizaines de démocrates locaux ont quitté leur état pour échapper à leur police.

Des dizaines de lois discriminatoires

Cette crise parlementaire illustre bien le problème contre lequel des groupes de défense des droits civiques américains s'insurgent: de nombreux États contrôlés par les républicains adoptent des restrictions au droit de vote qui visent les Noirs, les Hispaniques et les jeunes. Ceux-là mêmes qui contribuent à l'élection des démocrates. Depuis janvier, 17 états ont adopté 28 lois électorales du genre.

Les méthodes de dissuasion sont nombreuses. On exige un permis de conduire pour voter, ce qui écarte les personnes pauvres sans voiture. En Floride, une loi impose aux anciens détenus de payer leur dette judiciaire ou amende avant de pouvoir voter.

Biden livre un discours décevant

"L'Amérique vit aujourd'hui une tentative de saper et supprimer le droit de vote."
Joe Biden
Président américain

Mardi, le président Joe Biden a prononcé un discours très attendu sur le sujet à Philadelphie. "L'Amérique vit aujourd'hui (…) une tentative de saper et supprimer le droit de vote", a-t-il lancé, évoquant "l'épreuve la plus importante pour notre démocratie depuis la guerre de Sécession", au XIXe siècle.

Mais le discours du Président a déçu de nombreux Américains, selon François van der Mensbrugghe, professeur de droit américain à l'université Saint Louis et à L'ULiège. Joe Biden n'a, en effet, pas prononcé le mot attendu: "filibuster". Ce principe d'obstruction parlementaire risque pourtant de bloquer deux projets qui pourraient instaurer une législation fédérale favorable au droit de vote et qui mettrait fin aux mesures discriminatoires.

Le Président coincé dans son parti

Deux sénateurs démocrates ne sont pas disposés à soutenir le Président dans la voie de l'abolition du "filibuster".
François van der Mensbrugghe
Professeur de droit américain (ULiège)

Pourquoi le Président n'a-t-il pas appelé à la fin du "filibuster"? "Joe Biden a longtemps été sénateur, il louvoie entre les pièges et il veut garder son parti ensemble. Or, deux sénateurs démocrates ne sont pas disposés à soutenir l'abolition du "filibuster". Et les progressistes reprochent, eux, son attitude à leur Président", résume François van der Mensbrugghe.

La situation est donc hautement compliquée pour Biden, d'autant plus que la prochaine grosse échéance se rapproche, avec les midterms à l'automne 2022 (les élections de mi-mandat). Comme les républicains considèrent généralement qu'il est impossible de gagner la Maison-Blanche sans le Texas, cet état sort les griffes pour tenter de faire passer sa législation qui entraverait le vote démocrate.

"C'est une vraie menace pour la démocratie fondamentale."
François van der Mensbrugghe

"La difficulté de la situation est exacerbée au possible", soupire le professeur de droit américain. "Il y aurait jusqu'à 400 projets de loi du genre en attente dans les états. C'est une vraie menace pour la démocratie fondamentale. Les démocrates savent que la fenêtre est très étroite pour faire passer les deux lois au niveau fédéral et ils exercent une pression latente sur Joe Biden... Il est impossible de dire aujourd'hui si celui-ci trouvera le moyen de faire adopter ces projets anti-discrimination."

Le résumé

  • Les lois promulguées au niveau des Etats américains visant à s'attaquer au droit de vote des minorités se multiplient.
  • La marge de manœuvre de Joe Biden est réduite.
  • Les démocrates voudraient faire passer deux lois au niveau fédéral, mais la règle d'obstruction, le "filibuster", risque de les en empêcher.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés