Marqué par des drames personnels et plusieurs échecs politiques, Joe Biden, qui a connu un début de campagne catastrophique, a rebondi une fois de plus. Ce samedi 7 novembre, après plusieurs jours de scrutin mouvementés, il est élu 46ème président des États-Unis.

Lorsqu’il était petit, Joe Biden entendait souvent son père, vendeur de voitures d’occasion, lui rappeler: "Fiston, on ne mesure pas un homme au nombre de fois où il est mis à terre mais à sa rapidité à se relever." Cette leçon de persévérance l’a suivi toute sa vie, dans ses étapes les plus difficiles. Aujourd’hui, le favori des primaires démocrates, qui a effectué l’une des remontadas les plus impressionnantes de l’histoire des États-Unis, en a fait un argument électoral: "À tous ceux qui ont été battus, écartés, abandonnés, cette campagne est la vôtre", assurait-il alors aux Américains.

Son premier combat, le bégaiement, il l’a surmonté enfant. Joe Biden, né en 1942 dans la ville ouvrière de Scranton, en Pennsylvanie, est fréquemment moqué par ses camarades pour ses difficultés à s’exprimer. Il les confronte en mémorisant de longs poèmes et en les récitant à voix haute face au miroir. Aujourd’hui encore, on peut l’entendre buter sur certains mots et réconforter ceux qui souffrent du même problème de langage. 

Lorsqu’il est adolescent, sa famille déménage à Mayfield, une petite ville de classes moyennes dans le Delaware, un tout petit Etat sur la côte Est américaine. C’est là qu’il fréquente l’université, où il étudie l’histoire et la science politique. Le discours d’investiture du Président Kennedy, en 1961, le marquera durablement. 

Accident tragique

Lors d’un séjour de "Spring break" aux Bahamas, alors qu’il est encore étudiant, il rencontre celle qui deviendra sa première femme, Neilia Hunter. Diplômé en 1965, il s’inscrit dans la même université qu’elle, à Syracuse, pour étudier le droit. Sa performance est médiocre mais ne l’empêche pas de revenir dans le Delaware, à Wilmington, pour exercer quelques années en tant qu’avocat au début de sa carrière. En parallèle, il s’intègre facilement au sein du Parti démocrate local.

À 29 ans, le père de famille se tourne vers la politique et devient le cinquième plus jeune sénateur des États-Unis.

Neilia lui donne trois enfants: Beau, né en 1969, Hunter, né en 1970, et Naomi, née en 1971. "Tout est arrivé plus vite que prévu", dira Joe Biden au sujet de cette époque. Une année plus tard, à 29 ans, le père de famille se tourne vers la politique et devient le cinquième plus jeune sénateur des États-Unis. Mais cet hiver 1972, le premier drame de sa vie l’empêche de savourer sa victoire. Neilia, sortie en voiture acheter un sapin de Noël avec les trois petits, se tue dans un accident qui emporte aussi la jeune Naomi et blesse sévèrement Beau et Hunter.

"J’ai commencé à comprendre comment le désespoir pouvait mener les gens à abandonner; comment le suicide n’était pas simplement une option mais une option rationnelle… C’était comme si Dieu m’avait joué un horrible tour, j’étais en colère", racontera plus tard Joe Biden. La résilience l’emporte. Il prête serment depuis la chambre d’hôpital de ses fils et fait la navette chaque jour en train entre le Delaware et Washington. Il sera réélu cinq fois, devenant le sénateur du Delaware ayant servi le plus longtemps. En 1977, il se remarie avec celle qui est toujours à ses côtés aujourd’hui, Jill. De leur union nait Ashley en 1981.

Deux tentatives présidentielles ratées

La vie politique de Joe Biden aussi a été marquée par plusieurs revers. En 1988, il tente une première fois de briguer le poste de locataire de la Maison-Blanche. Il mettra fin à sa campagne présidentielle après un scandale de plagiat de discours. Vingt ans plus tard, il réessaie, fort de son expérience à la commission des Affaires étrangères du Sénat. Mais il se casse les dents face à deux candidats plus forts que lui: Hillary Clinton et Barack Obama. Ce dernier finit par le choisir sur son ticket et l’emmène avec lui à la Maison-Blanche. 

En 2017, Barack Obama remettra à Joe Biden la "Médaille de la Liberté".

C’est le début d’une belle amitié entre les deux hommes qui feront deux mandats côte à côte. En 2017, Barack Obama remettra même à Joe Biden la "Médaille de la Liberté", l’une des plus hautes distinctions présidentielles. La cérémonie était d’autant plus vibrante que ce dernier était encore meurtri par une nouvelle tragédie. Son fils Beau a été emporté deux ans plus tôt par un cancer du cerveau, à l’âge de 46 ans. "Beau était mon âme", raconte-t-il aujourd’hui avec émotion. Une expérience qui donne d’autant plus de force à sa promesse actuelle de "battre le cancer" s’il est élu président.

La mort de son fils le pousse à abandonner ses ambitions présidentielles en 2016. Il s’incline devant Hillary Clinton. "Si j’y étais allé, j’aurais pu gagner", a-t-il regretté plus tard. Cette fois, il ne compte pas laisser passer sa chance face à Donald Trump. "Nous sommes dans une bataille pour l’âme de l’Amérique", a-t-il lancé en démarrant sa campagne 2020. Pourtant, la course a très mal démarré. 

Campagne ressuscitée

"Uncle Joe", très tactile, n’avait même pas encore annoncé officiellement sa candidature, l’année dernière, que plusieurs femmes ont rapporté des gestes déplacés à leur encontre. "Je n’ai jamais cru avoir agi de manière inappropriée. Si on suggère que c’était le cas, j’écouterai avec respect. Mais cela n’a jamais été mon intention", s’est-il défendu. 

11
États
Joe Biden remporte 11 États sur 14 au premier Super Tuesday.

Les ennuis continuent avec des performances catastrophiques lors des premiers débats démocrates. Le septuagénaire bute sur les mots, s’emmêle les pinceaux et s’arrête de parler au milieu d’une phrase dès que son temps est écoulé. En face, ses concurrents n’hésitent pas à lui couper la parole. L’homme parait dépassé, parfois à la limite de la sénilité. S’ajoutent à cela l’affaire ukrainienne et les soupçons de conflit d’intérêts liés au travail de son fils Beau pour une firme gazière mêlée à un scandale de corruption à Kiev. 

Iowa, New Hampshire, Nevada… Les premières étapes de la course sont si décevantes que beaucoup s’attendent à ce que le candidat, en manque de financements, abandonne. C’est sans compter sur l’obstination de Joe Biden, qui mise tout sur la Caroline du Sud. À raison. Son expérience aux côtés de Barack Obama et sa relation personnelle avec les habitants de cet État qu’il affectionne particulièrement lui permettent de remporter un plébiscite grâce au vote afro-américain. Le soutien du représentant de Caroline du Sud James Clyburn, l’élu noir le plus respecté du Congrès, a beaucoup joué. Sa campagne est ressuscitée. 

Du sang neuf

"Je vous promets que mon vice-président ne sera pas un vieil homme blanc."
Joe Biden

Si bien que ses concurrents, côté modéré, tombent comme des mouches. L’un après l’autre, Pete Buttigieg et Amy Klobuchar abandonnent et lui apportent leur soutien. Les médias américains ont déjà un nom pour ce nouveau front face à Bernie Sanders: la "coalition Obama". Ce dernier n’a pas apporté son soutien officiellement à Joe Biden mais il ne serait pas étonnant qu’il ait passé quelques coups de fils ces derniers jours pour faciliter la tâche à son vieil ami. 

Mettre davantage l’accent sur l’émotion et la réconciliation, dans un pays blessé par des divisions politiques profondes, a suffit pour lui garantir la victoire face au républicain Donald Trump. Désormais élu, Joe Biden aura 78 ans quand il rejoindra le Bureau ovale.

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