Joe Biden prêt à négocier pour faire passer son impôt sur les sociétés

Le président américain Joe Biden doit faire face à une forte opposition des républicains concernant certains éléments de son projet de réforme ©Photo News

Le président américain Joe Biden s'est dit prêt à négocier le montant exact que les entreprises auraient à payer suite au relèvement de l'impôt des sociétés à 28%.

Joe Biden a lancé, mercredi, un vibrant appel aux entreprises américaines pour qu'elles acceptent un projet de réforme visant à financer son plan sur les infrastructures de 2.300 milliards de dollars (1.935 milliards d'euros). "Je suis prêt à négocier (le montant)", a-t-il déclaré aux journalistes. "Mais nous devons payer pour (ce plan)".

"L'Amérique n'est plus la première puissance mondiale parce que nous n'investissons pas."
Joe Biden
Président des États-Unis

Lors de la présentation de la première partie de son nouveau plan d’investissement, mercredi dernier, le président américain avait proposé d'investir sur huit ans dans la construction de routes et de ponts, la rénovation de logements, l'élargissement de l'accès à internet, la prise en charge des personnes âgées, le financement de l'industrie manufacturière nationale et la construction de trains à grande vitesse.

"Ne pas donner raison" à la Chine

Joe Biden a expliqué à la presse que la position des États-Unis en tant que puissance mondiale prééminente serait menacée par la Chine si les investissements pour lesquels il plaide ne sont pas réalisés. Selon lui, il serait inacceptable de ne pas aller de l'avant. "L'Amérique n'est plus la première puissance mondiale parce que nous n'investissons pas", a déclaré le président. "Je ne sais pas pourquoi nous n'arrivons pas à comprendre cela".

La Chine, a-t-il dit, "compte sur le fait que la démocratie américaine est trop lente, trop limitée et trop divisée pour suivre le rythme" et "nous ne pouvons pas nous permettre de leur donner raison."

2.500 milliards
de dollars
Les mesures du "Plan fiscal pour l'Amérique" permettraient de lever 2.500 milliards de dollars sur 15 ans, selon le département du Trésor.

L'impôt de 21% relevé à 28%

Selon la Maison-Blanche, le plan de Joe Biden n'alourdirait pas la dette du pays à long terme. La plus grande partie du financement proviendrait d'une augmentation du taux d'imposition des sociétés, qui passerait à 28%, au lieu des 21% qui avaient été fixés par l'administration Trump en 2017 (contre 35% jusque là).

L'administration Biden a publié, par ailleurs, plus de détails sur les composantes fiscales de ce plan, qui prévoit également des prélèvements plus élevés sur les bénéfices des entreprises à l'étranger, un nouvel impôt minimum sur les bénéfices que les entreprises déclarent aux investisseurs et le financement d'un plus grand nombre de fonctionnaires chargés de faire respecter la loi au sein de l'Internal Revenue Service.

Ces efforts, baptisés "Plan fiscal pour l'Amérique", permettraient de lever 2.500 milliards de dollars sur 15 ans, selon le département du Trésor.

Levée de boucliers

Mais le plan de Joe Biden doit faire face à de nombreuses critiques, à commencer par celles du lobby des entreprises et des républicains concernant l'aspect financier de la proposition.

"Je n'essaie pas de punir qui que ce soit, mais bon sang, j'en ai assez que les gens ordinaires se fassent plumer."
Joe Biden
Président des États-Unis

Le responsable politique de la Chambre de commerce des États-Unis, Neil Bradley, a déclaré que le besoin en infrastructures n'était pas une excuse pour adopter "des hausses d'impôts qui vont nuire aux entreprises américaines et coûter des emplois américains".

Joe Biden a répliqué en s'en prenant aux entreprises qui paient peu ou pas d'impôts fédéraux. "Je n'essaie pas de punir qui que ce soit, mais bon sang - c'est peut-être parce que je viens de la classe moyenne - j'en ai assez que les gens ordinaires se fassent plumer", a déclaré le président américain.

De son côté, le chef de la minorité du Sénat, Mitch McConnell, a laissé la porte ouverte à un possible compromis. Il a déclaré, mercredi, qu'un projet de loi sur les infrastructures pourrait obtenir le soutien des républicains s'il ciblait les projets traditionnels concernant les routes, les ponts et le haut débit sans "revoir complètement" la réduction d'impôt de 2017.

Ultimatum démocrate

L'un des plus proches alliés de Joe Biden au Sénat, le démocrate Chris Coons, a lancé un ultimatum aux républicains mercredi. Il a déclaré qu'ils auraient jusqu'à la fin du mois de mai pour négocier un projet de compromis avant que les démocrates n'adoptent leur propre législation.

Une décision prise lundi par le Sénat américain permettrait en outre aux démocrates d'adopter le projet de loi même en cas d'obstruction républicaine, en s'appuyant sur le vote de la vice-présidente Kamala Harris pour départager les deux chambres. Soixante voix sont généralement nécessaires pour surmonter une obstruction.

Amazon change son fusil d'épaule

Alors qu'Amazon est souvent citée comme l'exemple typique de la multinationale qui évite les impôts, son CEO Jeff Bezos a surpris tout le monde en se déclarant, mardi, favorable à une augmentation du taux d'imposition des sociétés. Joe Biden venait justement d'attaquer le géant du commerce en ligne sur ce sujet.

"En 2019, une analyse indépendante a révélé qu'il y avait 91 entreprises, dont Amazon, qui utilisaient diverses astuces juridiques et ne payaient pas un seul centime d'impôt fédéral sur les bénéfices", a déploré le président américain la semaine dernière. D'après l'ITEP, un think tank spécialisé dans les politiques fiscales, Amazon a payé 9,4% en impôt fédéral sur des profits de 20 milliards de dollars, après n'en avoir payé aucun pendant deux ans.

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