analyse

L'enquête du procureur Mueller sur le "Russiagate" est-elle menacée?

©BELGA

La première initiative de Donald Trump après les élections de mi-mandat aura été de se débarrasser de son secrétaire à la Justice Jeff Sessions. Quel impact cette démission forcée va-t-elle avoir sur l’enquête du procureur spécial Robert Mueller?

La grande question que tout le monde se pose est de savoir comment Matt Whitaker, le remplaçant provisoire de Sessions, va se positionner par rapport à cette enquête qui, pour rappel, vise à déterminer deux choses en particulier.

→ Primo: Il y a-t-il eu collusion entre l’équipe de campagne de Trump et la Russie pour influencer l’issue de la présidentielle de 2016?
→ Deuxio: le président Trump a-t-il tenté de faire obstruction à la justice dans cette affaire (notamment en limogeant l’ancien directeur du FBI James Comey)?

Whitaker n’exercera la fonction de secrétaire à la Justice que par intérim, ce qui lui permet de ne pas devoir être confirmé par le Sénat. Normalement, un tel intérim ne peut pas dépasser 7 mois. Mais, si le candidat qui sera désigné par Trump pour devenir son nouveau ministre de la Justice (aucune annonce n’a encore été faite) n’est pas confirmé à temps par le Sénat, Whitaker pourra rester plus longtemps à son poste. Même s’il n’a été désigné que par intérim, Whitaker aura tous les pouvoirs d’un ministre de la Justice et il pourra donc superviser l’enquête de Mueller.

Inquiétudes démocrates

©EPA

Plusieurs élus démocrates, dont Chuck Schumer, chef de file au Sénat, ont immédiatement crié au conflit d’intérêt et appelé Whitaker à se récuser de l’enquête. En cause: les critiques qu’il a émises dans le passé au sujet de l’enquête de Mueller. En août 2017, il avait notamment estimé sur le site internet de CNN que Mueller dépassait ses prérogatives en s’intéressant également aux intérêts financiers de Trump et de ses proches. En juillet, il avait déjà suggéré -toujours sur CNN- qu’il faudrait peut-être réduire les budgets alloués à cette enquête.

"Il est impératif que l’administration n’interfère pas dans l’enquête de Mueller."
Susan Collins
Sénatrice républicaine

Les républicains ont soigneusement évité de se prononcer sur la question, à quelques exceptions près dont la sénatrice Susan Collins qui s’est ouvertement inquiétée à l’idée que ce ne sera plus Rod Rosenstein, le secrétaire adjoint à la Justice (avec qui Trump est également en froid), qui supervisera l’enquête. "Il est impératif que l’administration n’interfère pas dans l’enquête de Mueller", a-t-elle tweeté mercredi soir. 

Le député démocrate Jerrold Nadler, qui devrait présider la commission des Affaires judiciaires du Sénat lorsque s’ouvrira la nouvelle législature (début janvier), a immédiatement appelé les responsables du département de la Justice à consigner tous les documents liés au remplacement de Sessions par Whitaker. Des documents qui pourraient être utiles si la Chambre, passée sous le contrôle des démocrates, ouvre une enquête sur le limogeage de Sessions ou sur le "Russiagate", un scénario qui ne fait pas grand doute. 

Les démocrates sont d’autant plus inquiets du parachutage de Whitaker que ce dernier est jugé proche de Trump. Le "New York Times" rapportait mercredi que cet ancien procureur d’Iowa était considéré comme les yeux et les oreilles de Trump au sein du département de la Justice. Whitaker est également proche d’un certain Sam Clovis qui a travaillé au sein de la campagne de Trump pendant la présidentielle de 2016 et a été interrogé par les enquêteurs de Mueller. Pour certains, cela suffirait à justifier qu’il se récuse de l’enquête. 

Pouvoir de nuisance

Le pouvoir de nuisance de Whitaker ne serait en tout cas pas anodin. Il pourrait obliger Mueller à limiter l’étendue de son enquête (non sans en avoir informé le Congrès) ou en réduire le budget, ce qui obligerait le procureur spécial à se défaire d’une partie de ses enquêteurs. Whitaker pourrait même interdire que le rapport qui sera rédigé par Mueller à la fin de son enquête soit transmis au Congrès. Les démocrates de la Chambre pourraient toujours exiger du département de la Justice qu’il leur livre le document, mais sans garantie de résultat. 

Au pire, Whitaker pourrait même accepter de limoger Mueller à la requête de Trump. Mais ce ne sera pas facile à faire: la loi encadrant la fonction de procureur spécial ne permet un tel licenciement que dans des cas très précis. Il faudrait, par exemple, qu'il ait manqué à ses devoirs ou qu'il soit, lui-même, accusé de conflit d'intérêts.

Où en est l'enquête?

©REUTERS

Mueller, qui a préféré ne pas réagir aux derniers développements, poursuit son enquête tambour battant. Il a déjà inculpé 32 personnes, dont 26 ressortissants russe. Paul Manafort, l’ancien directeur de campagne de Trump, a décidé de plaider coupable de fraude fiscale et bancaire, et il et collabore à l’enquête. Une enquête qui se concentrerait pour l’instant sur les agissements de Roger Stone, un ancien conseiller de Trump qui aurait pu avoir des contacts avec WikiLeaks. Pour rappel, le site avait diffusé des milliers d’e-mails du parti démocrate à l’été 2016. Des e-mails qui leur avaient été fournis par des hackeurs russes. 

Mais surtout, Mueller est toujours en pourparlers avec les avocats de Trump. Le procureur spécial leur a fourni une liste de questions auxquelles il aimerait que le président réponde. Ses avocats plaident pour que les réponses du président soient transmises par écrit. Mueller préfèrerait que Trump y réponde oralement, un exercice qui pourrait s’avérer périlleux pour le président. La question pourrait être tranchée dans les semaines à venir. 

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content