L'exemption de taxes douanières prolongée, c'est l'"incertitude sur les marchés prolongée"

©AFP

Petite bulle d’oxygène pour l’Europe. Le Président Donald Trump a décidé de prolonger d’un mois l’exemption de l’Union européenne aux droits de douane sur l’acier et l’aluminium. Washington entend ainsi éviter une escalade dans le conflit commercial avec l’Europe et d’"autres alliés", annonce la Maison-Blanche. L'Europe répète sa volonté d'une exemption totale et définitive.

Le président américain Donald Trump a décidé de prolonger d'un mois, jusqu'au 1er juin, les exemptions accordées à l'Union européenne, le Canada et le Mexique pour les droits de douane sur l'acier et l'aluminium, a annoncé mardi la Maison-Blanche. Cette décision est intervenue quelques heures avant l'expiration, prévue à 06h00, des exemptions provisoires accordées une première fois à ces pays sur les droits de douane.

La réaction européenne ne s'est pas fait attendre. Dans un communiqué, la Commission indique prendre bonne note de cette prolongation mais répète sa volonté d'une exemption définitive. "La décision américaine prolonge l'incertitude des marchés, qui affecte déjà les décisions des entreprises. L'Europe devrait être totalement et définitivement exemptée car ces mesures ne peuvent être justifiées par des raisons nationales de sécurité." 

Même son de cloche de la part du gouvernement allemand, dont la chancelière était la semaine dernière à la Maison-Blanche. "Ni l'Union européenne ni les Etats-Unis n'ont d'intérêt à une escalade du conflit commercial," martèle le gouvernement d'Angela Merkel. Il appelle comme il le fait depuis des semaines à une organisation "multilatérale et basée sur des règles" du commerce mondial.

A contrario, Washington ajoute avoir trouvé des accords avec l'Argentine, l'Australie et le Brésil portant sur une exemption permanente de ces droits de douane. Les détails de ces accords seront bientôt finalisés. La Corée du Sud a déjà obtenu une exemption permanente sur les droits d'acier. Séoul a en effet accepté un quota annuel d'exportations vers les États-Unis de 2,68 millions de tonnes, soit 70% de la moyenne de ses exportations annuelles sur les trois dernières années.

"L'administration prolonge les négociations avec le Canada, le Mexique et l'Union européenne pour une dernière période de 30 jours", poursuit la Maison-Blanche. "Dans le cadre de ces négociations, l'administration entend surtout se concentrer sur des quotas permettant de limiter les importations, d'éviter les transbordements et de protéger la sécurité nationale."

Rétroactes:

8 mars 2018, le président américain décide d'imposer une taxe de 25% sur les importations d'acier et de 10% sur celles d'aluminium. Dans la foulée, il exempte le Canada et le Mexique. S'en suit une valse de négociations entre Bruxelles et Washington pour aboutir fin mars à une exemption provisoire (jusqu'au 1er mai) pour l'Union européenne.

Deux mois durant, l'Europe tentera de changer cette exemption provisoire en une exemption définitive. Pour Ottawa et Mexico, c'est en effet ce qui se dessine même si Trump a conditionné le caractère définitif de l'exemption à une renégociation du traité de libre-échange nord-américain (Aléna).  

"Un des problèmes qui apparaît est celui du traitement équitable des automobiles et nous aimerions voir quelques concessions de l'Europe", affirmait encore la semaine passée le principal conseiller économique de Donald Trump, Larry Kudlow. Or, les Européens n'ont cessé de rappeler qu'ils n'avaient aucunement l'intention d'entamer des discussions avec Washington tant qu'ils n'auraient pas d'abord obtenu d'exemption définitive. Ils estiment que c'est la Chine, de loin le premier producteur mondial d'acier et souvent accusée de subventionner massivement son industrie, qui est à l'origine de la surcapacité dans le secteur.

Et maintenant?

Des discussions sont prévues jeudi et vendredi entre responsables chinois et américains, a déclaré le secrétaire américain au Trésor. Steven Mnuchin se dit "prudemment optimiste" sur cette rencontre à laquelle il participera. Côté américain, on se déclare prêt à soulever la question des droits de propriété intellectuelle, de technologies partagées et de co-entreprises avec la Chine. Steven Mnuchin a aussi précisé qu'il ne se souciait pas de possibles mesures de représailles de la part de la Chine, soulignant que Donald Trump voulait avant tout des échanges "libres, équitables et réciproques".

En Europe, sans attendre la décision définitive américaine, Bruxelles a pris des mesures pour répondre aux éventuelles taxes américaines tout en respectant les règles de l'OMC. La mesure la plus immédiate vise à taxer de manière "ciblée et proportionnée" des dizaines de produits emblématiques fabriqués aux Etats-Unis, parfois dans des Etats ayant voté pour Donald Trump:

  • le tabac
  • le bourbon
  • les jeans 
  • les motos 

De quoi compenser en valeur les pertes potentielles pour l'industrie européenne. Une liste de produits a déjà été approuvée mi-avril par les Etats membres mais, selon une source européenne, il faudrait encore quelques semaines avant que l'UE puisse en toute légalité frapper les Etats-Unis de premières mesures de rétorsion.

Et si Washington venait à imposer le 1er juin ses nouvelles taxes, Bruxelles pourrait également déposer une plainte devant l'OMC. L'Europe a exporté 5,3 milliards d'euros d'acier et 1,1 milliard d'euros d'aluminium en 2017 vers les Etats-Unis.

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