Le coup de grâce pour l'accord nucléaire iranien?

Donald Trump a lui-même évoqué l'Iran comme l'un des désaccords qui l'ont poussé à limoger son Secrétaire d'Etat. ©EPA

Le limogeage du secrétaire d’Etat Rex Tillerson par Donald Trump pourrait sonner le glas de l’accord entre les Occidentaux et Téhéran.

Le limogeage du secrétaire d’Etat Rex Tillerson par Donald Trump montre que les Etats-Unis sont "déterminés à quitter l’accord sur le nucléaire" iranien, a estimé mercredi le vice-ministre iranien des Affaires étrangères. "Les changements au sein du Département d’État ont été effectués à cette fin, ou du moins c’est l’une des raisons", a affirmé Abbas Araghchi, cité par l’agence Isna, à propos de la décision du Président américain de remplacer Tillerson par Mike Pompeo, directeur de la CIA et partisan d’une ligne dure face à l’Iran.

Donald Trump a limogé d’un tweet Tillerson mardi, évoquant lui-même l’Iran parmi leurs désaccords: "Quand vous regardez l’accord sur le nucléaire iranien: je pensais qu’il était horrible, il pensait qu’il était ‘OK’", a dit le président américain.

Trump menace de retirer en mai son pays de l’accord international sur le nucléaire iranien. Il a adressé en janvier un ultimatum aux Européens pour qu’ils s’entendent avec l’Iran en vue de "remédier aux terribles lacunes" que comporte selon lui ce texte. Les autres signataires considèrent au contraire l’accord comme une victoire historique pour la non-prolifération nucléaire après plus de dix ans de tensions. L’Iran affirme n’avoir jamais cherché à se doter de l’arme atomique, mais a averti que le pays pourrait rapidement reprendre ses activités d’enrichissement d’uranium si l’accord était abandonné.

Conclu en juillet 2015 entre l’Iran et le Groupe des Six (Allemagne, Chine, États-Unis, France, Royaume-Uni et Russie), l’accord bride et encadre strictement les activités nucléaires de Téhéran de façon à garantir leur nature pacifique, en échange d’une suspension partielle des sanctions internationales contre la République islamique.

Pas une virgule à changer

Téhéran répète inlassablement qu’il est hors de question de changer une virgule du texte. Chargée de la surveillance du volet technique de l’accord, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a confirmé fin février que l’Iran continuait de respecter ses obligations en la matière.

"Si les États-Unis quittent l’accord nucléaire, nous l’abandonnerons aussi."
Abbas Araghchi
Vice-ministre iranien des Affaires étrangères

"Si les États-Unis quittent l’accord nucléaire, nous l’abandonnerons aussi, nous avons dit aux Européens que s’ils ne pouvaient pas garder les États-Unis dans l’accord nucléaire, l’Iran le quittera aussi", a également déclaré Abbas Araghchi. Ces propos contrastent avec ceux tenus par d’autres hauts responsables iraniens, notamment le président Rohani, qui déclare régulièrement que l’Iran restera partie à l’accord même si les États-Unis s’en vont, tant que celui-ci s’avère bénéfique pour son pays.

Une rupture américaine aurait des conséquences "catastrophiques" pour la sécurité nationale, a pour sa part mis en garde le centre de réflexion Diplomacy Works, fondé par des conseillers de l’ex-chef de la diplomatie de Barack Obama, John Kerry, négociateur et signataire de l’accord de 2015. Pompeo "va sûrement conseiller au Président de soustraire les Etats-Unis à ses obligations (…) ce qui pourrait faire plonger notre nation dans une nouvelle guerre dans la région", avertit ce centre.

Mark Dubowitz, de la très conservatrice Fondation pour la défense des démocraties, abonde au moins sur un point avec son alter ego démocrate: l’arrivée de Pompeo est de mauvais augure pour la survie de l’accord. "Pour les Européens (et les Américains) qui pensent que Trump ne va pas sérieusement partir le 12 mai s’il n’y a pas d’entente pour améliorer l’accord nucléaire iranien, voici la première preuve: le prochain secrétaire d’Etat Mike Pompeo", a-t-il tweeté.

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