Le livre explosif sur la présidence de Trump est sur les étales américaines

Dans cet ouvrage, Steve Bannon dénonce - entre autres - l'attitude de Donald Trump Jr., ce qui a provoqué la colère du locataire de la Maison Blanche. Jugeant qu'il a commis une "trahison" en rencontrant une avocate russe durant la campagne, il donne de facto du poids à l'enquête en cours du procureur spécial Robert Mueller sur les liens supposés entre Moscou et l'équipe Trump, qui empoisonne la présidence de ce dernier. ©AFP

La mise en vente du livre explosif de Michael Wolff sur la "Maison Blanche Trump", initialement prévue mardi prochain, a été avancée à ce vendredi, malgré les tentatives de Donald Trump d'empêcher la sortie de ce brûlot qu'il accuse d'être un tissu "de mensonges". Le président a accusé son ancien conseiller stratégique, Steve Bannon, d’avoir "perdu la raison". Le livre est basé notamment sur des témoignages de Bannon. L’establishment républicain se frotte les mains de voir Bannon ainsi désavoué.

Divulguer à un auteur les secrets les plus embarrassants de son ancien patron et traiter son fils de traître, ce n’est certainement pas la meilleure façon de rester en bons termes avec lui. C’est pourtant ce que Steve Bannon, l’ancien conseiller stratégique de Donald Trump, a fait en se livrant à Michael Wolff, un journaliste américain qui est l’auteur de "Fire and Fury: Inside the Trump White House", un livre sur la campagne de Trump et les premiers mois de sa présidence chaotique.

Si le divorce entre Trump et Bannon n’est peut-être pas définitif, ce dernier vient néanmoins de franchir une ligne rouge qui le coupe pour l’instant totalement d’une Maison-Blanche où il était entré par la grande porte en janvier. C’est l’establishment républicain qui s’en frotte les mains, espérant que, totalement coupé de l’influence de Bannon, le Président se montrera plus conciliant. Mercredi, des collaborateurs du chef de file des républicains au Sénat, Mitch McConnell, sont allés jusqu’à publier sur Twitter une photo du sénateur affichant un sourire béat.

Le livre de la discorde

Des extraits du livre, qui sort ce vendredi, ont été publiés mercredi par le quotidien britannique The Guardian et le New York Magazine. Les détails les plus croustillants se sont propagés comme une traînée de poudre, pour arriver jusqu’aux oreilles présidentielles. La réponse de Trump a fusé dans un communiqué particulièrement agressif:

"Steve Bannon n’a rien à voir avec moi ou ma présidence. Quand il a été limogé, il n’a pas seulement perdu son travail, il a perdu la raison."

Trump y accuse également Bannon d’être à la source de nombreuses fuites de "fausses informations dans les médias pour se rendre plus important qu’il ne l’était".

Il faut dire que le livre, basé sur plus de 200 témoignages, et où Bannon est très souvent cité, n’est pas tendre. Wolff y affirme que personne, dans l’entourage de Trump, ne croyait en la victoire, ni même le principal intéressé. On y lit que son fils, Don Jr, aurait dit à un ami que son père avait la tête de quelqu’un "qui vient de voir un fantôme" lorsque les résultats ont commencé à pointer sérieusement en sa faveur. Melania Trump aurait "pleuré et pas de joie" en assistant à sa victoire.

"Quand il a été limogé, il n’a pas seulement perdu son travail, il a perdu la raison."
donald trump
président américain

La transition aurait ensuite été chaotique. Trump voulait nommer son beau-fils, Jared Kushner, comme chef de cabinet. C’est la commentatrice ultra-conservatrice Ann Coulter qui serait parvenue à l’en dissuader. Le livre évoque aussi la rencontre entre le fils de Trump, Don Jr, et un avocat russe proche du Kremlin, en présence de Kushner et de l’ancien directeur de campagne de Trump, Paul Manaford, à la Trump Tower en juin 2016 (avant l’élection donc). Le Russe affirmait détenir des informations intéressantes au sujet d’Hillary Clinton. Bannon assimile la démarche à une "trahison" et la qualifie d’"antipatriotique".

©doc

Dans son livre, Wolff affirme que plusieurs personnes de l’entourage de Trump le considèrent idiot. C’est notamment le cas d’un de ses amis les plus proches, l’homme d’affaires Thomas Barrack, qui aurait déclaré que Trump n’était pas uniquement "fou", mais également "stupide". Un des anciens collaborateurs de Trump, Sam Nunberg, avait reçu pour tâche de lui expliquer la Constitution. "Je suis parvenu au quatrième amendement (sur vingt-sept, NDLR) avant que son doigt tire sur ses lèvres et que ses yeux ne basculent dans leur orbite", aurait-il dit à Wolff.

Rupert Murdoch, que Trump admire par-dessus tout, l’aurait qualifié de "fucking idiot" après une discussion téléphonique au cours de laquelle le magnat de la presse avait tenté d’expliquer, sans succès, au Président que les patrons de la Silicon Valley avaient été en excellents termes avec l’administration Obama et qu’ils y perdraient beaucoup s’il décidait de limiter l’accès au visa de travail H1-B.

Ivanka Trump en prend également pour son grade dans ce livre. Bannon l’y qualifie de "bête comme une brique". D’après Wolff, elle se moquait ouvertement de la coiffure de son père auprès de ses amis et elle aurait passé un accord avec son mari Jared Kushner: si l’occasion se présentait, ce serait d’abord à elle de briguer la Maison-Blanche.

Cassure définitive?

Dans le camp Trump, on affirme qu’il ne s’agit que de ragots. L’avocat du Président a envoyé une mise en demeure à Bannon et l’a menacé d’intenter une action en justice pour diffamation.

Du côté des commentateurs politiques, on se demande si cette cassure sera définitive alors que les deux hommes n’en sont pas à leurs premières tensions. Trump avait déjà très mal pris le fait que Bannon ait fait la Une du Time en février. Les rivalités entre Kushner et Bannon avaient également plaidé en défaveur de celui-ci. Il aura fallu attendre l’arrivée d’un nouveau secrétaire général à la Maison-Blanche, John Kelly, cet été, pour que Bannon parte. Il était ensuite resté en bons termes avec Trump jusqu’à ce que ce dernier l’accuse d’être responsable d’une défaite républicaine lors de l’élection spéciale pour le poste de sénateur de l’Alabama en décembre.

Bannon avait convaincu Trump de soutenir Roy Moore, englué dans un scandale sexuel. Ce dernier avait finalement perdu contre le démocrate Doug Jones. Et Trump s’était lâché contre Bannon. Mais le pire était à venir…

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