Le programme post-électoral du Congrès américain

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La Chambre des représentants a basculé démocrate tandis que les républicains ont maintenu leur majorité au Sénat. Que faut-il attendre de ce Congrès divisé?

Les électeurs américains ont fait basculer la Chambre des représentants dans le camp démocrate. Mais Donald Trump pourra cependant encore compter sur le soutien d’une majorité républicaine au Sénat. Et si les démocrates ont repris aux républicains plusieurs sièges de gouverneur, notamment au Kansas et dans le Michigan (où Trump avait emporté haut la main la présidentielle de 2016), ils ne sont par contre pas parvenus à imposer leurs candidats à la tête de la Floride et de l’Ohio, deux Etats clés pour les présidentielles. Les résultats des élections de mi-mandat sont donc plus mitigés qu’il n’y paraît au vu des mines réjouies qu’affichaient les démocrates alors que tombaient les résultats du scrutin. Et, surtout, le pays reste aussi divisé qu’à la veille des élections. Divisé entre démocrates et républicains et divisé au sein des deux grands partis. Les manœuvres politiques qui paralysent en grande partie l’action du Congrès depuis plusieurs années pourraient donc se poursuive.

Fin de l’actuelle législature

Dans l’immédiat, rien ne change au Congrès. Il faudra en effet attendre le 3 janvier pour que débute la prochaine législature. D’ici-là, le président Trump continuera à y jouir d’une double majorité républicaine, en sachant que le Congrès devrait fermer boutique vers la mi-décembre pour les congés de fin d’année. Avant cela, le Sénat ratifiera le nouvel accord commercial liant les Etats-Unis au Mexique et au Canada. Trump pourrait également tenter d’arracher au Congrès des fonds supplémentaires pour financer la construction de "son" mur à la frontière mexicaine.

Présidence de la Chambre

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La première bataille qui secouera le prochain Congrès se déroulera à la Chambre. Et c’est parmi les démocrates qu’elle se jouera alors qu’ils devront s’accorder sur le nom de celui ou celle qui la présidera. Nancy Pelosi (78 ans), leur chef de file qui avait déjà occupé le poste de "speaker" entre 2007 et 2011, veut le récupérer. Elle part en position de force. Mais pendant la campagne, plusieurs démocrates ont dit vouloir que ce soit quelqu’un de plus jeune et pas issu de l’establishment du parti qui soit choisi.

Priorités démocrates

Une fois la question de la présidence de la Chambre réglée, les démocrates ont déjà fait savoir qu’ils voudront réformer certaines lois électorales. Ils tenteront notamment d’empêcher que les républicains puissent encore prendre des mesures visant à éjecter des électeurs noirs ou issus d’autres minorités des registres électoraux (des électeurs majoritairement démocrates), comme ils l’ont fait ces dernières années dans plusieurs partie du pays.

Compromis possibles

Les démocrates du Congrès devraient également très vite multiplier les efforts pour faire avancer certains dossiers potentiellement rassembleurs comme les investissements que le pays devrait faire dans ses infrastructures et le prix des médicaments prescrits (jugé excessif de part et d’autre de l’échiquier politique). Si les républicains renâclent à les suivre, ils pourraient même tenter de décrocher un accord avec le président Trump sur ces deux questions. Après tout, ce dernier aura autant besoin qu’eux de concrétiser certains projets avant la prochaine échéance électorale, en 2020.

Budget et dette publique

Quoi qu’il en soit, deux gros dossiers particulièrement clivants atterriront sur la table du Congrès début 2019: le budget et le plafond de la dette publique. La dernière fois que le Congrès a adopté un budget à temps pour le début de la nouvelle année fiscale (au 1er octobre), c’était en 1997. Pour rappel, la Maison-Blanche publie traditionnellement son projet de budget pour l’année fiscale à venir en février… Or, les prochaines discussions budgétaires s’annoncent à nouveau tendues alors que Trump ne manquera pas de demander une nouvelle hausse des budgets militaires qu’il voudra compenser par des coupes ailleurs, essentiellement dans les programmes sociaux. Cela ne passera pas auprès des démocrates qui seront désormais en position de force à la Chambre.

Quant au plafond de la dette, Trump l’a suspendu jusqu’au 1er mars 2019. Le Congrès devra le relever s’il ne veut pas que les Etats-Unis tombent en défaut de paiement. Les débats seront sans doute houleux, mais une telle crise ne serait à l’avantage de personne et un accord sera sans doute trouvé.

Enquêtes parlementaires

Là où les choses pourraient réellement se corser c’est au niveau des enquêtes parlementaires que les démocrates ont promis de lancer s’ils reprenaient le contrôle de la Chambre. Ils ne s’en priveront pas d’autant qu’ils auront désormais le pouvoir d’obliger des membres de l’administration à venir témoigner devant le Congrès. Les angles d’attaque ne manqueront pas qu’il s’agisse des potentiels conflits d’intérêts qui pourraient découler du fait que Trump ne se soit pas complètement détaché de la Trump Organization (même si ce sont ses deux fils aînés qui dirigent désormais l’entreprise familiale), des soupçons de collusion avec la Russie pendant la présidentielle de 2016 ou des agissements de son administration.

Menace de destitution

Si les conclusions de l’enquête menée par le procureur spécial Robert Mueller sur le Russiagate devaient d’avérer accablantes pour Trump, les choses pourraient même prendre un très mauvais tour pour lui. Les dirigeants démocrates sont bien moins enthousiastes que leur base à l’idée de lancer une procédure de destitution contre le Président. Ils savent qu’un tel scénario pourrait se retourner contre eux aux élections de 2020.

Nancy Pelosi a d’ailleurs encore répété mardi soir que ce n’était pas à l’ordre du jour. Mais si Mueller parvient à prouver que Trump était personnellement impliqué dans une éventuelle collusion avec la Russie, les républicains pourront difficilement continuer à le soutenir et les démocrates seront plus enclins à lancer une procédure de destitution.

Et justement, le Président pourrait bientôt décider de se débarrasser de son ministre de la Justice, Jeff Sessions, à qui il n’a jamais pardonné de s’être récusé de l’enquête sur le Russiagate. Il a plusieurs fois menacé de le faire, sans passer à l’acte. Mais alors que l’enquête de Mueller pourrait bientôt aboutir, Trump pourrait passer à la vitesse supérieure.

D’autant qu’il pourra compter sur la majorité républicaine du Sénat pour confirmer un nouveau ministre de la Justice qui serait plus enclin à couvrir ses arrières.

Les gagnants et les perdants des midterms
Les gagnants

Alexandria Ocasio-Cortez

Elle est la benjamine du Congrès. À 29 ans, l’ancienne serveuse et éducatrice a été élue à New York, où elle devrait incarner l’aile socialiste des démocrates, prenant la tête d’une vague de femmes et de minorités prêtes à bousculer les élites.

Ilhan Omar, rashida Tlaib

Elles sont devenues les premières femmes de confession musulmane à être élues à la Chambre des représentants. Ilhan Omar, Americano-Somalienne de 36 ans, a été élue dans le Minnesota à 78,2% des voix. Rashida Tlaib, née de parents réfugiés palestiniens et avocate, a de son côté été élue dans une circonscription du Michigan.

Ted Cruz

Face au jeune prodige du camp démocrate Beto O’Rourke, et à l’issue d’une course serrée, Ted Cruz a réussi à garder le cap et a été réélu au Texas, un Etat conservateur. C’est une victoire majeure pour le parti républicain, qui conserve ainsi un siège crucial pour garder la majorité au Sénat.

Sharice Davids

La démocrate du Kansas, Sharice Davids, est devenue la première Amérindienne à être élue au Congrès américain. Avocate, adepte d’arts martiaux, ouvertement homosexuelle, celle qui a passé un an au sein de l’administration Obama l’emporte dans un Etat ultra-conservateur jusqu’ici aux mains du républicain Kevin Yoder.

Nancy Pelosi

L’élue de Californie et chef de file de la minorité au Congrès a réussi à reprendre la Chambre des représentants avec plus de 85% des voix, pour un 17e mandat. À 78 ans, elle pourrait même redevenir chef de la majorité à la chambre basse du Congrès, même si elle ne fait pas l’unanimité dans son camp.

Les perdants

Kris Kobach

Favori, candidat de Donald Trump et proche de Steve Bannon, partisan d’une ligne dure et à l’origine du virage radical des républicains sur l’immigration – il a d’ailleurs axé sa campagne autour de ce thème, comme le Président – il s’est incliné face à Laura Kelly, qui devient la nouvelle gouverneure du Kansas.

Stacey Abrams

Pour l’instant, elle est annoncée comme perdante dans l’Etat de Géorgie, mais Stacey Abrams refusait hier de s’avouer vaincue. La candidate démocrate affrontait l’ultra-conservateur Brian Kemp pour le poste de gouverneur, qui, selon des résultats encore provisoires, obtenait une courte avance avec 51% des voix.

Christine Hallquist

Ingénieure, militante de la cause environnementale, patronne et mère de trois enfants, Christine Hallquist aurait pu être la première gouverneure transgenre des Etats-Unis. Mais, dans le Vermont, elle a été battue par le candidat républicain Phil Scott qui recueille 55,4% des voix.

Andrew Gillum

Face au fervent supporter de Trump, Ron DeSantis, le charismatique espoir démocrate Andrew Gillum n’a pas réussi à ravir le poste de gouverneur en Floride. À 39 ans, ce proche de Bernie Sanders, et maire afro-américain de Tallahassee, s’est battu dans un Etat tenu par les républicains depuis 1998.

Beto O’Rourke

Considéré pourtant comme l’espoir démocrate, notamment pour l’élection présidentielle de 2020, Beto O’Rourke n’a pas réussi à créer la surprise au Texas, et il s’est incliné face au sénateur sortant Ted Cruz. Le soutien de la chanteuse Beyoncé n’aura pas été suffisant pour qu’il s’impose sur des terres conservatrices. Il a toutefois gagné une stature nationale et reste un grand espoir du parti démocrate.

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