Trump après le rapport Mueller: "J'aurais pu virer tout le monde"

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Après 22 mois d’enquête, le rapport Mueller juge que la Russie a bien cherché à influencer l’élection présidentielle en 2016. Mais aucune "preuve suffisante" ne peut attester d’un acte criminel.

Les téléspectateurs américains ont assisté ce jeudi à un spectacle inédit. Alors que le rapport caviardé du procureur spécial Robert Mueller, chargé de l’enquête russe, a finalement été publié dans la matinée, les chaînes de télévision se sont affrontées dans une course à l’imprimante. Objectif: être le premier présentateur avec les 448 pages du rapport sous le bras. Ensuite, livrer les principales conclusions de l’enquête en un temps record.

Donald Trump ressort blanchi aux yeux de la Justice bien que 14 enquêtes fédérales liées au dossier restent en cours. Comme attendu, le texte estime que la Russie a bien cherché à influencer l’élection présidentielle 2016. Il exonère en revanche le Président et les membres de son équipe de campagne de toute conspiration avec Moscou.

"C’est la fin de ma présidence, je suis foutu!"

Plusieurs contacts entre l’équipe Trump et la Russie sont cités sans pour autant constituer la "preuve suffisante" d’un acte criminel aux yeux de la Justice. Une victoire pour le Président américain, dont les deux premières années de mandat ont été empoisonnées par cette accusation de collusion. Avec une nuance: Robert Mueller estime que la campagne "s’attendait à bénéficier" des agissements illégaux de la Russie.

Au sujet d’une possible entrave à la Justice, le rapport est moins catégorique. En effet, le procureur spécial affirme avoir enquêté sur une dizaine de pistes d’obstruction. Parmi elles, le limogeage du directeur du FBI James Comey en mai 2017. Et, un mois plus tard, la tentative ratée de limogeage de Robert Mueller lors d’un coup de fil du Président à l’avocat de la Maison-Blanche d’alors, qui a refusé. On apprend au passage ce détail croustillant sur la panique de Donald Trump lorsqu’il a appris la nomination du procureur spécial: "C’est la fin de ma présidence. Je suis foutu", s’est-il alarmé.

Malgré ces exemples d’agissements, Robert Mueller s’abstient de recommander des poursuites contre le Président américain pour entrave à la Justice. Et c’est le ministre de la Justice William P. Barr qui a pris la décision à sa place. Pourtant, le procureur spécial n’a pas été en mesure de conclure "qu’aucune conduite criminelle n’avait eu lieu". Il avance même que si les "efforts pour influencer l’enquête" ont échoué, c’est parce que les collaborateurs du Président ont refusé de "suivre ses ordres".

Il semble renvoyer la balle au Congrès, estimant que ce dernier a l’autorité pour déterminer si le Président s’est rendu coupable d’entrave à la Justice. De leur côté, les chefs des démocrates à la Chambre et au Sénat n’ont pas manqué de souligner les "différences frappantes" entre les conclusions de Robert Mueller et celles de William P. Barr.

 

Trump défendu par son ministre de la Justice

Une heure et demi avant la publication du rapport, le ministre de la Justice avait vigoureusement défendu le Président en conférence de presse. Chose inhabituelle pour ce genre d’exercice, il a répété plusieurs fois les mots "pas de collusion", "pas d’obstruction", comme le fait souvent Donald Trump.

"C'est un bon jour pour moi"
Trump

Il a aussi confirmé une information qui était sortie la veille dans la presse: la Maison-Blanche a bien eu accès à une version expurgée du rapport avant que celui-ci ne soit rendu public. Mais les avocats de Donald Trump ont décidé de ne pas user du "privilège exécutif" du Président permettant de censurer le texte plus encore.

À la dernière seconde de la conférence de presse de son ministre, le Président-milliardaire s’est précipité sur Twitter pour poster une photo de lui, de dos, empruntant les codes graphiques de la série Game of Thrones. "Pas de collusion, pas d’obstruction. Pour les rageux et les démocrates de la gauche radicale, game over", pouvait-on lire. "Cela ne devrait jamais arriver à un autre Président dans le futur", a-t-il ensuite prévenu.

Le président s'est aussi défendu d'avoir voulu limoger le procureur spécial Robert Mueller:  "Tout ce que les Russes ont fait concernant l'élection de 2016 a été fait lorsqu'Obama était président. Il en a été informé et n'a rien fait!", a tweeté  Trump. "Plus important, cela n'a pas changé le vote", a-t-il ajouté, quelques heures après la publication des conclusions de l'enquête russe. "J'avais le pouvoir de mettre fin à toute cette chasse aux sorcières si je voulais. J'aurais pu virer tout le monde, même Mueller, si je voulais. J'ai choisi de ne pas le faire."  "J'avais le DROIT d'utiliser mes prérogatives présidentielles. Je ne l'ai pas fait!", a-t-il ajouté.

Au terme d’une journée frénétique à Washington, les médias restent sur leur faim. Après ces 22 mois d’enquête interminable, le rapport est enfin sur la table mais il manque le témoignage oral du principal intéressé: Robert Mueller. William P. Barr a affirmé qu’il ne voyait pas d’inconvénient à ce que le procureur spécial soit interrogé par une commission au Congrès. Une demande en ce sens a été formulée pour le 23 mai. La suite au prochain épisode...

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