Le roquefort, les huîtres, l'huile d'olive et les avions dans le collimateur de Washington

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Nouvel épisode dans la bataille qui oppose Boeing à Airbus depuis une quinzaine d’années. Lundi, le bureau du représentant au Commerce américain Robert Lighthizer (USTR) a publié une liste de produits européens qui pourraient être frappés par une hausse de tarifs douaniers dès cet été en représailles aux subventions dont jouit Airbus.

D’après Washington, les aides accordées au consortium européen  Airbus représenteraient un préjudice de 11,4 milliards de dollars par an pour les États-Unis. L’administration américaine menace de cibler des produits européens pour une valeur équivalente. Les Européens contestent ce montant et l’affaire a été portée devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC). L’organe de règlements des différends de l’OMC devrait trancher cet été.

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C’est en vue de cette décision que Washington a publié sa liste préliminaire. "L’administration (américaine) se prépare à répondre immédiatement (aux subventions européennes) lorsque l’OMC publiera ses conclusions sur la valeur des mesures de représailles américaines", explique ainsi Robert Lighthizer dans un communiqué accompagnant la fameuse liste qui fait 14 pages. Une fois le préjudice subi par les Américains chiffré, le bureau du représentant au Commerce américain publiera une liste définitive.

Les produits visés

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Quels sont les produits qui sont pour l’instant ciblés? L’USTR les subdivise en deux catégories.

→ Il y a, d’une part, des avions, hélicoptères et pièces détachées produits en France, en Espagne, en Allemagne et au Royaume-Uni.
→ D’autre part, la liste reprend des produits n’ayant rien à voir avec l’aéronautique et produits dans toute l’UE. Mais, ici aussi, le lien avec les quatre pays visés dans la première catégorie est cependant évident. On retrouve en effet sur cette liste différents produits de la mer (saumon, truites, huîtres, etc.), des fromages (roquefort, stilton, cheddar, etc.), des sacs à main en cuir, de l’argenterie de table, des eaux minérales, du vin, de l’huile d’olive, des combinaisons de ski, des articles en céramique ou des tubes en zinc, par exemple.

Le contexte commercial

Le timing de cette nouvelle menace commerciale n’est pas innocent. Elle tombe alors que les négociations commerciales entre Washington et Bruxelles semblent patiner. En juillet, le président américain Donald Trump et le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker s’étaient accordés pour faire une trêve dans la dispute commerciale qui les opposait depuis plusieurs mois. Trump avait alors accepté de suspendre sa menace de frapper les importations américaines de voitures européennes de nouveaux tarifs douaniers.

Depuis, les deux blocs semblent concentrer leurs efforts sur le volet industriel d’un futur accord commercial. Mais plusieurs pays européens traînent des pieds, à commencer par la France (qui reproche notamment à Washington d’avoir claqué la porte de l’accord de Paris sur le climat), au grand dam de l’Allemagne qui craint, elle, pour son industrie automobile. Résultat des courses: les États membres de l’UE ne se sont toujours pas accordés sur le mandat de négociation de la Commission européenne.

Les ennuis de Boeing

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Ce nouvel épisode dans la guéguerre qui oppose les deux grands avionneurs et leurs gouvernements coïncide également avec une période plutôt difficile pour Boeing dont les 737 Max ont été cloués au sol après deux crashs aériens meurtriers. Autre coup dur pour l’Américain: Paris vient de décrocher un contrat de 30 milliards d’euros avec la Chine pour la livraison de 300 Airbus (des A320, concurrents directs du 737 Max, et des A350) à l'occasion de la visite du président chinois Xi Jinping à Paris fin mars.

Enfin, fin mars, l’OMC a confirmé en appel une première décision selon laquelle des avantages fiscaux accordés par l’État de Washington (où Boeing assemble la plupart de ses avions) à l’avionneur américain (pour une valeur de 325 millions de dollars) violaient ses règles, ouvrant ainsi la porte à des contre-mesures européennes.

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