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"Le suprémacisme blanc constitue la menace la plus mortelle" des États-Unis

Joe Biden est le premier président des États-Unis à commémorer le massacre de Tulsa qui a eu lieu il y a cent ans dans le quartier de Greenwood, surnommé "Black Wall Street". ©AFP

Présent lors de la commémoration des cent ans du massacre de Tulsa, Joe Biden a souligné que l'héritage de cette violence et du suprémacisme blanc se pérennisent.

Joe Biden est entré dans l'histoire mardi en devenant le premier président en fonction à visiter le quartier Greenwood de Tulsa, dans l'Oklahoma, où des centaines de Noirs américains ont été massacrés par une foule blanche en 1921. Un événement tragique qui a été largement occulté dans les salles de classe et livres d'histoire américains pendant des années.

"Certaines injustices sont si atroces, si terrifiantes, si douloureuses qu'elles ne peuvent pas rester enterrées."
Joe Biden
Président des États-Unis

"Nous devrions connaître le bon, le mauvais, tout", a déclaré Joe Biden dans un discours adressé aux quelques survivants de l'attaque du quartier Greenwood de Tulsa et à leurs descendants. "Les événements dont nous parlons se sont déroulés il y a 100 ans, et cependant, je suis le premier président en 100 ans à venir à Tulsa", a insisté le démocrate en disant vouloir "faire éclater la vérité".  "Je suis venu ici pour aider à rompre le silence. Car dans le silence, les blessures se creusent". 

Le massacre raciste de Tulsa a "trop longtemps été oublié dans notre histoire. Aussitôt qu'il s'est produit, il y a eu un effort manifeste pour l'effacer de notre mémoire", a-t-il dénoncé en soulignant la présence dans le public, devant lui, de trois survivants centenaires de ce massacre: Viola Fletcher, Hughes Van Ellis et Lessie Benningfield Randle. "Certaines injustices sont si atroces, si terrifiantes, si douloureuses qu'elles ne peuvent pas rester enterrées", a poursuivi l'ancien vice-président de Barack Obama. 

Les survivants (et frères et sœurs) Viola Fletcher et Hughes Van Ellis présents lors du discours de Joe Biden. ©REUTERS

Le 31 mai 1921, des hommes noirs venus défendre un jeune Afro-Américain arrêté et accusé d'avoir agressé une femme blanche s'étaient trouvés face à des centaines de manifestants blancs en colère devant le tribunal de Tulsa. Dans une ambiance tendue, des coups de feu avaient été tirés, et les Afro-Américains avaient fui vers leur quartier de Greenwood.

Le lendemain, à l'aube, des Blancs avaient pillé et brûlé commerces et maisons de ce qui était alors surnommé "Black Wall Street", exemple de réussite économique. Comme les pertes économiques engendrées, le bilan humain est difficile à estimer, mais selon les historiens jusqu'à 300 Afro-Américains ont été tués, et près de 10.000 ont perdu leur logement, sans qu'un seul responsable blanc soit condamné. La police avait même armé certains assaillants, selon le rapport d'une commission d'enquête. Au final, les autorités sont allées jusqu'à accuser les habitants de Greenwood d'avoir fomenté une "émeute". Les compagnies d'assurance n'ont pas non plus couvert les dommages engendrés.

Écho à l'attaque du Capitole

Le président américain a comparé ce massacre avec l'attaque au Capitole le 6 janvier dernier et les efforts déployés par certains États pour restreindre le vote lors des élections du 3 novembre.

Les familles des survivants font encore pression pour obtenir des réparations financières

"Ce qui s'est passé à Greenwood était un acte de haine et de terrorisme intérieur, avec une ligne de fond qui existe encore aujourd'hui", a-t-il souligné.

Joe Biden a d'ailleurs déclaré que l'un des survivants de l'attaque s'en est souvenu le 6 janvier, lorsque des partisans d'extrême droite de Donald Trump ont pris d'assaut le bâtiment alors que le Congrès certifiait la victoire de Joe Biden.

Les survivants demandent justice

Le président a en outre déclaré que son administration dévoilerait bientôt des mesures pour contrer les crimes haineux et la violence suprématiste blanche qui, selon lui, constituent "la menace la plus mortelle pour la patrie". Une annonce dans la continuité des initiatives déjà prévues pour lutter contre les inégalités raciales, notamment des dizaines de milliards de dollars d'investissements dans des communautés comme Greenwood qui souffrent d'une pauvreté persistante.

Mais les familles des survivants font encore pression pour obtenir des réparations financières, alors que Joe Biden s'est seulement engagé à étudier cette demande. Elles ont ainsi demandé "justice" au Congrès cette année et se sont constituées parties à un procès contre les responsables de l'État et les autorités locales afin d'obtenir des réparations pour le massacre, notamment un fonds d'indemnisation des victimes.

Si le président s'est dit favorable à une étude de cette proposition, il estime que "la tâche qui nous incombe avant tout est d'éradiquer le racisme systémique". Il n'a pas non plus répondu à la question d'un journaliste qui souhaitait savoir s'il devait y avoir des excuses présidentielles officielles concernant le massacre.

Protéger le droit de vote

Joe Biden a annoncé que la vice-présidente Kamala Harris dirigerait les efforts de l'administration en matière de droit de vote, alors que les législateurs républicains des États du pays tentent d'adopter des mesures restreignant l'accès au vote.

De nombreux États dirigés par des républicains, arguant de la nécessité de renforcer la sécurité des élections, ont adopté ou proposé des restrictions au droit de vote, qui, selon Biden et d'autres démocrates, visent à rendre plus difficile le vote des électeurs noirs. Le président a déclaré que les droits de vote aux États-Unis sont "attaqués" avec une intensité qu'il n'a jamais vue auparavant. "C'est tout simplement anti-américain", a-t-il affirmé.

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