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Les 100 premiers jours de Trump président

©AFP

Le président américain Donald Trump doit retrouver samedi ses plus fervents partisans lors d'un rassemblement aux allures de meeting de campagne en Pennsylvanie, pour célébrer les 100 premiers jours d'une présidence marquée par de nombreux revers.

Déjà 100 jours que Donald Trump est à la Maison-Blanche et qu’il tente de concrétiser ses promesses les plus emblématiques. Le succès n’est pas vraiment au rendez-vous…

Des revirements musclés et diplomatiques

Trump s’était engagé à faire passer l’Amérique d’abord (America first) sur le plan économique et en politique étrangère. S’il a pris quelques postures protectionnistes, le républicain n’a en revanche pas vraiment opéré de courbe rentrante en matière de politique étrangère. Au contraire. Le 6 avril, les Etats-Unis lançaient des missiles contre une base militaire des forces syrienne. Le 13 avril, ils larguaient la mère de toutes les bombes contre l’État islamique en Afghanistan et Trump annonçait qu’il allait"s’occuper de la menace nord-coréenne". On est loin de l’isolationnisme qui semblait avoir la cote auprès du Président, mais qui est bien moins populaire auprès de ses conseillers militaires.

Trump a même changé d’avis sur l’Otan qui n’est désormais "plus obsolète". Il continue toutefois à exiger des autres membres de l’Alliance qu’ils contribuent plus à l’effort commun. Même son de cloche pour le Conseil de sécurité de l’ONU, dont il recevait les ambassadeurs cette semaine à la Maison-Blanche. L’ONU est plus nécessaire que jamais, mais fini pour les Américains de payer une note aussi salée, leur a-t-il expliqué. Autre revirement: il ne serait plus question de se retirer de l’accord de Paris sur le climat. Mais Washington pourrait tenter de renégocier à la baisse les engagements pris par Obama.

Le 5 avril 2009, Obama avait également mis en garde la Corée du Nord, déclarant que les "violations (des promesses de dénucléarisation) devaient être punies". Par contre, à la même époque, Washington tentait de reprendre parole avec la Syrie. Les relations entre Damas et Washington s’étaient tendues en 2005 suite à l’attentat contre le Premier ministre libanais Rafiq Hariri (attribué à la Syrie).

Des décrets et pas grand-chose d’autre

Le président Trump espère qu’il aura 32 décrets présidentiels à son actif ce samedi. Vendredi matin, il en était encore à 29, mais il comptait en signer trois sur la journée, dont un visant à faciliter les forages offshore. Généralement utilisés pour contrer un Congrès récalcitrant, les décrets auront été la principale arme de Trump en ce début de présidence, même s’il dispose d’une majorité républicaine à la Chambre et au Sénat. Réduction du nombre de régulations fédérales, relance du charbon, détricotage des efforts climatiques d’Obama, construction de l’oléoduc Keystone XL, révision de la loi Dodd-Frank régulant les marchés financiers, enquête sur les importations d’acier, retrait du Traité Transpacifique, fermeture des frontières aux immigrés de certains pays, construction d’un mur à la frontière mexicaine, toutes ces promesses, et d’autres, ont déjà fait l’objet d’un décret. Concrètement, cela n’a souvent pas débouché sur grand-chose d’autre que le lancement d’études ou des indications au sujet des priorités du Président à l’attention de son administration.

Barack Obama avait signé 18 décrets au cours de ses 100 premiers jours. Fermeture de la prison de Guantanamo, interdiction d’utiliser la torture lors des interrogatoires, fin du moratoire sur la recherche sur les cellules souches embryonnaires, lui aussi, avait eu à cœur de tourner la page de son prédécesseur.

La première victoire politique

Il aura fallu attendre le 10 avril, soit le 80e jour de la présidence de Donald Trump, pour qu’il obtienne sa première victoire politique avec la confirmation de son candidat, le conservateur Neil Gorsuch (photo), à la Cour suprême des Etats-Unis. Les sénateurs démocrates y seront allés à reculons. Ils n’avaient pas digéré que les républicains aient bloqué pendant des mois la nomination du candidat de Barack Obama, Merrick Garland.

Il s’agit d’une victoire symbolique dont l’impact pourrait se faire sentir pendant longtemps. Chargés de faire appliquer la Constitution et de trancher la légalité de nombreuses questions de société, cinq des neuf juges de la Cour suprême sont désormais étiquetés conservateurs. Vu le grand âge de certains d’entre eux, Trump risque d’avoir l’occasion de nommer d’autres juges, ce qui fera davantage pencher la balance en défaveur des progressistes.

Barack Obama avait obtenu sa première victoire politique dès le 13 février 2009, sous la forme du vote d’un plan de relance de 787 milliards de dollars par le Congrès. Aujourd’hui, cela semble rapide. Mais il avait dû batailler ferme pour son plan même si les démocrates étaient majoritaires au Congrès.

Pas de réchauffement avec la Russie, mais un scandale

Le 14 février, Michael Flynn, conseiller à la sécurité nationale de Trump démissionnait de ses fonctions pour avoir évoqué avec l’ambassadeur russe une éventuelle levée des sanctions US touchant la Russie dans le dossier ukrainien alors qu’Obama était encore président. Un mois plus tard, le directeur du FBI, James Comey (photo), confirmait devant une commission de la Chambre des représentants que ses services enquêtaient sur les tentatives d’ingérence russe dans la campagne des présidentielles américaines.

Sale temps pour Trump qui avait clamé pendant toute sa campagne tout le bien qu’il pensait du président Poutine et encouragé les hackers russes à trouver les e-mails manquants de sa rivale Hillary Clinton. Depuis, les relations de l’administration Trump avec la Russie se sont nettement tendues, notamment sur la Syrie.


Le 6 mars 2009, Hillary Clinton, alors secrétaire d’État d’Obama, avait offert à son homologue russe, Sergueï Lavrov, une boîte avec un bouton "reset" appelant à un nouveau départ dans les relations américano-russes. On en est loin…

Les baffes sur l’Obamacare et l’immigration

L’échec le plus cuisant que Trump ait eu à subir jusqu’à présent concerne la réforme de l’Obamacare. Il a très vite compris qu’il ne pourrait pas annuler la réforme phare de l’ère Obama et qu’il faudrait plutôt la modifier. Mais, confronté à de nombreux républicains jugeant ses propositions trop coûteuses ou craignant que leurs électeurs perdent leur assurance-maladie dans l’aventure, il ne sera même pas parvenu à déposer au Congrès un projet de loi allant dans ce sens. Le 24 mars, il jetait l’éponge, avant de revenir à la charge fin avril dans l’espoir d’obtenir le vote de "sa" première loi avant le cap des 100 jours.

Mais certains élus républicains ne sont toujours pas convaincus par sa copie. Autre douche froide pour Trump: le blocage par des juges fédéraux de ses deux décrets anti-immigration, quelques jours à peine après qu’il les ait signés.

Obama n’a pas essuyé de tels échecs pendant ces fameux 100 jours. Cependant, il ne le savait pas encore à ce stade-ci, mais ses efforts visant à fermer Guantanamo et entrepris dès le 22 janvier, resteront vains.

Le plaisir de recevoir à Washington ou en Floride

On ne pourra pas dire que Trump est avare d’invitations. Depuis le début de sa présidence, il a déjà reçu 13 chefs d’État et de gouvernement, sans compter le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg. C’est la Première ministre britannique Theresa May qui aura été la première reçue, le 27 janvier. L’Allemande Angela Merkel aura eu droit à une visite un peu étrange, Trump refusant notamment de lui serrer la main dans le Bureau ovale.

Quant au Premier ministre japonais Shinzo Abe et au président chinois Xi Jinping, Trump les aura également reçus dans sa résidence de Mar-a-Lago en Floride. Lui n’a par contre pas encore effectué de visite à l’étranger. Mais il viendra le 25 mai à Bruxelles pour le sommet de l’Otan.


À ce stade de sa présidence, Obama n’avait reçu que quatre chefs d’État et de gouvernement, dont le Premier ministre britannique Gordon Brown. Mais il avait déjà quitté trois fois les Etats-Unis, notamment pour une tournée en Europe.

Les 100 premiers jours de Donald Trump, vus par Donald Trump

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