Les démocrates espèrent voter l'impeachment de Trump avant Noël

Ce mercredi, Gordon Sondland, ambassadeur des Etats-Unis auprès de l’Union européenne, a accablé Donald Trump lors de son audition. ©Photo News

Après deux mois d’enquête et deux semaines d’auditions publiques, les démocrates se préparent à faire le bilan de l’affaire ukrainienne et à rédiger les chefs d’accusation contre Donald Trump.

La procédure d'impeachment à l'encontre du président des Etats-Unis, Donald Trump, arrive à un tournant. L'Echo fait le point.

> Que s’est-il passé lors du fameux appel de Trump à Zelensky?

Le 25 juillet, le président américain Donald Trump appelle son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky. La conversation dérive très vite vers l’aide apportée par Washington à Kiev. "J’aimerais que vous nous fassiez une faveur, cela dit", affirme Trump, avant de demander au président ukrainien d’enquêter sur "Crowdstrike". Selon cette théorie du complot, ce serait l’Ukraine et non la Russie qui se serait rendue coupable d’ingérence dans les élections de 2016, et ce pour aider Hillary Clinton. Donald Trump continue en demandant à Volodymyr Zelensky de se coordonner directement avec Rudy Giuliani, son avocat personnel. Il lui réclame ensuite de se pencher sur Joe Biden et son fils Hunter, en accusant l’ex-vice-président d’avoir poussé à la démission d’un procureur ukrainien qui enquêtait sur Burisma, une société gazière dans laquelle travaillait son fils.

Le président américain demande donc à une puissance étrangère d’enquêter sur son rival possible lors de la prochaine élection. Un acte qui pourrait en lui-même constituer une violation de la loi sur le financement des campagnes électorales. C’est cette conversation qui a alerté plusieurs membres de la Maison-Blanche, à tel point que sa transcription a été placée dans un serveur sécurisé. C’est également l’objet du signalement du lanceur d’alerte à l’origine de l’ouverture d’une enquête pour "impeachment".

> Qu’ont révélé les auditions?

Après des auditions à huis clos, 12 membres de l’administration Trump impliqués dans l’affaire ukrainienne ont témoigné publiquement, ces deux dernières semaines, devant la commission du Renseignement de la Chambre des représentants. De quoi permettre d’alourdir les accusations contre Donald Trump: non seulement il a réclamé de l’aide à une puissance étrangère pour des objectifs de politique intérieure comme prouvé dans l’appel du 25 juillet, mais il y a eu une certaine forme de chantage. C’est le fameux "quid pro quo", ou donnant-donnant. Reste à savoir si le président en personne a ordonné ce chantage.

Le témoignage le plus explosif a été livré mercredi par Gordon Sondland, un donateur généreux de Donald Trump nommé ambassadeur auprès de l’Union européenne. Selon lui, une visite à la Maison Blanche du président Zelensky a été conditionnée à l’annonce publique des deux enquêtes réclamées par Donald Trump. L’annonce des enquêtes était d’ailleurs plus importante pour le président que les enquêtes en elles-mêmes, a-t-il témoigné, renforçant l’idée que le président voulait se servir de ces annonces pour nuire aux démocrates.

Il manque beaucoup de témoignages pour compléter le puzzle: Mike Pence, Mike Pompeo, Mick Mulvaney, Rudy Giuliani et Donald Trump lui-même.

Gordon Sondland a aussi assuré aussi que la campagne de pression envers Kiev a été orchestrée par Rudy Giuliani, selon les désirs du président, et que "tout le monde était dans la boucle": le chef de la diplomatie Mike Pompeo, le chef de cabinet de la Maison-Blanche Mick Mulvaney et l’ex-chef du Conseil de sécurité nationale John Bolton. Il dit également ne pas savoir si le blocage de la livraison d’une aide militaire de près de 400 millions de dollars à l’Ukraine était lié à ce chantage mais estime qu’il n’y a guère d’autre interprétation possible. Laura Cooper, en charge de la Russie au ministère de la Défense, a fourni trois e-mails prouvant que Kiev avait commencé à s’inquiéter du blocage de l’aide dès le 25 juillet, soit le même jour que la fameuse conversation téléphonique.

La preuve formelle de l’implication du blocage de l’aide militaire dans le "quid pro quo" est peut-être la pièce du puzzle qui manque le plus. Tout comme la preuve que les ordres venaient directement de Donald Trump. Le chef de cabinet de la Maison-Blanche, Mick Mulvaney, a cependant marqué contre son camp. Bien qu’il refuse de témoigner, il a admis lors d’une conférence de presse en octobre que la suspension de la livraison de l’aide visait à forcer l’Ukraine à mener les enquêtes. Il s’est rétracté depuis.

Fiona Hill, ex-membre du Conseil de sécurité nationale en charge de la Russie et des Affaires européennes, a aussi livré un témoignage fort jeudi. Elle a accusé des membres républicains de la commission d’enquête de croire à la théorie du complot sur "Crowdstrike". "C’est un récit de fiction qui a été construit et propagé par les services de sécurité russes en personne", a-t-elle rappelé.

Quelle est la stratégie de Donald Trump?

Il continue d’assurer que son appel avec Volodymyr Zelensky était "parfait" et qu’"il n’y a pas de quid pro quo". Il se dit blanchi par le témoignage de Gordon Sondland qui a admis n’avoir jamais reçu d’ordre direct du président. Les autres témoignages, ajoute-t-il, ne sont que des sources de seconde main. Quant à ses demandes d’enquêtes, elles étaient légitimes, plaide-t-il. Vendredi, Trump a laissé éclater sa colère dans l’émission matinale "Fox&Friends", traitant ses adversaires de "malades" et déclarant: "Je veux un procès!"

Les élus républicains le soutiennent-ils?

Oui car ils suivent leur base: selon un sondage Gallup, 90% des électeurs républicains approuvent le travail de Donald Trump. Et ils ne sont que 12,2% à soutenir l’impeachment contre 80,3% des démocrates. Si bien que même Will Hurd, représentant du Texas, l’un des seuls élus à la Chambre à critiquer le milliardaire, a affirmé n’avoir "entendu aucune preuve que le président soit coupable de corruption ou d’extorsion". Mais les républicains sont minoritaires à la Chambre, les démocrates n’ont donc pas besoin d’eux pour voter la mise en accusation du président. Une destitution reste toutefois hautement improbable car c’est le Sénat à majorité qui en décidera.

La bataille se joue plutôt dans l’opinion: récit contre récit. Les républicains présents lors des auditions n’ont cessé de chercher à discréditer les témoins et à renforcer les suspicions sur les Biden et Crowdstrike. Lindsey Graham, un sénateur farouche défenseur de Trump, cherche de son côté à légitimer les accusations du président en lançant une enquête sur Burisma et les Biden en Ukraine.

Quelles suites attendre?

Il manque beaucoup de témoignages pour compléter le puzzle: Mike Pence, Mike Pompeo, Mick Mulvaney, Rudy Giuliani et Donald Trump lui-même. Mais les démocrates veulent aller vite et espèrent voter l’impeachment avant Noël. Nancy Pelosi, la patronne des démocrates à la Chambre des représentants, a regretté jeudi que de nombre de ces personnages clés se tournent vers la justice pour éviter de se présenter à la barre ou livrer des documents. "Nous n’allons pas attendre que les tribunaux décident", a-t-elle affirmé.

Même si d’autres auditions sont toujours possibles mais pas prévues à ce jour, la Commission du Renseignement va maintenant s’atteler à rédiger un rapport. Celui-ci sera examiné par la Commission judiciaire à qui il revient de rédiger les chefs d’accusation, qui feront enfin l’objet d’un vote à la Chambre. Si l’impeachment est validé, ce sera au Sénat d’organiser le procès en destitution. Des discussions seraient en cours entre les sénateurs républicains et la Maison-Blanche pour que ce procès ne dure pas plus de deux semaines.

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