Les Etats-Unis et la Chine s'offrent une crise des missiles en pleine guerre commerciale

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La Chine a averti durement Washington après que le nouveau chef du Pentagone a annoncé le déploiement de missiles en Asie-Pacifique. La Chine ne ferait pas le poids face aux Etats-Unis en cas de guerre dont aucun des deux ne veut. Mais le danger d’un dérapage dans le Pacifique est bien réel.

Le traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (INF) était à peine enterré par les Etats-Unis et la Russie, que le nouveau secrétaire américain à la Défense, Mark Esper, annonçait, samedi, le déploiement "le plus tôt possible" de missiles américains en Asie-Pacifique.

"Pas de missiles à notre porte!"

"Pas de missiles à notre porte!", a rétorqué ce mardi la Chine, par la voix de Fu Cong, le directeur général du département du contrôle des armements du ministère des Affaires étrangères. Pékin avertit que l’installation de missiles sera suivie de "mesures de rétorsion", sans préciser lesquelles.

Hors de question que des missiles à portée intermédiaire (entre 500 et 5.500 km) américains soient installés sur les territoires en Corée du Sud, au Japon, en Australie ou sur l’île de Guam, un territoire américain accueillant déjà des bombardiers B1. "Ce serait dangereux", a insisté Fu Cong. Pour lui, la vraie raison qui a poussé les Etats-Unis à sortir du Traité INF est la volonté "de développer leurs capacités balistiques".

Ces tensions entre Washington et Pékin surviennent en pleine guerre commerciale et monétaire.

Un faux air de crise cubaine

Cette poussée de fièvre rappelle la crise des missiles de Cuba d’octobre 1962, où l’installation de missiles russes à portée des Etats-Unis mena les deux blocs à deux doigts de la guerre nucléaire.

La comparaison s’arrête là. La colère de Pékin est bien plus stratégique que fondée sur un désir réel d’escalade. Mardi, après le coup de sang de Fu Cong, Mark Esper s’est empressé de rétropédaler. "Cela prendra des années avant que nous soyons en mesure de déployer des missiles opérationnels", a-t-il dit.

"On est sorti du système des gentils, où des gens propres sur eux discutent autour d’une tasse de thé."
Jean-Vincent Brisset
directeur de recherche à l’iris

"On est dans le jeu bilatéral classique d’échanges de gros mots. Ni la Chine, ni les Etats-Unis ne cherchent le conflit. C’est une prise de position avant discussion", dit Jean-Vincent Brisset, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). Cet ancien général français, spécialiste des questions chinoises, y voit le signe d’un changement de ton dans les relations internationales. "On est sorti du système des gentils, du multilatéral, où gens propres sur eux discutent autour d’une tasse de thé, pour entrer dans une logique de bras de fer entre des gens qui ne sont pas polis et qui établissent des rapports de force. Seule la France n’a pas encore compris cela", ajoute-t-il.

L’ambition démesurée de la Chine

"La Chine rêve de retrouver un territoire énorme qu’elle a perdu au XIXe siècle, poursuit Jean-Vincent Brisset. Elle se renforce sur le plan militaire, mais cela reste une armée de pauvres." Le budget militaire chinois a quasi doublé en dix ans, mais il est quatre fois moins important que celui des Etats-Unis. La Chine dépense 60.000 dollars par an par soldat, alors qu’un soldat américain coûte 400.000 dollars. Ses missiles nucléaires peuvent frapper les Etats-Unis et l’Europe, mais elle aligne 280 ogives, contre 6.450 pour l’armée américaine.

L’armée populaire chinoise serait balayée en cas de conflit avec les Etats-Unis. Mais le prix serait élevé, car il existe un déséquilibre régional en sa faveur sur le plan balistique.

Le principal atout de la Chine tient dans ses missiles balistiques à portée intermédiaire.

Le principal atout de la Chine tient dans ses missiles balistiques à portée intermédiaire. Depuis la signature du traité INF entre les Etats-Unis et la Russie en 1987, les forces américaines ont cessé la production de missiles à portée intermédiaire. La Chine, par contre, s’est équipée d’un arsenal impressionnant, comme les Dong Feng 25 (DF-25), capable de frapper les pays voisins.

Le danger vient aussi de l’expansion rampante de l’armée chinoise dans le Pacifique. "Pékin s’applique à transformer les îlots de la mer du sud, les uns après les autres, en pistes d’aviation et de tir de missiles, dit Jean-Vincent Brisset. Et cela au mépris du droit international."

Les alliés des Etats-Unis, la Corée du Sud et le Japon, se sentent menacés. Cette résurgence de l’impérialisme militaire chinois n’est pas sans risque. "Les Etats-Unis ont l’habitude de mener des missions à la frontière du droit, mais ils s’arrangent pour que cela reste du bon côté. Pas la Chine, qui se sent chez elle et non liée par le droit international, poursuit-il. Le risque est qu’un jour, la Chine commette une erreur et provoque un accident en mer du sud. Dans ce cas, les Etats-Unis pourraient réagir avec violence."

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