Les États-Unis veulent détrôner la Chine dans la diplomatie mondiale du vaccin

"À mesure que nous continuerons à vacciner toute la population américaine, nous serons en mesure de faire encore davantage à travers le monde", a assuré le secrétaire d'État américain Antony Blinken. ©AFP

D'après le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken, les États-Unis deviendront le "leader" de l'accès mondial au vaccin anti-Covid dans les prochains mois.

Alors qu'ils ont battu, samedi, le record du nombre de doses de vaccin administrées en une journée, avec 2,9 millions d'injections, les États-Unis semblent désormais vouloir faire profiter le monde entier de leurs compétences en la matière.

90%
Selon le président américain Joe Biden, 90% des adultes pourront recevoir une première dose de vaccin d'ici trois semaines aux États-Unis.

"Je prévois qu'à mesure que nous continuerons à vacciner toute la population américaine, nous serons en mesure de faire encore davantage à travers le monde", a déclaré lundi soir le secrétaire d'État américain Antony Blinken lors d'un échange virtuel avec des journalistes couvrant les Nations unies.

"Dans les prochains mois, je suis convaincu que les États-Unis deviendront le leader pour garantir l'accès aux vaccins à travers le monde", a-t-il assuré, alors que la campagne de vaccination américaine ne cesse d'accélérer.

Une "belle histoire américaine"

Joe Biden avait annoncé dans la journée que 90% des adultes seraient éligibles à une première dose d'ici le 19 avril dans tout le pays. Et le reste des personnes de plus de 18 ans non éligibles le seront d'ici le 1er mai. "Les progrès que nous avons accomplis sur la vaccination sont une belle histoire américaine", a indiqué le président, appelant toutefois à la prudence après une hausse des contaminations la semaine dernière.

Les États-Unis sont de loin le pays le plus touché par le coronavirus, avec plus de 30 millions de personnes contaminées depuis le début de la pandémie et au moins 550.000 décès.

Si le président américain a toujours dit qu'il donnerait la priorité à la population des États-Unis, il envisage de livrer ensuite le probable surplus de vaccins à d'autres pays en retard dans leur propre campagne. Il y a déjà des accords avec les voisins canadiens et mexicains pour leur envoyer respectivement 1,5 million et 2,5 millions de doses d'AstraZeneca.

La Chine est actuellement leader mondiale dans l'exportation de vaccins, avec plus de 560 millions de doses envoyées à l’étranger et des accords commerciaux avec 27 pays.

Washington dispose de dizaines de millions de doses de ce vaccin, alors que ce produit - victime d'une vive controverse en Europe - n'a pas encore reçu le feu vert des autorités sanitaires américaines. Trois vaccins sont actuellement approuvés aux États-Unis: ceux de Pfizer/BioNTech, Moderna et Johnson & Johnson.

Course contre la Chine et la Russie

Si les États-Unis veulent autant investir dans cette distribution mondiale du vaccin, c'est que la Chine et la Russie multiplient les annonces de livraisons de doses à travers le monde, dans le cadre d'une "diplomatie du vaccin" qui monte en puissance. Les deux pays s'allient d'ailleurs dans cette course, la Chine ayant annoncé qu'elle fabriquerait 60 millions de doses du vaccin russe Spoutnik V, le second accord après un premier engagement conclu en novembre. La Russie a également passé plusieurs contrats avec plusieurs groupes pharmaceutiques en Inde, sur un total de 700 millions de doses.

Outre Spoutnik V, la Chine produit et exporte à tout va ses propres vaccins (Sinofarm et Sinovac) dans le monde entier. Le pays est d'ailleurs en pole position, avec plus de 560 millions de doses envoyées à l’étranger, une présence massive sur le continent africain, des accords commerciaux avec pas moins de 27 pays et des dons de vaccins à plus de 50 nations.

Alliance avec le Japon, l'Australie et l'Inde

De son côté, Antony Blinken a rappelé que Washington avait fait une contribution de deux milliards de dollars à Covax, le dispositif de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) au bénéfice des pays les plus démunis, et s'était engagé à verser deux milliards supplémentaires d'ici 2022 "à mesure que d'autres pays augmentent leur propre participation".

Antony Blinken a évoqué l'initiative de Joe Biden avec ses homologues du Japon, de l'Australie et de l'Inde, visant à produire un milliard de doses pour les distribuer notamment en Asie du Sud-Est.

En visite à Bruxelles jeudi dernier, il avait insisté, par ailleurs, sur les relations avec l'Otan et l'Union européenne, "cruciales pour surmonter les défis". "Je suis venu ici avec une idée bien précise en tête, celle de montrer clairement la détermination des États-Unis à revitaliser nos alliances et nos partenariats", avait-il déclaré aux côtés de la ministre des Affaires étrangères Sophie Wilmès. Ajoutant que Washington et l'UE devaient veiller à ce que "les démocraties plutôt que les autocraties fixent les règles du jeu", un coup de pied non dissimulé aux "adversaires" chinois et russes.

Mais les États-Unis voient plus loin pour étendre leur influence à l'autre bout du monde. Lundi, Antony Blinken a ainsi évoqué l'initiative lancée mi-mars par Joe Biden avec ses homologues du Japon, de l'Australie et de l'Inde, visant à produire un milliard de doses avec des financements japonais et américains, par une société indienne, et avec la logistique australienne pour les distribuer notamment en Asie du Sud-Est. Une opération qui a été clairement présentée côté américain comme une mesure concrète pour contrer la Chine.

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