Les soldes sont ouverts pour les valeurs technologiques

©AFP

La récente déroute des valeurs technologiques représente une opportunité d’achat pour certains analystes. Mais la méfiance du marché reste de mise.

Les valeurs technologiques, en particulier les Fanga (Facebook, Amazon, Netflix, Google et Apple), n’ont pas la forme. Une semaine après leur chute brutale, elles n’ont pas complètement remonté la pente. Elles ne disposent pas d’un sentiment positif de marché à leur égard.

Le dernier sondage de Bank of America/Merrill Lynch, auprès des gestionnaires de fonds, montre que ceux-ci s’inquiètent, en grande majorité, de la valorisation des valeurs technologiques. Quelque 18% des personnes interrogées pensent même qu’une bulle s’est formée sur ces titres.

Le groupe des "méga-caps", parmi lesquels on trouve Apple, Microsoft, Alphabet (Google), Netflix, Amazon et Facebook, "ont connu des niveaux exceptionnellement faibles de volatilité qui ont conduit à des positionnements extrêmes".
Goldman Sachs

Mais ces inquiétudes surviennent alors qu’une série de notes d’analystes ont été publiées, toutes plus négatives les unes que les autres. Vendredi dernier, Goldman Sachs a indiqué, plusieurs heures avant le début de la déroute des titres du secteur, que le groupe des "méga-caps", parmi lesquels on trouve Apple, Microsoft, Alphabet (Google), Netflix, Amazon et Facebook, "ont connu des niveaux exceptionnellement faibles de volatilité qui ont conduit à des positionnements extrêmes".

Robert Boroujerdi, responsable des investissements de la banque, s’est inquiété "du risque de réversion de la moyenne" dans cette note. La réversion s’est produite quelques heures plus tard. Lundi, Andrew Lapthorne, responsable de l’analyse quantitative pour la Société Générale, a renchéri avec une note où il indique que la récente vague de ventes de titres technologiques s’inscrit "dans un débouclage systématique de stratégie de momentum".

8 milliards
Mais le sentiment négatif du marché s’avère aussi influencé par des ventes massives de gros investisseurs professionnels. Le fonds spéculatif Viking Global a déclaré, lundi dernier, qu’il va rembourser 8 milliards de dollars à ses investisseurs.

"L’uniformité des mouvements de prix sur la journée indique que le marché est influencé par un momentum de chasse des prix, avec des investisseurs qui se dirigent vers la porte de sortie, tous en même temps, écrit-il. Le plongeon de vendredi dernier s’est avéré un signal d’alerte. Quand il est temps de se diriger vers la sortie, il faut agir vite."

Mais le sentiment négatif du marché s’avère aussi influencé par des ventes massives de gros investisseurs professionnels. Le fonds spéculatif Viking Global a déclaré, lundi dernier, qu’il va rembourser 8 milliards de dollars à ses investisseurs. Le fonds, qui gère 30 milliards de dollars, avait déjà liquidé une grande partie de ses positions, parmi lesquelles se trouvaient les grands noms du secteur technologique.

Correction saine

"Le recul des valeurs technologiques était plus que nécessaire."
Michael Wilson
analyste chez Morgan Stanley

Avec une hausse de 26,12% depuis le début de l’année, les Fanga ont largement surperformé le S&P500 sur la période. Depuis leur chute de vendredi dernier, ces titres ont perdu 5,03 contre 0,24% pour le S&P 500. Michael Wilson, analyste chez Morgan Stanley, observe que le recul des valeurs technologiques "était plus que nécessaire".

Michael Graham, un analyste chez Canacord Genuity, a abaissé, jeudi, sa recommandation sur le titre Alphabet, à cause du récent record atteint. L’action avait dépassé les 1.000 dollars, à 1.008,61 dollars, le 6 juin, quelques jours après qu’Amazon eut aussi dépassé, pour la première fois, le seuil de 1.000 dollars.

32,44
Selon l’analyste, ce niveau record plaide pour une contraction des multiples. Il pointe le ratio cours/bénéfices de la société, à 32,44, 91% au-dessus de sa moyenne historique (à 16,9).

Selon l’analyste, ce niveau record plaide pour une contraction des multiples. Il pointe le ratio cours/bénéfices de la société, à 32,44, 91% au-dessus de sa moyenne historique (à 16,9). "En 2019, les bénéfices d’Alphabet sont attendus en hausse, ce qui signifie que le prix de l’action pourrait monter pour soutenir le ratio cours/bénéfices", indique-t-il.

Mais l’analyste ne s’attend pas au fait que le marché prenne en compte ces bénéfices avant les mois d’automne, cette année. "Lorsque cela sera le cas, l’action pourrait grimper jusqu’à 1.200 dollars, mais, d’ici là, les prix vont rester contraints." Pourtant, l’analyste reste très optimiste pour les différentes composantes du business d’Alphabet. Il s’attend à ce que toutes les activités du groupe se développent jusqu’en 2021, à l’exception de Google Adsense.

"Étant donné la saisonnalité dans les hardwares pour consommateurs, il est difficile de trouver des données qui peuvent permettre de retrouver de l’optimisme durant les mois d’été."

Cho Technology Research estime aussi que les mois d’été vont être mouvementés pour les valeurs technologiques, et en particulier pour Apple. Les analystes de la société de recherche financière s’attendent à ce que le titre Apple évolue entre 130 et 140 dollars dans les prochains mois.

"Étant donné la saisonnalité dans les hardwares pour consommateurs, il est difficile de trouver des données qui peuvent permettre de retrouver de l’optimisme durant les mois d’été", écrivent-ils, en rappelant que le groupe de Tim Cook a connu un ralentissement de ses ventes d’iPhone au deuxième trimestre.

En outre, les analystes doutent des ventes de l’iPhone 8, qui doivent démarrer durant les mois d’automne. À mesure que l’échéance va se rapprocher, Cho Technology Research estime que la visibilité sur les ventes d’Apple va se dégager. C’est pourquoi les analystes recommandent de revenir sur l’action au mois d’août.

Patience

Certains analystes relèvent que la récente déroute des valeurs technologiques tient surtout à des facteurs techniques, plutôt que fondamentaux. Le secteur se trouve en bien meilleure santé financière que durant la bulle internet.

"Premièrement, en moyenne, les sociétés technos génèrent du cash, ce qui n’était pas le cas à l’époque. Deuxièmement, alors qu’en 2000, les sociétés IT étaient fortement endettées, elles disposent aujourd’hui de cash dans leur bilan. Troisièmement, le ratio cours/bénéfice dans l’IT est de 17,5, proche de celui du MSCI World (15,8), selon les prévisions bénéficiaires pour 2018."
Johan Van Der Biest
Gestionnaire de fonds chez Candriam

"La baisse pourrait continuer, donc il ne faut pas se précipiter. Mais tant que les fondamentaux de l’IT sont bons, nous recommandons d’y investir graduellement", ajoute-t-il. Peu de changements de recommandation sont survenus depuis le repli des valeurs technologiques, vendredi dernier. Le consensus des analystes sur les Fanga reste à la hausse, avec Facebook qui reste la valeur la plus recommandée à l’achat par les analystes.

"Depuis la réunion de la Réserve fédérale américaine, l’aversion au risque est revenue sur les marchés."
Victor Jones
Directeur du trading chez TD AmeriTrade

Les valeurs technologiques sont victimes, selon certains analystes, d’une vague de prises de bénéfices et d’une méfiance générale envers les actions, plutôt que d’une rotation sectorielle. "Depuis la réunion de la Réserve fédérale américaine, l’aversion au risque est revenue sur les marchés", pointe Victor Jones, directeur du trading chez TD AmeriTrade.

Car, selon des analystes, la Fed s’est montrée déterminée à remonter ses taux d’intérêt, encore une fois cette année, après deux hausses depuis janvier; et encore trois fois en 2018, en dépit d’un ralentissement de l’inflation et de l’économie américaine. Les investisseurs s’inquiètent de ce ton beaucoup moins accommodant.

La déroute des valeurs technologiques s’inscrit donc dans un contexte plutôt défavorable pour les marchés d’actions en général. Et elle n’échappe finalement pas à la règle qui veut qu’il faille vendre en mai et revenir en octobre sur les marchés.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés