portrait

Louis DeJoy, le fossoyeur de la poste américaine

Le patron des services postaux, un proche de Donald Trump, est accusé de manœuvrer afin de perturber le vote par correspondance en novembre.

Louis DeJoy a passé un week-end difficile. Samedi, des centaines de manifestants ont protesté devant l’immeuble où il réside à Washington, glissant de faux bulletins de vote à travers les grilles. Dimanche, c’est devant sa demeure cossue de Caroline du Nord, à Greensboro, que la colère populaire s’est déplacée. "Laissez nos boîtes aux lettres tranquilles", scandait la foule.

Le patron de la poste américaine (USPS) est soupçonné de tenter de perturber le vote par correspondance - d’autant plus crucial cette année que le coronavirus continue de sévir - lors de la présidentielle du 3 novembre. Donald Trump, à la traîne dans les sondages par rapport à Joe Biden, exprime ses inquiétudes depuis des semaines quant à une éventuelle fraude, sans en apporter la preuve. Ses détracteurs lui reprochent de chercher à se protéger : les démocrates ont en effet tendance à voter davantage à distance que les républicains.

Généreux donateur

En mai, le conseil d’administration à majorité républicaine de la poste a nommé Louis DeJoy, un généreux donateur, pour la diriger. Et ce malgré ses investissements dans des services concurrents, comme UPS et Amazon. "Je suis direct, décisif et je ne mâche pas mes mots", a-t-il prévenu ses nouveaux employés dans un message vidéo. Depuis, l’inquiétude grandit. Sous prétexte de faire des économies, le nouveau patron a notamment mis fin aux heures supplémentaires des facteurs et fait retirer des machines à trier le courrier, ce qui a déjà entraîné des retards de livraison. Il a aussi limogé ou muté plusieurs hauts responsables.

15.000 dollars pour un dîner

En 2017, Louis DeJoy a tenu un dîner à 15.000 dollars par couple chez lui pour soutenir Donald Trump. L’invitation notait que bien que "le président et son équipe aient fait quelques faux pas", "il est difficile de nier les défis extrêmes et insensés auxquels il fait face de la part de l’establishment".

La semaine dernière, Donald Trump s’est opposé au déblocage de milliards de dollars visant à aider les Etats et les services postaux dans leur préparation au scrutin. Les travailleurs de la poste ont déjà prévenu 46 Etats qu’ils ne pourraient pas garantir l’arrivée de tous les bulletins de vote à temps. Or 39 % des électeurs préféreraient voter par correspondance cette année, selon un sondage.

Contre-attaque

Résultat : les démocrates contre-attaquent. Au moins six Etats américains discutent de possibles procès contre l’administration Trump. Nancy Pelosi, la patronne démocrate de la Chambre des représentants, a rappelé les élus en vacances afin de voter un texte qui bloquerait les changements opérationnels mis en place par Louis DeJoy. Ce dernier et ses bras droits sont invités à s’exprimer lors d’une audition d’urgence au Congrès le 24 août. Et deux démocrates ont appelé le FBI à lancer une enquête criminelle contre lui.

Conflits d'intérêt

Louis DeJoy et sa femme possèdent entre 30 et 75 millions de dollars d’actions de concurrents ou de partenaires de l’USPS.

Né à Brooklyn, ce comptable de formation a repris le business familial, une entreprise de logistique en difficulté, qu’il a revendue en 2014 pour 615 millions de dollars. Avec sa femme Aldona Wos, il a levé des fortunes pendant des années pour des candidats républicains comme George W. Bush qui a nommé cette dernière ambassadrice en Estonie. Plus récemment, c’est Donald Trump qui l’a nommée ambassadrice au Canada (elle attend toujours sa confirmation). Les 1,6 million de dollars de contributions qu’il a reçus du couple pour sa campagne n’y sont probablement pas étrangers.

CV express

  • 1956: Naissance à Uppsala, Suède
  • 1990: Il traite le premier patient de la Suède atteint d'une fièvre hémorragique virale
  • 1990-93: Il travaille au Laos pour l'Organisation mondiale de la santé
  • 2004: Il rejoint l'Agence de Santé publique de la Suède, puis, l'année suivante, le Conseil national de santé et bien-être
  • 2013: Nommé épidémiologiste en chef de la Suède

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