portrait

Pete Buttigieg, le jeune modéré qui défie Joe Biden

Le vainqueur surprise des caucus de l’Iowa n’est pas aussi à gauche que Bernie Sanders ou Elizabeth Warren mais enthousiasme un peu plus les électeurs que l’ex-vice-président septuagénaire. La route des primaires est longue et il a encore beaucoup à prouver.

Lorsque Pete Buttigieg est monté sur scène, dimanche dans l’Iowa, des centaines de partisans sont entrés en transe. Il flottait dans l’air cette impression que tout était possible. Pendant des semaines, l’ex-vice-Président Joe Biden et le sénateur socialiste Bernie Sanders étaient au coude-à-coude dans cet État qui lançait la course démocrate lundi. C’est finalement le jeune maire de l’Indiana qui est arrivé en tête, tout juste devant Bernie Sanders.

CV Express

1982: Naissance à South Bend (Indiana).

2004: Campagne pour le candidat à la présidentielle John Kerry.

2007: Consultant chez McKinsey & Company.

2012: Maire de South Bend, dans l’Indiana.

2020: Vainqueur des caucus démocrates de l’Iowa.

Les supporters rencontrés ce week-end ont tous les mêmes adjectifs pour le décrire: charismatique, modéré mais audacieux, rassembleur. Lui qui chasse sur les terres du centriste Joe Biden, 77 ans, a aussi convaincu par sa fougue. À 38 ans, c’est le plus jeune candidat en lice. C’est aussi le seul homosexuel

Le démocrate est placé dans la case "modéré" car il se démarque des candidats les plus à gauche comme Bernie Sanders et Elizabeth Warren. Il exclut par exemple leur idée d’assurance santé publique universelle en proposant une version édulcorée où le privé reste une option. 

"Je crois vraiment que les gagnants sont souvent ceux avec qui on a envie d’aller boire un verre."
Un journaliste de l'Iowa

Si Pete Buttigieg parvenait jusqu’au Bureau ovale, il serait cependant le démocrate à l’agenda le plus progressiste. Salaire minimum à 15 dollars de l’heure, garderies gratuites et aide financière aux parents, programme de régularisation pour les immigrés illégaux… C’est aussi l’un des seuls à envisager des réformes de fond des institutions américaines. 

Candidat "intello"

Un nom difficile à prononcer

Son nom de famille est d’origine maltaise et se prononce "Bout-edge-edge". Le mot est dérivé de l'arabe "Abou Djej", "celui qui possède des poulets". Mais les Américains préfèrent tout simplement l’appeler "Mayor Pete".

Les rivaux de Pete Buttigieg pointent son manque d’expérience politique. Son seul fait d’armes est d’avoir été élu maire de South Bend, une petite ville de l’État conservateur de l’Indiana. Il répond que cette carte "Midwest" prouve qu’il peut battre Donald Trump.

Lui qui dénonce les décisions prises d’en haut par l’élite de Washington est pourtant très inséré dans l’establishment. Sa campagne est celle qui attire le plus de riches donateurs. Ce diplômé de Harvard et d'Oxford s’est aussi entouré des experts les plus brillants et d’ex-conseillers d’Obama et de Clinton. 

Fier de sa foi et de son orientation sexuelle

Pete Buttigieg, qui s’est marié à l’église avec un instituteur, parle souvent de sa foi. "Dieu n’a pas de parti politique", répond-il à ceux qui estiment que son homosexualité serait contraire à la Bible. L’homophobie d’une partie des Américains pourrait lui coûter des voix. En Iowa lundi, une femme qui avait voté pour lui a voulu changer son bulletin quand elle a appris qu’il était gay.

L’homme est érudit: il parle huit langues, dont un français soigné, et a appris le norvégien tout seul. Son livre préféré? Le difficile "Ulysse", de James Joyce. Un côté intello qui a séduit l’électorat le plus éduqué mais qui pourrait lui faire défaut auprès du reste des Américains. Surtout face à un Donald Trump qui joue la carte populiste. "Je crois vraiment que les gagnants sont souvent ceux avec qui on a envie d’aller boire un verre", plaisante un journaliste local de l’Iowa.

Pete Buttigieg vit son heure de gloire mais la course est loin d’être terminée. Il aura sur sa route des États bien plus difficiles à remporter. Le New Hampshire, qui vote mardi prochain, semble acquis à Bernie Sanders. Et en Caroline du Sud, où l’électorat afro-américain est clé, c’est Joe Biden qui domine les intentions de vote, malgré les efforts de son jeune rival pour s’afficher avec des leaders de la communauté noire.  

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