Post 11 septembre: les bières aussi doivent montrer patte blanche!

Le périple d’un conteneur de Duvel depuis Puurs jusqu’à New York… C’est ça aussi l’après-11 septembre. Les échanges commerciaux transatlantiques n’ont pas souffert des attentats. Mais les procédures de sécurité entourant nos exportations vers les USA n’ont cessé de s’alourdir. Jusque récemment, après la découverte de colis piégés sur des vols en provenance du Yemen, fin octobre 2010.

(Un périple à suivre sur une carte interactive en cliquant ici).

1. Siège de Duvel Moortgat à Puurs, 30 juin.

Jeudi 30 juin, 10 heures, au siège de Duvel Moortgat, à Puurs. Un ballet incessant de clarks oblige les visiteurs à la plus grande vigilance lorsqu’ils s’aventurent entre les entrepôts de la célèbre brasserie belge. Devant l’un d’entre-eux, 38 palettes de bières Duvel attendent d’entamer un périple de près de trois semaines qui doit les conduire vers la région de New York. Dans quelques minutes, elles vont être  chargées dans le conteneur qui traversera l’océan avec pour destination finale des entrepôts utilisés par Duvel Moortgat USA, l’importateur officiel du brasseur belge, à Saddle Brook, dans le New Jersey.

Tracabilité

Envoyer de la marchandise vers les Etats-Unis n’a jamais été une opération anodine. Mais depuis, les attentats du 11 septembre 2001, les mesures de sécurité n’ont cessé de compliquer la donne. Il ne faut rien laisser au hasard. "On doit contrôler le poids de chaque carton de bière, calculer le nombre de cartons par palettes. Une fois la palette remplie et la marchandise emballée, on y appose un code barre contenant des informations sur le produit, ses ingrédients, les quantités mises en bouteille, etc.", explique Dirk Waterschoot, responsable de la logistique chez Duvel Moortgat.

Vingt-quatre heures avant le chargement du bateau, le transporteur maritime, l’Atlantic Container Line (ACL), doit faire parvenir un formulaire d’envoi au transporteur routier américain, la société Shaker, qui réceptionnera la marchandise au port de Newark. Shaker transmettra alors ces informations aux douanes américaines. De son côté, Duvel Moortgat USA doit également prévenir les douanes américaines de l’arrivée des bières belges en leur communiquant des données relatives à toute la chaîne d’expédition et au produit. Autant dire que si ces informations ne coïncident pas, les douanes américaines risquent de se montrer très suspicieuses.

Pour l’instant, alors que les bières attendent d’être chargées, un employé de Duvel inspecte le conteneur à vide. Il doit s’assurer qu’il ne contienne rien de suspect ou ne soit pas endommagé, une responsabilité qui incombe effectivement à l’expéditeur. Les palettes peuvent alors être chargées.

Au bout d’une heure, le conteneur est fermé et scellé. Il ne pourra plus être ouvert avant son arrivée à destination. Seule exception: la détection de marchandises suspecte lors d’un scannage du conteneur au port d’Anvers, qui nécessiterait un examen plus approfondi.

Scannage ou pas?

Après les attentats du 11 septembre, les Etats-Unis ont aidé le port d’Anvers à s’équiper de nouveaux scanners. Mais tous les conteneurs ne sont pas scannés. Ce sont les autorités douanières qui décident lesquels feront l’objet d’un scannage. "Il faut compter 125 euros pour le scannage, auxquels s’ajoutent 200 euros pour le transport du conteneur de son lieu de stockage vers le scanner", explique Paul Huybrechts, responsable des ventes chez Herfurth Logistics, la société qui va s’occuper du transport des bières. Ce coût incomberait à Duvel. Mais pour un envoi comme celui qui nous intéresse aujourd’hui, le brasseur n’a pas trop d’inquiétude à se faire. "Ce genre de chargement régulier n’est en principe pas scanné. Les douanes préfèrent contrôler des chargements plus inhabituels ou composés de caisses provenant de plusieurs propriétaires", assure Paul Huybrechts.

Des conteneurs comme celui qui s’est rempli sous nos yeux, la société en envoie 250 par an, quasi un par jour ouvrable. C’est que la Duvel connaît un beau succès outre-Atlantique. "The sky is the limit", jubile Dirk Waterschoot qui se dit pas du tout inquiet de l’apparition de bières américaines brassées selon les méthodes belges, les "Belgian Style Beers". Et pour cause: Duvel Moortgat profite aussi de la nouvelle mode. Le brasseur belge a en effet racheté en 2003 une brasserie new yorkaise qui fabrique ce genre de bières, la Brewery Ommegang.

2.  Port d’Anvers, 6 juillet. 

Nous retrouvons Paul Huybrechts six jours plus tard, sur un terminal situé à l’extrémité nord du Port d’Anvers, en face de la centrale de Doel. "Notre" conteneur de Duvel y est stocké depuis la semaine dernière.

Les dockers sont à pied d’œuvre depuis 14 heures. Ce sont d’ailleurs les seules âmes visibles sur le bateau. Hormis le matelot philippin qui nous contrôle avant de nous laisser monter sur le navire –on reçoit cette fois un badge d’identification-, les autres membres de l’équipage se reposent ou vaquent à leurs occupations loin de la cohue.

Retrouvez la suite de cet article dans l'édition spéciale de L'Echo de ce weekend

ET retrouvez notre carte qui retrace le parcours du conteneur de Duvel en cliquant ici.

1.       Siège de Duvel Moortgat à Puurs, 30 juin.

 

Jeudi 30 juin, 10 heures, au siège de Duvel Moortgat, à Puurs. Un ballet incessant de clarks oblige les visiteurs à la plus grande vigilance lorsqu’ils s’aventurent entre les entrepôts de la célèbre brasserie belge. Devant l’un d’entre-eux, 38 palettes de bières Duvel attendent d’entamer un périple de près de trois semaines qui doit les conduire vers la région de New York. Dans quelques minutes, elles vont être  chargées dans le conteneur qui traversera l’océan avec pour destination finale des entrepôts utilisés par Duvel Moortgat USA, l’importateur officiel du brasseur belge, à Saddle Brook, dans le New Jersey.

tracabilité

Envoyer de la marchandise vers les Etats-Unis n’a jamais été une opération anodine. Mais depuis, les attentats du 11 septembre 2001, les mesures de sécurité n’ont cessé de compliquer la donne. Il ne faut rien laisser au hasard. "On doit contrôler le poids de chaque carton de bière, calculer le nombre de cartons par palettes. Une fois la palette remplie et la marchandise emballée, on y appose un code barre contenant des informations sur le produit, ses ingrédients, les quantités mises en bouteille, etc.", explique Dirk Waterschoot, responsable de la logistique chez Duvel Moortgat.

Vingt-quatre heures avant le chargement du bateau, le transporteur maritime, l’Atlantic Container Line (ACL), doit faire parvenir un formulaire d’envoi au transporteur routier américain, la société Shaker, qui réceptionnera la marchandise au port de Newark. Shaker transmettra alors ces informations aux douanes américaines. De son côté, Duvel Moortgat USA doit également prévenir les douanes américaines de l’arrivée des bières belges en leur communiquant des données relatives à toute la chaîne d’expédition et au produit. Autant dire que si ces informations ne coïncident pas, les douanes américaines risquent de se montrer très suspicieuses.

Pour l’instant, alors que les bières attendent d’être chargées, un employé de Duvel inspecte le conteneur à vide. Il doit s’assurer qu’il ne contienne rien de suspect ou ne soit pas endommagé, une responsabilité qui incombe effectivement à l’expéditeur. Les palettes peuvent alors être chargées.

Au bout d’une heure, le conteneur est fermé et scellé. Il ne pourra plus être ouvert avant son arrivée à destination. Seule exception: la détection de marchandises suspecte lors d’un scannage du conteneur au port d’Anvers, qui nécessiterait un examen plus approfondi.

scannage ou pas?

Après les attentats du 11 septembre, les Etats-Unis ont aidé le port d’Anvers à s’équiper de nouveaux scanners. Mais tous les conteneurs ne sont pas scannés. Ce sont les autorités douanières qui décident lesquels feront l’objet d’un scannage. "Il faut compter 125 euros pour le scannage, auxquels s’ajoutent 200 euros pour le transport du conteneur de son lieu de stockage vers le scanner", explique Paul Huybrechts, responsable des ventes chez Herfurth Logistics, la société qui va s’occuper du transport des bières. Ce coût incomberait à Duvel. Mais pour un envoi comme celui qui nous intéresse aujourd’hui, le brasseur n’a pas trop d’inquiétude à se faire. "Ce genre de chargement régulier n’est en principe pas scanné. Les douanes préfèrent contrôler des chargements plus inhabituels ou composés de caisses provenant de plusieurs propriétaires", assure Paul Huybrechts.

Des conteneurs comme celui qui s’est rempli sous nos yeux, la société en envoie 250 par an, quasi un par jour ouvrable. C’est que la Duvel connaît un beau succès outre-Atlantique. "The sky is the limit", jubile Dirk Waterschoot qui se dit pas du tout inquiet de l’apparition de bières américaines brassées selon les méthodes belges, les "Belgian Style Beers". Et pour cause: Duvel Moortgat profite aussi de la nouvelle mode. Le brasseur belge a en effet racheté en 2003 une brasserie new yorkaise qui fabrique ce genre de bières, la Brewery Ommegang.

 

2.       Port d’Anvers, 6 juillet. 

Nous retrouvons Paul Huybrechts six jours plus tard, sur un terminal situé à l’extrémité nord du Port d’Anvers, en face de la centrale de Doel. "Notre" conteneur de Duvel y est stocké depuis la semaine dernière.

Paul est accompagné de Christine D’hondt, account manager chez ACL. Plus question d’aller jusqu’au quai en voiture, nous explique-t-elle en tendant son badge d’accès au garde de sécurité. "Il y a sept, huit ans, nous pouvions encore y aller par nos propres moyens. Mais depuis les attentats du 11 septembre, les mesures de sécurité n’ont cessé de s’intensifier". Nos noms ont été communiqués au garde il y a quelques jours et ce n’est qu’après présentation d’un document d’identité qu’il nous fait passer le portique de sécurité. Le bateau est amarré à moins d’un kilomètre du bâtiment. On emprunte l’une des camionnettes du port pour rejoindre l’Atlantic Compass qui se dresse fièrement au bord du ponton du quai 869.

Les dockers sont à pied d’œuvre depuis 14 heures. Ce sont d’ailleurs les seules âmes visibles sur le bateau. Hormis le matelot philippin qui nous contrôle avant de nous laisser monter sur le navire –on reçoit cette fois un badge d’identification-, les autres membres de l’équipage se reposent ou vaquent à leurs occupations loin de la cohue.

Arrivé ce matin, le navire voguant sous pavillon suédois, devra quitter le Port d’Anvers à 21 heures pour sa prochaine destination : Liverpool, d’où il entamera sa traversée vers Halifax (Canada), première escale américaine. Tout devra être chargé avant 21 heures.

Il n’y a pas que des Duvel qui attendent à quai. Aujourd’hui, ce sont 260 containers qui vont prendre la mer, ainsi que des grues Caterpillar, des yachts, des planches de parquet et autres lames d’acier d’Arcelor. 

port sécurisé

A voir cette marchandise attendre son arrimage, seule sur le quai, on a une fausse impression d’absence de sécurité. Même invisible, celle-ci reste un élément crucial au Port d’Anvers qui a dû se plier, comme tous les ports internationaux,  aux exigences du code ISPS (International Ship and Port Security) hérité des attentats du 11 septembre. L’Union européenne est même allée plus loin en adoptant en 2005 une Directive renforçant encore la sécurité de ses ports maritimes. Dans la pratique, cela veut par exemple dire que les badges d’accès aux terminaux ne sont jamais valables pour tout le port, qu’il a fallu totalement clôturer une partie des installations portuaires, que le personnel de sécurité doit suivre une formation spéciale, etc.

Depuis le poste de commandement situé au niveau du "deck 10" (l’équivalent du 10ème étage dans un immeuble classique), on a une vue imprenable sur les centaines de conteneurs qui ont déjà été arrimés sur le pont dans les ports de Göteborg et d’Hambourg. Dans la coque du navire, ce sont des dizaines de rangées de Volvos flambant neuves qui attendent le départ.

Paul Huybrechts nous explique qu’à son arrivée au terminal, il y a près d’une semaine, le camionneur a passé la douane sans encombre. Une grue est ensuite venue chercher le conteneur pour le placer sur le quai où il a attendu d’être placé à bord du bateau, sans avoir eu à passer par la case scannage. "Les conteneurs doivent être ici au moins deux jours avant l’arrivée du bateau, une autre exigence découlant du 11 septembre", explique Christine.

en tout anonymat

Rien ne permet d’identifier notre conteneur des dizaines d’autres chargements à quai, et c’est bien le but. "Tous les conteneurs doivent rester anonymes, il ne faut pas que l’on puisse savoir lesquels contiennent des marchandises à grande valeur ou potentiellement dangereuses comme des explosifs", ajoute Christine.

Pendant que nous visitions l’Atlantic Compass, notre conteneur a été placé à bord, à l’emplacement  numéro 50 09 82. Solidement amarré, le voilà prêt pour une traversée de l’Atlantique qu’on lui souhaite la moins mouvementée possible.

3.       Newark, 19 juillet, et saddle brooks, 21 juillet

Le mardi 19 juillet, après deux petites semaines de traversée, le Compass s’amarre au quai Elizabeth du port de Newark (New Jersey). À bord: notre conteneur de Duvel Moortgat.

Quand la cargaison de bière quitte les cales pour toucher le sol américain, les principaux contrôles de sécurité ont déjà eu lieu. Grâce à une longue procédure accomplie au siège belge de l’entreprise puis au port d’Anvers, les autorités des États-Unis ont déjà vérifié dans une large mesure que le conteneur ne dissimulait rien de suspect.

Telle est la vocation du CBP (Customs en Borders Protection), l’administration douanière américaine. Créé au lendemain des attentats du 11 septembre, le CPB est une entité du Department of Homeland Security (DHS), le ministère chargé de la sécurité intérieure. Les 43.000 agents du CBP veillent à la sécurité des frontières. Postés en 327 endroits, ils contrôlent les marchandises et les personnes qui pénètrent sur le territoire.

Le CBP a pour mission de faire en sorte que les frontières américaines soient la dernière ligne de protection, plutôt que la première. De facto, les Américains imposent leurs propres règles au reste du monde. Les grands ports étrangers (comme Anvers) et les entreprises qui exportent régulièrement vers les États-Unis (comme Duvel Moortgat) doivent respecter des consignes très strictes. Les autorités américaines tentent ainsi d’instaurer un cordon de sécurité outre-mer, dans l’espoir d’éloigner les menaces de leur propre territoire. "Nous cherchons à repousser nos frontières le plus loin possible vers l’extérieur pour intercepter les risques à un stade plus précoce", explique Jenny Burke, la porte-parole du CBP.

Pour autant, une fois arrivé à destination, le conteneur de bières belges n’en a pas fini avec les contrôles. Dans le port du New Jersey et de New York, la sécurité est une priorité absolue. Elle est confiée à la Port Authority, gestionnaire des grands nœuds de circulation de la Grosse Pomme et du nord de l’Etat du New Jersey: le port, l’aéroport, les ponts, les tunnels et… le World Trade Center.

dernier voyage...

Deux jours après l’accostage, Mike, le chauffeur, se rend au terminal de Newark et prend le conteneur pour l'emmener dans les entrepôts de LAK Warehouses, 25 km plus au nord. Il lui incombe de vérifier l'absence d’anomalies extérieures et de déposer le lot en sécurité dans l’entrepôt.

Les ordres de Mike sont formels: il ne peut emmener personne dans sa cabine, ni s’arrêter en chemin. En tant que chauffeur, et comme toutes les personnes qui peuvent pénètrer non accompagnées dans le portuaire, Mike est titulaire d’une Transportation Worker Identification Credential (TWIC).

Mike transporte le conteneur – toujours scellé – jusqu’à l’entrepôt de LAK Warehouses à Saddle Brook, à une demi-heure de route. C'est à partir de là que Duvel Moortgat distribue son breuvage dans les États américain.

Le sceau rouge tombe enfin. Mike remet le conteneur et les papiers à Joe, un employé de LAK Warehouses, qui procède au déchargement.

... et contrôle

Puis, Joe effectue encore une série d’opérations à première vue étranges, mais qui s’inscrivent toutes dans la procédure de sécurité. Minutieusement, il tapote avec un marteau les parois du conteneur vide pour y déceler la moindre irrégularité. Même vérification du plancher et des faces extérieures. " On peut y cacher des armes ou de la drogue", explique Lori Koffman, la patronne de l'entrepôt. " Chaque étape du parcours constitue une vulnérabilité. Certains vont très loin pour faire entrer en Amérique des choses qui n’ont rien à y faire. "

Les nouvelles règles, Koffman l’admet, représentent beaucoup de travail supplémentaire. Le déchargement et le contrôle complets d’un conteneur exigent facilement une heure. "Mais l’effort en vaut la peine. Ce n’est pas de l’argent gaspillé. Avant le 11 septembre, les contrôles étaient trop légers. Nous devons protéger les gens honnêtes des personnes malintentionnées."

Depuis dix ans, parmi tous les conteneurs arrivés sur le site, aucun n'a posé de difficultés. Koffman n'a encore rien découvert de suspect. "Mais cela arrive; les journaux en parlent. Les mesures de sécurité actuelles ne sont pas un luxe. L’Amérique importe beaucoup. Il y a des gens qui nous veulent du mal, nous devons en tenir compte."

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