Pour les avocats de Trump, la procédure de destitution est inconstitutionnelle et "dangereuse"

©EPA

C'est la première fois depuis que l'équipe de défense a été annoncée par la Maison Blanche qu'elle présentait ses arguments, calqués sur ceux avancés depuis septembre par Donald Trump et les républicains.

Les avocats de Donald Trump ont présenté samedi leur ligne de défense à trois jours de l'ouverture des débats au procès en destitution du président des Etats-Unis, une procédure qu'ils jugent inconstitutionnelle et "dangereuse".

Dans une première "réponse" écrite à l'acte d'accusation dressé par la Chambre des représentants avec les seules voix démocrates, les avocats de Donald Trump estiment qu'il s'agit d'"une dangereuse attaque contre le droit des Américains à choisir librement leur président". "C'est une tentative effrontée et illégale de renverser les résultats de l'élection de 2016 et d'interférer avec l'élection de 2020, à quelques mois de celle-ci", ajoutent les avocats, Jay Sekulow et Pat Cipollone.

C'est une tentative effrontée et illégale de renverser les résultats de l'élection de 2016 et d'interférer avec l'élection de 2020, à quelques mois de celle-ci"
Jay Sekulow et Pat Cipollone
avocats de Donald Trump

Le milliardaire républicain est formellement accusé d'avoir abusé de son pouvoir en réclamant de l'Ukraine qu'elle enquête sur son adversaire politique Joe Biden, bien placé pour l'affronter lors de la présidentielle de novembre. Selon l'acte d'accusation, il a fait pression sur le président ukrainien Volodymyr Zelensky en conditionnant une invitation à la Maison Blanche et une aide militaire cruciale à Kiev à l'annonce de ces enquêtes.

Ensuite, il est accusé d'avoir fait entrave à l'enquête menée par la Chambre des représentants, en refusant toute coopération gouvernementale. "L'acte d'accusation est constitutionnellement irrecevable" et "ne comporte aucun crime ou violation de la loi", affirment les deux juristes.

Aucun donnant-donnant

La réponse des avocats de Donald Trump aborde également le fond du dossier. Ils estiment ainsi que le président Trump avait finalement rencontré son homologue ukrainien en septembre à l'ONU, et que l'aide militaire avait été débloquée - même si, entre-temps, un lanceur d'alerte à l'intérieur de l'administration avait déclenché l'affaire.

Il n'y a donc eu aucun donnant-donnant imposé à Kiev par l'ex-homme d'affaires new-yorkais, considèrent-ils.

Pat Cipollone, avocat de la Maison Blanche, dirigera l'équipe de défense, a annoncé vendredi la présidence. Il sera secondé par Jay Sekulow, avocat personnel de Donald Trump. Mais le camp présidentiel a également annoncé l'arrivée dans cette équipe de l'ex-procureur Kenneth Starr, acteur central de l'affaire Lewinsky et du procès en destitution de l'ancien président Bill Clinton, et du constitutionnaliste Alan Dershowitz, qui fut l'un des avocats d'O.J. Simpson.

Kenneth Starr, Robert Ray et Alan Dershowitz ©AFP

Une affaire bouclée en deux semaines?

Le procès contre Donald Trump s'est formellement ouvert jeudi avec la prestation de serment des sénateurs qui ont juré d'être impartiaux. Il entrera dans le vif du sujet mardi, avec une première confrontation des arguments.

"Les faits sont incontestables, les preuves écrasantes"

Dans le même temps, les démocrates de la Chambre des représentants ont eux aussi soumis samedi au Sénat leur argumentaire avant l'ouverture mardi des débats au procès du président américain.

Ils y reprennent les principaux éléments de l'acte d'accusation qu'ils ont voté à la fin de l'année dernière. Et ils estiment que la conduite de Donald Trump aurait été "le pire cauchemar" des concepteurs de la Constitution américaine. Ils y appellent le Sénat à "éliminer la menace que le président fait peser pour la Sécurité nationale de l'Amérique". "Le dossier contre le président des Etats-Unis est simple, les faits sont incontestables, et les preuves écrasantes", écrivent les élus démocrates qui mèneront l'accusation devant le Sénat contre Donald Trump.

 

Ce jour-là, les 100 élus du Sénat vont se prononcer sur le temps alloué aux présentations de l'accusation -- portée par les démocrates de la Chambre des représentants -- et de la défense -- confiée à des avocats représentant Donald Trump. Ainsi que sur la durée des questions des sénateurs-jurés.

Si les républicains parviennent à leurs fins, le procès en destitution de Donald Trump pourrait être bouclé en seulement deux semaines -- contre cinq semaines pour Bill Clinton en 1999 et trois mois pour Andrew Johnson en 1868. Ce timing aurait l'avantage, pour le président des Etats-Unis, de lui permettre de célébrer son acquittement lors du discours annuel sur l'état de l'Union, le 4 février au Congrès.

Pression sur les républicains

Théoriquement, le camp présidentiel a toutes les cartes en main pour balayer leurs exigences: avec 53 sénateurs républicains contre 47 démocrates, il dispose de la majorité nécessaire pour remporter les batailles de procédure. Du coup, les démocrates font pression sur une poignée de républicains susceptibles de soutenir leur demande de témoins et documents. Il leur en faut quatre pour devenir majoritaires. "Dans les prochains jours, chacun d'entre nous, démocrate ou républicain, sera confronté à un choix: entrer dans ce procès pour connaître la vérité ou au service de la volonté du président de la dissimuler", a plaidé jeudi le chef des sénateurs démocrates, Chuck Schumer.

L'opposition veut que le Sénat cite à comparaître quatre témoins dont ils jugent la présence nécessaire pour déterminer si Donald Trump a bien, comme ils l'en accusent, abusé de son pouvoir pour faire pression sur l'Ukraine en lui demandant d'enquêter sur son adversaire démocrate Joe Biden. Parmi ces témoins figureraient le chef de cabinet de la présidence Mick Mulvaney et l'ex-conseiller à la sécurité nationale John Bolton.

Les démocrates, qui se sont heurtés au refus de coopérer du gouvernement durant leur enquête à la Chambre des représentants, exigent aussi des documents-clés.

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