Que sera la Fed de Powell?

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L’arrivée de Jerome Powell à la tête de la Fed ne bouleversera pas la politique monétaire des Etats-Unis. Il a toutefois été considéré dans le passé comme plus strict que Yellen.

La Réserve fédérale (Fed) ne devrait pas modifier le cap de sa politique monétaire après l’arrivée à sa tête de Jerome Powell, nommé jeudi par le président américain Donald Trump. Tout comme l’actuelle présidente de la Fed Janet Yellen, qui lui cédera sa place début février 2018, Jay Powell est considéré comme un "centriste" parmi les banquiers centraux. Ni "faucon" (partisan d’une politique monétaire stricte visant à contenir l’inflation), ni "colombe" (favorable à une politique monétaire souple soutenant l’économie), le futur patron de la banque centrale américaine devrait être celui qui assurera le mieux la continuité de l’action de Yellen.

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Pour l’économiste Mohamed El-Erian, désormais conseiller chez Allianz après avoir présidé aux destinées de Pimco, le plus grand gestionnaire obligataire du monde, nommer Jerome Powell est "une décision très avisée qui sera saluée par les marchés". Il décrit Powell comme un professionnel "très respecté, bien informé et expérimenté".

"Continuité et prévisibilité"

Selon l’ex-patron de Pimco, la nomination de Powell va apporter à la Fed "un sentiment de continuité et de prévisibilité" qui est bienvenu pour maintenir le processus de normalisation de la politique monétaire en cours sans déstabiliser les marchés ni nuire à la croissance économique aux Etats-Unis et à l’échelle mondiale.

Selon Mona Mahajan, stratégiste chez Allianz, les investisseurs devraient apprécier Powell davantage que les autres candidats qui étaient en lice car il partage pleinement la stratégie de Yellen consistant à faire preuve d’une grande patience dans le cycle de resserrement monétaire entamé il y a près de deux ans. Malgré la reprise économique, la Fed avait relevé ses taux une seule fois en 2015 puis une autre fois fin 2016, avant d’intervenir encore en mars et juin derniers. "Par rapport à John Taylor et Kevin Warsh (les deux autres candidats à la présidence de la Fed, NDLR), Powell était davantage le candidat de la continuité", estime Mona Mahajan.

Gestion pragmatique

Dans le passé, Jay Powell a toutefois souvent été considéré comme plus "hawkish" (davantage "faucon") que Janet Yellen, longtemps classée comme "dove" ("colombe"). Avant que la Fed entame son cycle de resserrement monétaire, Powell a donc été plus insistant que sa collègue sur la nécessité de normaliser la politique monétaire américaine. Ses discours montrent toutefois qu’il est attaché à mener une politique monétaire qui convient à l’état de l’économie du moment, tel que décrit par les données conjoncturelles disponibles. On peut donc s’attendre à une gestion pragmatique de la politique monétaire de la Fed sous Jerome Powell.

Sur le plan politique, bien qu’étiqueté républicain, Powell plaît aux démocrates car il a régulièrement voté de la même manière que les banquiers centraux étiquetés démocrates. On notera d’ailleurs que Powell fut nommé par Barack Obama en même temps qu’un autre candidat, étiqueté quant à lui démocrate, parce que les voix des républicains du Congrès étaient nécessaires pour entériner ces deux nominations. Aujourd’hui, Donald Trump utilise la même stratégie en choisissant, pour la présidence de la Fed, un candidat susceptible de convenir à ses adversaires politiques parce qu’il a besoin de leurs voix.

Il y a néanmoins un domaine dans lequel Powell se démarque de Yellen. Il est davantage ouvert à une moindre réglementation du secteur financier. Il est favorable à un assouplissement de la législation Dodd-Frank adoptée après la crise financière de 2008, parce qu’il considère que les banques font face à une pression réglementaire trop importante qui nuirait à leurs affaires. Rien d’étonnant de la part de cet ancien banquier d’affaires. Et un bon point pour lui quand on connaît les projets de la Maison-Blanche dans ce domaine.

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